Faut-il vraiment consommer des pastilles d'hydratation pour bien s'hydrater ?
Les pastilles d'hydratation se sont multipliées aux comptoirs de nos pharmacies. Mais présentent-elles un réel intérêt dans notre quotidien ? On vous répond.
Par Julie Zulian
Rédigé le
Tous nos conseils pour pratiquer une activité physique
Allo Docteurs - Newen Digital
Hydratis, Nutripure, Hydrapure, PantaTea.... L'offre des pastilles d'hydratation est désormais pléthorique. Le plus souvent vendus en pharmacie, ces comprimés se font aussi une place en supermarché et dans les magasins de sport. La promesse ? Une hydratation optimale au quotidien, à raison d'une à plusieurs pastilles par jour.
Les pastilles d'hydratation ont-elles un intérêt dans la nutrition quotidienne ?
Pourtant, ces comprimés ne sont pas nécessaires la plupart du temps. "J'y vois un tour de force", admet d'emblée Serge Pieters, diététicien-nutritionniste spécialisé dans le suivi de sportifs de haut niveau et vice-président de la Société Française de Nutrition du Sport (SFNS). "Il y a plus de marketing autour de ces comprimés que de réels besoins. La population générale n'a pas de besoins majorés en minéraux", assure-t-il.
La stratégie commerciale de ces pastilles, qui repose souvent sur des allégations santé, est également déplorée par le Dr Philippe Beaulieu. Il est responsable du département Qualité-Santé de l'équipe du Centre d'information sur l'eau (Cieau).
"Le marketing actuel entretient parfois l'idée qu'une eau enrichie en électrolytes serait intrinsèquement « plus hydratante » et donc souhaitable du matin au soir. Mais physiologiquement, ce n'est pas nécessaire", corrobore-t-il.
Fortes chaleurs, séances de sport prolongées... ces situations (exceptionnelles) où les électrolytes peuvent être utiles
Faut-il pour autant s'interdire ces pastilles hydratantes ? Pas forcément. Elles peuvent tout d'abord s'avérer intéressantes durant les périodes de fortes chaleurs, à l'image des récentes canicules qui ont traversé l'Europe. Ces dernières ont en effet "amené certaines personnes à davantage transpirer avec des pertes de sels plus importantes. Et dans ce contexte exceptionnel, elles peuvent avoir un intérêt", tempère le diététicien Serge Pieters.
Et en cas d'activité sportive ? Contrairement à certaines croyances, elles ne sont pas toujours nécessaires. "Pour une séance de sport classique, l'eau suffit la plupart du temps. Pour quelqu'un qui court 30, 45 ou 60 minutes dans des conditions tempérées, il n'y a aucune raison de se supplémenter systématiquement en électrolytes", certifie le Dr Beaulieu. Voici les situations où elles peuvent, cependant, présenter un intérêt :
- Un effort prolongé au-delà de 1 h à 1 h 30.
- Une activité physique pratiquée sous forte chaleur.
- Une transpiration très importante.
- Des entraînements longs ou répétés avec peu de temps de récupération.
- Les épreuves d'endurance (marathon, trail, cyclisme prolongé, triathlon, etc).
L'autre bémol autour de la promotion de ces pastilles hydratantes, c'est l'idée que tout le monde puisse avoir les mêmes besoins. "Les pertes diffèrent beaucoup d’une personne à l’autre. C’est un sujet où la personnalisation est beaucoup plus pertinente que la mention « tout le monde devrait prendre des électrolytes »" note le médecin.
Que contiennent les pastilles d'hydratation ?
Sodium, magnésium, potassium, calcium... Ces pastilles contiennent avant tout des sels minéraux. Certaines sont aussi enrichies en oligo-éléments et en vitamines.
La promesse est ainsi de rendre notre hydratation plus efficace... mais tous ces minéraux ne se valent pas. "Dans la sueur, on perd essentiellement de l'eau, du sodium et du chlorure. Les pertes de potassium sont moindres et celles de magnésium ou de calcium nettement plus faibles", explique le Dr Philippe Beaulieu.
Résultat ? Une pastille qui promet de multiples minéraux et vitamines n'est pas forcément plus efficace qu'une formule simple. "Le calcium et le magnésium sont relativement bien conservés pendant l'effort. Leur ajout à une boisson contribue peu directement à l'hydratation", illustre-t-il.
Le magnésium permet-il vraiment de prévenir les crampes ?
Chez les sportifs, se complémenter en magnésium est parfois considéré comme un bon moyen de prévenir les crampes. Mais le Dr Philippe Beaulieu appelle à la vigilance.
