Quelle alimentation adopter en cas de SOMP (ex-SOPK) ?

Le SOMP, anciennement appelé SOPK, est une pathologie hormonale fréquente. Mais quel rôle joue l'alimentation dans le traitement médical de ce syndrome ?

Julie Zulian

Par Julie Zulian

Mis à jour le

INCARNE_GENERALISTE_Dereglements-hormonaux

Allodocteurs.fr - Studio TF1

Ces dernières années, de plus en plus de femmes ont pris la parole à propos du SOMP (syndrome ovarien métabolique polyendocrinien). Cette pathologie est fréquente : elle concerne 1 femme sur 10, à l'instar de l'endométriose.

Une panoplie de symptômes, parfois très invalidants, est associée au SOMP. Ils peuvent d'ailleurs varier d'une personne à l'autre. Ce syndrome étant encore mal connu, certaines personnes subissent parfois plusieurs années d'errance médicale avant d'obtenir un diagnostic de ce syndrome. Il est établi grâce à l'exclusion d'autres pathologies et doit être posé par un gynécologue.

Quels sont les symptômes du SOMP ?

"Il existe autant de formes de SOMP que de femmes qui ont un SOMP. Les symptômes peuvent être des règles irrégulières, une pilosité excessive, ce qu'on appelle un hirsutisme (car les femmes ont des poils à des zones où elles ont habituellement du duvet), une perte de cheveux, de l'acné et parfois une infertilité. Les femmes avec un SOMP ont des ovaires qui sont riches en follicules, ce qui n'est pas grave en soi", détaille ainsi la Pre Sophie Jonard-Catteau, cheffe du service de gynécologie médicale, orthogénie, sexologie à l'Hôpital Jeanne de Flandre (CHU de Lille).

Quels traitements existent en cas de SOMP ? 

Le SOMP demande une prise en charge pluridisciplinaire. "Il s'agit d'un traitement symptomatique, c'est-à-dire qu'on aide les femmes selon leurs symptômes. Il n'existe pas de traitement à l'heure actuelle qui prend tout en charge d'un coup. Bien qu'on y travaille", confie la gynéco-endocrinologue, membre de l’équipe de recherche de l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale).

Un traitement hormonal, comme la pilule, peut être proposé en cas de cycles irréguliers ou d’une pilosité excessive, par exemple. "S'il existe une composante métabolique dans le syndrome, on conseille aussi d'adapter son régime alimentaire sur un modèle plutôt méditerranéen et surtout de pratiquer une activité physique, qui est le meilleur traitement", poursuit la Pre Jonard-Catteau.

Une insulinorésistance chez certaines femmes atteintes d'un SOMP

Les dernières études estiment que 50 à 70 % des femmes concernées par un SOMP présentent une insulinorésistance. L’insuline est une hormone sécrétée par le pancréas qui a pour rôle de réguler le taux de glucose dans le sang.

Lorsque l'insulinorésistance se met en place, les cellules deviennent moins sensibles à l'insuline. Le glucose rentre ainsi moins facilement dans les cellules et reste dans le sang.

Cette résistance à l'insuline peut conduire à un diabète de type 2 et constitue un facteur de risque de maladies cardiovasculaires, rappelle l'Inserm.

L'insulinorésistance des femmes atteintes du SOMP est souvent associée à un surpoids ou à une obésité, selon les dernières études. Mais elle n'est pas systématique et ne concerne pas toutes les femmes atteintes de ce syndrome.

Faut-il forcément modifier son alimentation en cas de SOMP ?

Un changement alimentaire en cas de SOMP n'est donc pas forcément requis, selon la Pre Jonard-Catteau. "Ce syndrome se soigne au cas par cas. Les femmes n'ont pas toutes à adapter leur alimentation dans le sens où elles ne sont pas toutes concernées par une insulinorésistance", explique-t-elle.

L'adaptation de l'alimentation concerne surtout les personnes confrontées à du surpoids ou de l'obésité. "La prise de poids aggrave les symptômes, donc perdre 5 à 10% du poids initial peut les améliorer. En revanche, l'alimentation ne peut pas tout résoudre. C'est illusoire si la cause est hormonale. Dans le cas d'une hyperandrogénie hormonale par exemple, l'alimentation ne va pas tout régler", révèle la gynécologue.

