Gluten, produits laitiers...quelle alimentation adopter face à l'endométriose?
Sur les réseaux sociaux, les conseils nutrition se multiplient pour lutter contre les douleurs causées par l'endométriose. On démêle le vrai du faux.
Par Julie Zulian
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L'endométriose concerne une personne menstruée sur 10 en France - Allodocteurs.fr
En France, une personne menstruée sur 10 est atteinte d'endométriose. Cette maladie gynécologique provoque de fortes douleurs.
Mais de quoi s'agit-il ? À l’intérieur de l’utérus se trouve une muqueuse appelée l’endomètre. Elle s’épaissit pendant l'ovulation pour accueillir un éventuel embryon. S'il n'y a pas de fécondation, l'endomètre s'évacue par le vagin : il s'agit des règles. On parle ainsi d'endométriose pour évoquer un dysfonctionnement de l'expulsion de l'endomètre dans le corps, puisqu'une partie des cellules de l'endomètre remonte par les trompes au lieu de sortir par le vagin.
Ces cellules d'endomètre peuvent se déposer dans certains organes voisins comme les ovaires, la vessie ou l'intestin, voire parfois dans l'épaisseur des muscles. Problème : "les règles vont se déclencher partout où des fragments d'endomètre se sont déposés dans le corps et saigner à ce moment du cycle", nous expliquait la professeure Céline Chauleur, cheffe du service de chirurgie-gynécologique du CHU de Saint-Etienne.
Troubles digestifs et endométriose, quels liens ?
Certaines personnes atteintes d'endométriose présentent également des troubles digestifs très douloureux, bien qu'elles ne soient pas toutes concernées. Sur les réseaux sociaux, le terme "endobelly" décrit les symptômes d'un ventre gonflé et de ballonnements. Ces douleurs peuvent être accompagnés de gaz, de diarrhées ou de constipations.
"Ces symptômes peuvent être dûs à des lésions présentent sur des zones du tube digestif ou bien venir de l'alimentation. Beaucoup de mes patientes atteintes d'endométriose présentent un syndrome de l'intestin irritable", explique Marie-Caroline Baraut, diététicienne-nutritionniste et autrice du livre Endométriose et nutrition.
Le syndrome de l'intestin irritable (SII) est une maladie qui s'exprime comme une hypersensibilité de l'intestin. Les causes du SII ne sont pas clairement définies, un trouble du microbiote intestinal est possible. Le stress peut aussi être un déclencheur. Les personnes concernées par un SII sont parfois très invalidées au quotidien.
Ces symptômes douloureux doivent alerter, et ce, avant d'effectuer tout changement dans son alimentation, rappelle la diététicienne Marie-Caroline Baraut : "Lorsqu'on a mal au ventre, il faut d'abord consulter son médecin puis parler à un diététicien, mais avoir un avis médical est avant tout nécessaire", rappelle-t-elle.
"Je combats l'idée d'une alimentation anti-inflammatoire"
Sur les réseaux sociaux, la promotion d'une alimentation "anti-inflammatoire" est très populaire. Certains internautes affirment que supprimer certains aliments permet de réduire les douleurs liées à l'endométriose. Pourtant, "les données sont insuffisantes pour recommander des régimes alimentaires ou des suppléments vitaminiques en cas d’endométriose douloureuse", rappelle la Haute Autorité de Santé (HAS) dans son rapport de recommandations publié en 2017.
"Je combats l'idée d'une alimentation anti-inflammatoire parce qu'on y met un peu tout et n'importe quoi", renchérit Marie-Caroline Baraut. Elle ajoute :"lI faut bien comprendre qu'aucune alimentation ne peut soigner l'endométriose. Le seul conseil qu'on peut donner est d'éviter les aliments ultra-transformés comme dans toutes les pathologies", recommande-t-elle. Le risque d'exclure des aliments est de s'exposer à des carences nutritionnelles ou à un trouble des conduites alimentaire (TCA).
Gluten, produits laitiers, FODMAPS... le vrai du faux
"J'ai reçu une patiente atteinte d'endométriose qui avait des évictions dans son alimentation, elle ne mangeait plus de gluten ni de produits laitiers, et je me suis rendue compte qu'elle avait développé un trouble des conduites alimentaires", témoigne Marie-Caroline Baraut, fondatrice et présidente de l'association Gyn&diets, qui regroupe les diététiciens-nutritionnistes spécialisés en santé féminine.
