Faut-il vraiment arrêter le gluten quand on souffre de troubles digestifs ?
Réduire ou supprimer la consommation du gluten peut-elle vraiment soulager tous les troubles digestifs ? On vous répond.
Par Julie Zulian
Rédigé le
INCARNE_GENERALISTE_Troubles-digestifs
Allodocteurs - Studio TF1
Nausées, ballonnements, lourdeur au bas du ventre, gaz intestinaux ... Plus de la moitié de la population française souffre de troubles digestifs (45%), selon un sondage Ifop publié en 2021.
Sur les réseaux sociaux, certaines personnes confient avoir diminué ou arrêté le gluten, et affirment que ce changement aurait apaisé leurs troubles digestifs.
Le gluten est une protéine très présente dans notre alimentation. Elle est en effet contenue dans le blé, le seigle, l’orge, l’épeautre, le kamut ou encore l'avoine. Mais l'évincer de son régime alimentaire est-il toujours une bonne idée ?
Dans quel cas faut-il adopter un régime sans gluten ?
Les personnes concernées par un régime strictement sans gluten sont uniquement celles atteintes de la maladie cœliaque, aussi appelée intolérance au gluten. Il s’agit d’une maladie auto-immune induite par l’absorption du gluten.
"Dans le cas d'une maladie cœliaque, il faut une prise en charge de la maladie pour éviter les complications, d'où l'importance d'avoir un diagnostic. Le régime sans gluten doit être strict et à vie", rappelle la Dre Corinne Bouteloup, gastro-entérologue et nutritionniste au CHU de Clermont-Ferrand.
Dans certains cas plus rares, des personnes sont concernées par une allergie à la protéine de blé et doivent également adopter un régime strictement sans gluten.
Comment savoir si on est sensible au gluten ?
Certaines personnes présentent par ailleurs une sensibilité au gluten non cœliaque (SGNC). Elle concernerait 1 à 6% de la population française, selon l'Association Française des Intolérants au Gluten (AFDIAG).
Les symptômes se révèlent assez semblables à ceux de la maladie cœliaque. Sauf que la sensibilité au gluten non cœliaque n'amène pas la destruction de villosités au niveau de l’intestin grêle. Cette réaction immunologique reste encore mal connue et son diagnostic se réalise plutôt par élimination auprès d'un gastro-entérologue.
Ne pas confondre sensibilité au gluten et intestin irritable
Et attention aux confusions : "La majorité des personnes qui pensent souffrir d'une sensibilité au gluten ont en réalité un syndrome de l'intestin irritable", révèle la Dre Corinne Bouteloup.
Un amalgame également remarqué par Julie Delorme, diététicienne-nutritionniste, spécialisée dans les troubles digestifs : "Les personnes peuvent être concernées par des ballonnements, des flatulences, des maux de ventre. Des symptômes qui sont semblables au syndrome de l'intestin irritable. Ces troubles digestifs sont souvent dus aux FODMAPS, qui ne sont pas des protéines mais des glucides", confirme-t-elle.
Le terme FODMAP (oligosaccharides, disaccharides, monosaccharides et polyols) recouvre l'ensemble des sucres fermentescibles par l'intestin, dont font partie les fructanes, notamment présents dans les céréales, comme le gluten.
"Chez les personnes qui souffrent d'un syndrome de l'intestin irritable (SII), baisser la consommation de fructanes, c'est-à-dire de céréales, va donc amener moins de troubles digestifs", explique la Dre Corinne Bouteloup.
Quels sont les risques d'éliminer le gluten de son alimentation ?
Cela peut donc expliquer une partie des témoignages diffusés sur les réseaux sociaux. Le problème, c'est"qu'on retrouve aussi ces glucides dans l’ail, l’oignon ou l’échalote par exemple", rappelle la diététicienne Julie Delorme.
Le risque est ainsi d'être amené à une conduite alimentaire de plus en plus restrictive en raison de troubles digestifs persistants. Suivre un régime sans gluten sans être accompagné fait courir le risque de carences nutritionnelles et de troubles du comportement alimentaire (TCA), selon la Dre Corinne Bouteloup.
"Certains patients ne mangent plus rien car ils sont perdus et ont peur de faire des erreurs. Ils vont d'abord adopter le régime sans gluten mais vont continuer à avoir des symptômes. Ils vont donc ensuite éliminer les produits laitiers, et ainsi de suite", témoigne la gastro-entérologue.
Le risque est également de se tourner vers des options sans gluten mais pas sans FODMAPs, qui vont continuer à occasionner des troubles. C'est le cas par exemple de "la farine de pois chiches, qui possède un vrai intérêt nutritionnel, mais qu'on risque de moins bien digérer si l’on est sensible aux FODMAPs", illustre la diététicienne Julie Delorme.
Pas de régime sans diagnostic au préalable
Dans tous les cas, il faudra toujours consulter un professionnel de santé avant d'adopter un régime sans gluten, déjà pour valider le diagnostic d'une éventuelle maladie cœliaque. D'autant que "les patients qui adoptent ce régime avant de faire les tests ne peuvent plus se faire diagnostiquer car, sans gluten, les anticorps qui servent à faire le diagnostic disparaissent et la muqueuse intestinale se répare", confie la Dre Corinne Bouteloup.
Or ce diagnostic est primordial pour une prise en charge plus globale. En effet, les malades cœliaques non diagnostiqués encourent des risques liés aux complications de la maladie comme de l’ostéoporose et des risques de cancer. Les cancers de l'intestin grêle sont également plus fréquents chez les patients intolérants au gluten.
Une fois le diagnostic posé et le régime mis en place, il faudra s'y tenir. Car "si les personnes n'adoptent pas un régime strict, il peut y avoir des écarts". Ce qui représente un danger, "car seul le régime sans gluten permet d'éviter les complications" de la maladie cœliaque, explique la Dre Corinne Bouteloup.
En somme, peu importe ce que vous suspectez, consultez d'abord un médecin avant de vous ruer sur n'importe quel régime. "Sur les réseaux sociaux, on a beaucoup d’informations qui sont fausses et des discours anxiogènes. Le gluten est parfois présenté comme inflammatoire alors que cette théorie n’est pas validée par le corps médical", ajoute la diététicienne Julie Delorme.
Que manger en cas de syndrome de l'intestin irritable ?
Si la maladie cœliaque et la sensibilité au gluten sont écartées et que la piste du syndrome de l'intestin irritable est favorisée, vous pourrez être amenés à suivre un régime pauvre en FODMAPs. "Il existe cinq catégories de FODMAPs. Souvent, une personne n'est pas intolérante à tout. Il est nécessaire de dépister ce à quoi la personne est intolérante pour adapter son régime. C'est souvent un problème de quantité", rappelle ainsi la Dre Bouteloup.
Ici encore, ce protocole nécessite l'accompagnement d'un professionnel de santé, car il existe également un risque de développer des carences nutritionnelles ou des troubles alimentaires.
"Dans les aliments riches en FODMAPs, il y a de nombreux fruits et légumes dont il est hors de question de se priver de façon prolongée. Il faut garder en tête qu'aucun régime restrictif n'est bon pour la santé" rappelle la Dre Corinne Bouteloup. En résumé, "il est important d'avoir un diagnostic avec une prise en charge puis de bénéficier d'un accompagnement diététique pour garder une alimentation équilibrée", conclut-elle.