"On associe souvent les crampes à un manque de magnésium ou à un manque de sel. C'est beaucoup trop simpliste. Les crampes liées à l'effort sont multifactorielles, avec notamment une composante neuromusculaire et de fatigue musculaire. Les données ne permettent pas d'affirmer qu'ajouter du magnésium à sa boisson prévient systématiquement les crampes d'effort", met-il en garde.
Au-delà du cas des sportifs, une vaste étude avait affirmé, en 1997, qu'une majorité de la population française accusait un déficit en magnésium.
"Nos apports ne sont en règle générale pas suffisants au quotidien, c'est vrai. Mais pourquoi ? Parce que l'alimentation ne contient pas assez de fruits et de légumes, pas assez de céréales complètes. Une carence en magnésium se résout d'abord par de bonnes habitudes alimentaires", mentionne le diététicien Serge Pieters.
Arômes, édulcorants... gare aux troubles digestifs !
Soyez par ailleurs vigilants aux autres ingrédients contenus dans ces pastilles. Certaines sont composées d'arômes tandis que d'autres font la promotion du sans sucre... remplacés par des édulcorants. Des additifs qui peuvent causer des troubles digestifs.
"Ils ne sont pas forcément problématiques, mais ils ne doivent pas détourner l'attention du couple eau-sodium qui est essentiel pour la question précise de l'hydratation. Certaines formulations très concentrées ou certains édulcorants peuvent être moins bien tolérés digestivement pendant l’effort", avertit le Dr Beaulieu.
Le diététicien Serge Pieters estime, quant à lui, que d'autres solutions plus naturelles que les pastilles existent, dans le cadre d'une activité sportive prolongée.
Dans une boisson d'un litre, vous pouvez ainsi mélanger deux-tiers d'eau à un tiers de jus de fruit (comme du jus de pomme ou du raisin). Une (légère) pincée de sel, et c'est tout ! Une recette simple et bien moins onéreuse. Car l'autre défaut de ces pastilles, c'est leur prix. Comptez parfois jusqu'à 10 euros pour un pack de 20 comprimés.
Pourquoi ne faut-il pas consommer des pastilles d'hydratation tous les jours ?
Prendre une ou deux pastilles dans la journée est parfois un moyen de se rassurer sur son hydratation. Pourtant, ce réflexe pourrait au contraire être néfaste à la santé. "On retrouve parfois jusqu'à 0,5 g de sel dans une pastille, ce qui ne paraît pas beaucoup. Mais avec notre alimentation quotidienne, ça le devient", déconseille Serge Pieters.
Le problème, c'est que la population, française comme belge, en consomme déjà trop. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) préconise de consommer moins de 5 g de sel de table par jour. Mais la moyenne actuelle se situe plutôt au double. Pour rappel, une consommation trop riche en sel augmente le risque d'hypertension artérielle et de certains types de cancers.
Dans la vie quotidienne, un apport supplémentaire de sel n'est donc pas justifié si l'alimentation est déjà salée. Surtout que l'"on peut très bien obtenir ces minéraux sans passer par ces pastilles. Il faut trouver son eau et varier entre les marques. Vichy, Hépar, Vittel... cela permet d'éviter le sel", propose le diététicien.
Attention aux contre-indications en cas de pathologie cardiaque ou rénale
En raison de leur teneur en sel, les pastilles d’hydratations ne constituent donc pas un produit de consommation banale, surtout en cas de pathologie cardiaque ou rénale.
Et "il ne faut pas non plus considérer la mention "riche en potassium" comme automatiquement bénéfique. Chez les personnes ayant notamment une insuffisance rénale ou certains traitements susceptibles d'augmenter la kaliémie, les apports supplémentaires peuvent poser problème", rappelle le Dr Philippe Beaulieu.
Pour toute personne qui doit limiter ses apports en sodium, en potassium ou en eau, il est donc recommandé de demander l'avis de son médecin ou de son pharmacien.
La réponse est non, pas besoin de pastilles pour bien s'hydrater !
Le meilleur conseil est donc... de boire de l'eau ! En moyenne 1,5 à 2 L d'eau par jour, comme le recommande ’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).
Elle contribue à 80% de notre hydratation. Dans les période de fortes chaleurs ou en cas d'activité physique, les besoins peuvent être plus importants. Et les 20 % restants ? Ils proviennent d'une bonne alimentation !
"Chez une personne en bonne santé, qui mange normalement et ne présente pas de pertes hydriques importantes, les reins régulent très efficacement l'équilibre hydro-électrolytique. On absorbe déjà du sodium, du potassium, du magnésium, etc, par l'alimentation. Il n'y a aucune nécessité physiologique de mettre systématiquement une pastille d'électrolytes dans sa gourde", conclut le Dr Philippe Beaulieu.