Que penser du gluten ? Le gluten désigne un groupe de protéines, les gliadines et les gluténines, qui sont présentes notamment dans le blé, le seigle et l'orge. Pourtant, c'est le fructane qui serait responsable des troubles digestifs, d'après Marie-Caroline Baraut. L'enlever n'a donc pas d'intérêt sauf en cas intolérance ou d'allergie.
"Je ne conseille pas ce régime. Enlever le gluten ne supprime pas les fructanes, qu'on retrouve aussi dans l'ail, l'oignon, l'artichaut ou le poireau par exemple. Le risque est d'enlever une gamme complète d'aliments et d'avoir une consommation plus importante de produits ultra-transformés", explique la diététicienne-nutritionniste.
Que penser des produits laitiers ? Leur suppression n'est pas bénéfique. Au contraire, "une consommation plus élevée de produits laitiers est associée à une baisse du risque d’endométriose de 10 %", rapporte une méta-analyse d’études conduites entre 2004 et 2020 et rapportée dans cet article par Marina Kvaskoff, épidémiologiste à l’Inserm et spécialiste de l’endométriose.
"En revanche, il faut s'adapter à la tolérance personnelle du lactose de chaque personne mais aucune recommandation voudrait que l'on supprime les produits laitiers", tempère Marie-Caroline Baraut.
Que penser de la viande rouge ? Les personnes qui mangent plus de viande rouge sont plus à risque de développer une endométriose (hausse du risque de 17 %), rapporte le même article de Marina Kvaskoff. L’ingestion d’une quantité plus importante d’acides gras trans insaturés et d’acides gras saturés est également associée à un risque accru de développer une endométriose.
Pourtant, "les données actuelles ne permettent pas de déterminer si l’adhérence à un régime alimentaire spécifique ou simplement à une alimentation saine peut aider à supprimer les symptômes douloureux de la maladie", rappelle-t-elle.
Que penser du soja ? Une consommation normale de soja n'est pas contre-indiquée chez les femmes atteintes d'endométriose dans le dernier rapport de l'Anses. "Sur le soja, c'est le statu quo, il ne faut pas pas trop en consommer et respecter les recommandations de l'Anses. Chez les personnes végétariennes, il faut faire attention parce qu'il y a parfois une surconsommation", indique Marie-Caroline Baraut.
C'est quoi, le protocole FODMAPs ? Les FODMAPs représentent un grand groupe de sucres qui sont fermentescibles par la flore intestinale. "Il s'agit d'un protocole et non pas un régime, le but est d'éliminer dans un premier temps ces sucres pour les réintroduire progressivement dans l'alimentation. Mais on ne peut pas rester dans le protocole FODMAPs, le risque est de développer des carences nutritionnelles. Ce protocole doit être encadré par un professionnel de santé", affirme la diététicienne.
Que penser du jeûne ? Il n'est pas conseillé. "Il n'existe aucune étude sérieuse qui prouve un impact positif chez les personnes atteintes d'endométriose", certifie-t-elle.
En cas de doutes sur votre alimentation, il est nécessaire de se tourner vers un professionnel de santé, médecin ou diététicien, formé à l'endométriose.
Opter pour le régime méditerranéen
La diététicienne Marie-Caroline Baraut conseille d'adopter un modèle méditerranéen, qui consiste en une alimentation riche en fruits et légumes, en herbes aromatiques et fruits à coque, poissons gras et huile d'olive. "En revanche, il faut être vigilant car c'est un modèle qui contient beaucoup de fibres, et qui doit parfois être adapté aux personnes atteintes de troubles digestifs", met en garde la diététicienne.
Il faut donc être prudent aux informations diffusées autour de l'endométriose, qui est une pathologie douloureuse encore mal connue. "Ces femmes sont douloureuses, on ne peut pas leur jeter la pierre, elles cherchent un traitement pour aller mieux. Simplement, il faut être très vigilant à ce qu'on voit sur les réseaux sociaux. Il y a un business autour de l'endométriose, il faut le savoir", conclut Marie-Caroline Baraut.