Règles abondantes : quelles causes et que faire pour réduire le flux ?
Les règles abondantes concerneraient près de 12% des personnes menstruées. Quelles solutions existent ? Odile Bagot, gynécologue, vous répond.

Les règles abondantes, dites ménorragies, représentent le premier motif de consultation des femmes âgées de 30 à 50 ans. Elles concernent près de 12% des personnes menstruées. Pour comprendre la ménorragie, il est d'abord nécessaire de faire un rappel physiologique.
D'où viennent les règles ?
Après l’ovulation, l’endomètre, le tissu qui tapisse l’utérus, s’épaissit et se modifie sous l’effet conjugué des œstrogènes et de la progestérone. En l’absence de grossesse, la progestérone chute, ce qui entraîne l’apparition des règles. Pour que les règles soient normales, c'est-à-dire régulières, pas trop abondantes et pas trop longues, il faut :
- Un bon équilibre entre les œstrogènes et la progestérone tout au long du cycle.
- Un utérus normal dans ses deux composantes : la muqueuse endo-utérine (endomètre) et le corps utérin (myomètre).
Si l'une de ces conditions n’est pas remplie, cela a un impact les règles.
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Comment expliquer les règles abondantes ?
Il existe deux types de ménorragies. Tout d'abord, celles liées aux hormones, qui concerne souvent les femmes après la puberté ou juste avant la ménopause, quand les ovaires ont tendance à "patiner". Ensuite, les ménorragies liées à des anomalies au niveau de l’utérus :
- Au niveau de la muqueuse utérine (polypes)
- Au niveau du muscle utérin (fibromes)
- Une troisième pathologie appelée l’adénomyose. Elle s'apparente à de l'endométriose mais concentrée au niveau du muscle utérin : le tissu de type endométrial s'infiltre dans le myomètre, ce qui provoque des saignements plus importants lors des règles.
Identifier la cause des règles abondantes
Une échographie pelvienne permet de détecter les anomalies au niveau de l'utérus. Si l'échographie est normale, la cause est probablement hormonale, c’est souvent le cas pour la plupart des adolescentes.
En revanche, certaines jeunes filles sont concernées par un trouble de l’hémostase. La maladie de Willebrand, en particulier, est une maladie hémorragique héréditaire, de gravité variable et assez fréquente. Une simple prise de sang permet de la détecter.
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Comment savoir si la quantité de sang perdue est trop abondante ?
Évaluer l’abondance du flux de ses règles est complexe car assez subjectif. Le volume de sang perdu par période de règles ne doit pas excéder 80 ml, mais difficile de le quantifier. Le score de Higham peut faciliter cette mesure. Il permet d’observer le nombre de protections périodiques utilisées pendant les règles et de le reporter dans un tableau spécifique. Cela donne un score total et s’il est supérieur à 100, cela veut dire que les règles sont objectivement trop abondantes.
S'il y a bien ménorragie, une prise de sang est prescrite pour savoir s'il n'y a pas d'anémie, c’est-à-dire un manque d’hémoglobine et de fer. Parfois, certaines femmes se plaignent de beaucoup saigner mais ont une hémoglobine normale. D'autres, en revanche, se sont habituées à trop saigner, se sont anémiées petit à petit et le tolèrent, même si elles se sentent fatiguées, perdent leurs cheveux par manque de fer ou dorment mal.
Quelles solutions existent en cas de règles trop abondantes ?
De manière ponctuelle, donc sur une courte période, il est possible d'avoir recours à un médicament anti-hémorragique. Mais ces comprimés ne doivent pas être utilisés chaque mois. Dans les ménorragies liées aux hormones, comme dans la plupart des cas d’anomalie de l’endomètre ou de fibrome, un traitement hormonal suffit souvent à réduire l'intensité du flux.
La prise d'une pilule est privilégiée chez les adolescentes. Chez les femmes adultes, les déséquilibres hormonaux débutent aux alentours de 40 ou 50 ans, et les fibromes se développent, ce qui explique des saignements plus importants. Le stérilet à la progestérone est alors le traitement le plus recommandé.
Mais dans certains cas, ces traitements ne suffisent pas. Il faut traiter spécifiquement la cause des saignements : fibromes, polypes, adénomyose, hyperplasie de l’endomètre... Le type de traitement dépend de l’âge de la personne concernée, de son éventuel désir de grossesse, de sa volonté de garder son utérus ou non. Il existe de nombreuses techniques de radiologie interventionnelle ou chirurgicales différentes. La stratégie adoptée se discute au cas par cas avec le gynécologue.