Le curcuma comme remède anti-cancer : est-ce que ça fonctionne ?

Le curcuma fait partie de ces épices auxquelles on prête mille vertus, dont celle d'être un remède "miracle" au cancer. Mais qu'en est-il vraiment ? On fait le point.

Rym Ben Ameur

Par Rym Ben Ameur

Rédigé le

Le curcuma comme traitement : la science valide ?

Le Mag de la santé - France 5

Aussi appelé "safran des Indes", le curcuma est une épice, mais également un colorant, un conservateur et un produit de phytothérapie utilisé dans plusieurs médecines dites traditionnelles comme la médecine ayurvédique. Aujourd'hui, c'est aussi un produit que l'on trouve sous forme de complément alimentaire. 

Il s'agit d'un condiment auquel l'on prête pléthore de propriétés supposées : favoriser la digestion, stimuler l'appétit, être utile contre l’asthme, la toux, les ulcères, soulager les règles douloureuses ou encore stimuler la montée de lait... Bref : des tonnes d’indications en usage traditionnel, qu'aucune preuve scientifique ne vient malheureusement confirmer. En revanche, ce sont toutes ces prétendues vertus qui ont motivé les chercheurs du monde entier à s'intéresser de près à certaines molécules contenues dans le curcuma.

La curcumine à l'origine des bienfaits du curcuma

D'où provient l'intense couleur jaune du curcuma ? Cette teinte vive si caractéristique est à mettre au crédit de la curcumine, le principe actif du curcuma. Plusieurs études se sont penchées sur les multiples bienfaits de cette molécule : elle présente des propriétés anti-inflammatoires et anti-oxydantes, elle bloque la prolifération - et donc la multiplication - de cellules cancéreuses et peut même déclencher leur mort tout en freinant les métastases. A-t-on à faire à une molécule "miracle" ? Gare aux conclusions trop rapides. En effet, la quasi-intégralité de ces études n'ont pour l'instant été menées qu'en laboratoire, sans être reproduites chez l'être humain.

Mais la curcumine n’est pas une exception : il s'agit d'un parcours tout à fait classique en recherche biomédicale. Lorsque l'on veut fabriquer un nouveau médicament, il faut d’abord réaliser des expériences sur des cellules. C'est ce que l'on appelle des expériences in vitro. Le produit est ensuite testé sur des animaux, comme les souris ou les chiens. Ce n'est qu'après cette étape, lorsque la molécule est considérée comme efficace et sûre, que les essais cliniques chez l’humain peuvent commencer. 

Ces trois étapes sont essentielles pour la recherche médicale, car les chercheurs passent d'un organisme simple à des organismes complexes. Très souvent, les scientifiques échouent à passer à l'échelon supérieur. C’est pour cette raison qu'il est commun d'entendre dans les médias diverses affirmations, telles que : "une nouvelle molécule révolutionnaire a été créée". Pourtant, dix ou vingt ans plus tard, aucun médicament issu de cette molécule n'est encore en vue. 

Oui, la curcumine a effectivement des propriétés anti-cancer, surtout sur des cellules in vitro. Il existe également quelques études sur le sujet chez l’animal, mais dans des modèles très simplifiés de cancer, donc le parallèle ne peut pas encore être réalisé avec les humains. 

À lire aussi : Shot gingembre-curcuma : quels sont vraiment ses bienfaits ?

Quels sont les effets réels du curcuma sur la santé ?

Quelques essais cliniques sur l'être humain ont été menés pour étudier les bienfaits du curcuma sur l'organisme, mais aucun n'est parvenu à montrer de réels effets anti-cancer. Vous pouvez néanmoins assaisonner sans risque vos plats avec du curcuma pour rehausser leur goût, mais ne vous attendez pas à obtenir des effets bénéfiques pour l'organisme, même à long terme. 

En effet, la curcumine est très mal absorbée par le corps. Ce qui signifie que l'organisme s'en débarrasse généralement avant même qu'elle ne passe dans le sang. Pour remédier à ce léger problème, les chercheurs se servent de très grandes quantités de curcuma. Dans les études citées précédemment, entre trois et huit grammes de curcumine sont utilisés pour analyser l'effet de la molécule. 

À titre de comparaison, une gélule de complément alimentaire de curcuma contient environ 100 mg de curcumine. Pour reproduire les conditions de ces études, il faudrait donc ingurgiter environ trente gélules par jour, ce qui n'est absolument pas recommandé ! L'équivalent en cuillère à café de curcuma représente pas moins de un à deux verres d'épice, qu’il faudrait consommer chaque jour, pour reproduire les mêmes quantités ! Pour résumer,  la curcumine est une molécule intéressante et qui fait l’objet d’études scientifiques, mais qui ne peut pas être considérée comme un remède anti-cancer.