Le "poopmaxxing" : une nouvelle tendance pour optimiser votre transit ?
Est-il possible de donner du sens à notre pause toilette en partant en quête du caca parfait ? Si sur le papier l'idée paraît bonne, elle peut aussi comporter d'éventuelles contraintes si elle tourne à l'obsession.
Par Robin Couturier
Rédigé le
INCARNE_GENERALISTE_Troubles-digestifs
Allodocteurs - Studio TF1
Était-il encore nécessaire de nous prouver que tout est possible sur les réseaux sociaux ? Toujours est-il que le viral TikTok nous gratifie en ce moment d’une tendance hors du commun : le "poopmaxxing". Dans la droite lignée des autres trends "maxxing" visant à maximiser à l’extrême un domaine de sa vie, cette dernière consiste à perfectionner la qualité de… son caca. Résolution santé ou fausse bonne idée ? On fait le point avec un spécialiste du transit.
Le 2 mars dernier, la tiktokeuse Hallysicle poste une nouvelle vidéo sur son compte. L’influenceuse aux presque 50 000 followers présente son sac à main de poopmaxxer “dans le but d’avoir un bon et heureux anus”. Le contenu du sac, complètement dédié à la pause toilette, est tout ce qu’il y a de plus technique. On y trouve entre autres des lingettes, des flocons d’avoine déshydratés, une serviette de protection pour cuvette, ou bien des paquets de bonbons contenant chacun 6 g de fibre. À ce jour, la vidéo cumule 1,2 million de vues et plus de 172 000 likes et se démarque entre les dizaines de vidéos qu’elle propose pour poopmaxxer au mieux.
@hallysicle what's in my bag poopmaxer edition lmao #poop #poopmaxxing #fiber #fibermaxxing #highfiber
♬ original sound - hally
Noter ses selles avec l'échelle de Bristol
Mais concrètement, comment faire pour poopmaxxer ? Avec comme objectif principal d’optimiser ses selles, le poopmaxxing se base sur la très officielle échelle de Bristol. De fait, il s’agit d’un tableau établissant une classification de nos déjections en les notant de 1 à 7. Le type 1 correspond aux “selles dures et morcelées (en billes) d’évacuation difficile”. Le type 7, à l’inverse, représente les selles “totalement liquides”. Le Graal des poopmaxxers, situé au centre du tableau, c'est le type 4, connues communément comme “les selles molles mais moulées en saucisses (ou serpentin)”.
Si les intentions de ceux qui poopmaxxent sont bonnes, leur pratique est-elle parfaitement saine pour autant ? D’abord étonné par cette tendance, le Dr Jean-Jacques Raynaud, gastro-entérologue et hépatologue à Bobigny tient à tempérer les maxxers : “Il n’y aucunement besoin de viser le type 4, assure-t-il. Un individu qui fait des types 5 et qui s'en porte bien ne doit rien changer. Dans ce cas, la quête d’un type 4 par un changement des habitudes alimentaires ne risque que de vous apporter des contraintes”.
Un maxx de fibre avec le "fibermaxxing"
Et pourtant, la tendance du poopmaxxing est intimement liée à une autre tendance, aussi présente sur les réseaux sociaux : le "fibermaxxing". Cette fois, l’objectif est de maximiser sa consommation en fibres alimentaires pour améliorer sa digestion. De retour chez Hallysicle pour une nouvelle vidéo, cette fois, l’influenceuse caca propose sa recette du pain fibermaxxé. La formule est simple : un pâton sans gluten, à base de farine de châtaigne. Une fois cuit et tranché, l’influenceuse rajoute un morceau de beurre, du miel et une pincée de sel. "Il est maintenant temps d’aller sur mon bidet pour faire un type 4", conclut-elle.
Encore une fois et à l’instar du poopmaxxing, la tendance fibermaxxing est pavée de bonnes intentions. D'autant plus que notre consommation moyenne en fibres est généralement trop faible. D’après l’étude individuelle nationale des consommations alimentaires 3 de l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire (ANSES), réalisée en 2017, nous ne mangeons en moyenne que 20 g de fibres alimentaires par jour. Pourtant les recommandations officielles sont au-dessus : l’Assurance Maladie préconise une consommation journalière allant entre 25 g et 40 g.
Cela étant, le fait de maximiser ses apports en fibres - notamment avec des fibres non solubles que l’on trouve dans le son et autres céréales - comporte des risques, rappelle le Dr Raynaud : “Si vous prenez trop de fibres, ça risque de vous ballonner, ou d’entraîner un tas de choses très désagréables. Alors, peut-être que votre selle sera comme une saucisse de type 4. Mais quel est l’intérêt si le prix à payer est de manger des trucs pas bons et de créer des symptômes qui n'existaient pas avant.”
"Il ne faut pas tout médicaliser"
Plus largement, le Dr Raynaud craint que l’inspection rigoureuse de ses propres selles devienne une obsession qui risque de générer chez certains des angoisses illégitimes. “Il ne faut pas tout médicaliser, clame-t-il. Parce qu’à force on risque de créer de la pathologie et de l'anxiété. Si vous allez aux toilettes entre trois fois par jour et une fois tous les trois jours, que vous ne vous plaignez pas de douleurs, alors, il n'y a pas de raison de vouloir optimiser quoi que ce soit.” Voilà de quoi bien nous soulager.