Faut-il opter pour un régime anti-inflammatoire en cas de SOMP ?

Les vertus d'un régime anti-inflammatoire circulent régulièrement sur les réseaux sociaux. Pourtant, "il n'existe aucune preuve qu'il soit utile d'adopter une alimentation anti-inflammatoire dans le SOMP", nous assure la Pre Sophie Catteau-Jonard. 

Il est plutôt conseillé d'adopter un régime méditerranéen pour éviter le risque de carences et afin de ne pas tomber dans un régime restrictif.

Pourquoi choisir le régime méditerranéen ? 

Le modèle méditerranéen est riche en fibres, avec une part importante de fruits, de légumes et de légumineuses. Il comprend aussi du poisson, source d'oméga-3, des œufs et de la viande blanche. Enfin, l'huile d'olive, matière grasse phare de ce régime, apporte de bonnes graisses.

Parmi les bons réflexes, "miser sur les céréales complètes permet d'avoir assez de fibres car on n'en mange souvent trop peu", renchérit Tiphaine Arnould, diététicienne-nutritionniste, spécialisée dans la prise en charge du SOMP.

"On peut jouer sur les oléagineux comme les graines de chia, de lin, les noix ou les noisettes. Et on peut orienter vers la filière Bleu-Blanc-Cœur, qui enrichit l’alimentation des animaux en sources d’oméga-3 comme le lin, ce qui augmente la teneur en oméga-3 des produits issus de cette filière", complète-t-elle.

Quelles précautions prendre en cas d'insulinorésistance ? 

Les personnes souffrant d'insulinorésistance doivent stabiliser leur glycémie. Un repas équilibré qui inclut des glucides, des protéines, des fibres (via les fruits et légumes) et des matières grasses permet que le sucre soit moins rapidement absorbé.

"Cela ne veut donc pas forcément dire de miser que sur des aliments à indice glycémique bas. Mais plutôt de repenser comment former ses repas et à quel rythme les prendre", renchérit la diététicienne Tiphaine Arnould.

Il est recommandé d'éviter le plus possible les aliments ultra-transformés et de limiter les sucres rapides, comme pour de nombreuses autres pathologies.

L'insulinorésistance peut favoriser une prise de poids et ce, malgré une bonne alimentation. Un accompagnement médical et diététique est donc nécessaire.

"Je dis souvent à mes patientes que ce n'est pas de leur faute. Notre rôle est aussi de les déculpabiliser. Parfois, elles mangent bien et la prise de poids n'est pas de leur fait", rappelle Claire Marzin, diététicienne-nutritionniste, également spécialiste du SOMP.

Prudence avec les évictions alimentaires strictes

Sur les réseaux sociaux, de nombreux conseils nutritionnels circulent autour du SOMP. Prudence car ils ne sont pas forcément issus de professionnels de santé. 

"Il faut éviter les exclusions. Souvent, on cherche ce qu'on n'a pas testé avec l'espoir d'un miracle. On parle beaucoup du gluten et du lactose, mais ces évictions peuvent aussi déséquilibrer le microbiote, voire créer des carences", met en garde Tiphaine Arnould.

Les évictions alimentaires sont également compliquées à gérer socialement et peuvent, dans certains cas, conduire à des troubles des conduites alimentaires (TCA).

"Il y a beaucoup d'évictions avec l'endométriose. Ce n'est pas encore vraiment le cas du SMOP. Mais mes patientes se demandent souvent quoi manger. Pour elles, c'est dur de s'y retrouver. Le risque est de se dire que c'est trop compliqué et d'abandonner des efforts devenus trop difficiles", conclut ainsi la diététicienne Claire Marzin.

Pour rappel, le SOMP demande un suivi gynécologique et/ou endocrinien.
Il est donc nécessaire de consulter un professionnel de santé pour obtenir un diagnostic et bénéficier d'un accompagnement médical personnalisé.