Compter ses calories peut-il entraîner des TCA ?

Compter ses calories pour perdre du poids ou dans un objectif sportif est parfois encouragé sur les réseaux sociaux. Quels sont les risques de cette pratique ?

Julie Zulian

Par Julie Zulian

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Les troubles des conduites alimentaires (TCA) les plus fréquents sont l'anorexie, la boulimie et l'hyperphagie.

Allodocteurs.fr - Studio TF1

Compter ses calories comporte-t-il des risques ? Le débat revient souvent sur les réseaux sociaux, que ce soit pour un comptage de calories dans l'objectif d'une perte de poids ou dans celle d'une prise de masse musculaire.

Pour certains, compter ses calories s'apparente ainsi à un outil utile pour atteindre un objectif. Pour d'autres, cette technique présenterait le risque de développer un trouble des conduites alimentaires (TCA). Alors, qu'en est-il vraiment ? 

Que signifie compter ses calories ?

MyFitnessPal, FatSecret, ChatGPT... Les applications qui proposent de suivre ses calories sont nombreuses. Il suffit de renseigner quelques informations personnelles (âge, sexe, taille, poids, niveau d’activité...) pour que l'application calcule le "métabolisme de base", c'est-à-dire la quantité d'énergie nécessaire à l'organisme pour assurer ses fonctions vitales au repos.

L'application recommande ainsi une quantité journalière de calories selon un objectif, comme perdre du poids par exemple. Le procédé est, en apparence, assez simple.

Mais, en réalité, il reste à interpréter ces chiffres. "Dans le cas d'un objectif de 2000 kcal par jour par exemple, un diététicien ou un médecin sait ce que cela va représenter pour son patient en termes de quantités de glucides, de lipides et de protéines", explique Nicolas Sahuc, diététicien-nutritionniste, spécialiste des troubles alimentaires.

En revanche, "une personne qui calcule ses calories sans ces connaissances obtient une information brute sans avoir les connaissances scientifiques qu'elle nécessite pour être interprétée", ajoute le diététicien qui est également membre du conseil d'administration de la Fédération Française d'Anorexie-Boulimie (FFAB).

Un calcul simple... et souvent inexact

Le premier problème réside donc dans les interprétations du calcul, qui en lui-même n'est pas toujours exact. Les estimations réalisées par les applications sont en effet parfois fausses, avec pour résultat des recommandations erronées. Le risque est de développer des problèmes de santé par volonté de vouloir les suivre.

"Si on mange moins de calories que les besoins calculés, on est déficitaire et cela entraîne une perte de poids, c'est vrai, mais ce n'est pas sans conséquences", avertit Nicolas Sahuc. "Lorsque le corps obtient moins de calories, il manque d'énergie et va devoir faire des choix. Selon ce que vous enlevez, que ce soit 500, 600 ou 1000 calories, vous allez dégrader votre cerveau, vos organes et l'ensemble de votre corps."

Il est déconseillé de compter ses calories seul. Cette stratégie peut être intéressante dans certaines situations cliniques mais elle nécessite toujours l'accompagnement d'un professionnel de santé, à savoir un médecin ou un diététicien-nutritionniste.

Calculer ses calories fait-il courir le risque de développer un TCA ?

"Ce n'est pas parce qu'on compte ses calories qu'on va forcément développer un TCA", rassure le Dr Hugo Saoudi, psychiatre à la Fondation de santé des étudiants de France (FSEF), connu également sous le pseudonyme de @dr.ment_ali sur les réseaux et co-auteur de Quand manger te fait galérer !, un guide à destination des parents et des adolescents pour mieux comprendre les TCA.

En revanche, "compter les calories n'est pas un geste anodin", ajoute-t-il. "Cela vient dire quelque chose de notre rapport au corps." Un TCA se définit ainsi "comme un trouble psychiatrique qui a pour conséquence une altération durable du fonctionnement du corps. Avec des conséquences psychiques, physiques et sociales qui varient selon le trouble", rappelle le Dr Saoudi. Il existe ainsi trois entités principales dans les TCA : l'anorexie, la boulimie et l'hyperphagie.

Calculer ses calories, un surrisque chez les personnes déjà à risque

Le risque d'apparition d'un trouble alimentaire chez certaines personnes dépend de sa "trajectoire de vulnérabilité", d'après le Dr Saoudi. Un terreau plus ou moins fertile qui évolue au long de la vie selon des facteurs de risque et des facteurs protecteurs.

"Parmi les facteurs de risque, il peut y avoir un traumatisme, une insatisfaction corporelle, un harcèlement scolaire et parmi ceux protecteurs, l'environnement familial par exemple", détaille le psychiatre. "Dans le cas où il y a déjà une trajectoire de vulnérabilité, il peut y avoir des facteurs déclenchants du trouble et d'autres qui viennent l'entretenir. Le comptage des calories peut ainsi venir rigidifier un peu plus le rapport à l'alimentation et apparaît donc comme un surrisque."

Dans le cas où vous souhaitez compter vos calories, le Dr Hugo Saoudi et le diététicien Nicolas Sahuc conseillent de réfléchir à l'objectif de cette pratique. "Si c'est seulement dans un objectif esthétique, il y a le risque de déconnecter ses besoins et de perturber son alimentation", note le psychiatre. "Cela peut conduire à un désordre alimentaire qui traduit un rapport difficile à l'alimentation sans nécessairement aller jusqu'au TCA, mais qui est déjà source de grande souffrance."

Vers qui se tourner en cas de difficulté dans son rapport à l'alimentation ?

Il est recommandé d'être vigilant aux conseils prodigués sur les réseaux sociaux. "Nous sommes des animaux sociaux : nous avons donc besoin de nous conformer et nous cherchons à appartenir à un groupe", prévient le Dr Saoudi. "Si un ado suit un ado qu'il admire et auquel il veut ressembler, il va naturellement modifier son comportement pour lui ressembler. Et ainsi suivre les préceptes qui lui sont dictés."

L'ennui, c'est que la présence de coachs en nutrition augmente sur les réseaux sociaux. Ceux-ci ne possèdent généralement aucune formation médicale pour aider les personnes en souffrance. "Les spécialistes autoproclamés, comme les coachs en nutrition ou les psychopraticiens, utilisent leur propre expérience et parfois, cela part d'une réelle bonne intention", ajoute le Dr Hugo Saoudi. "Le problème, c'est qu'ils ne s'adaptent pas aux besoins de la personne" qui peut, en les imitant, adopter des comportements à risque.

En cas de difficultés dans son rapport avec l'alimentation, il est plutôt recommandé d'échanger avec son médecin traitant, un diététicien ou un médecin-nutritionniste. Sur les réseaux sociaux, il est recommandé de privilégier des sources fiables comme le compte @tout.sur.les.tca de la Fédération Française Anorexie-Boulimie. 

En cas de besoin, n'hésitez pas à appeler la ligne Anorexie-Boulimie Info Écoute. L'appel est gratuit et anonyme : 09 69 325 900.