Non, boire un verre d'alcool n'est pas meilleur pour votre sexualité
On pense souvent qu'un verre d'alcool permet de se sentir plus à l’aise dans sa sexualité et d'avoir plus de libido. Pourtant, c’est un faux-ami. Le Dr Gilbert Bou Jaoudé vous explique pourquoi.
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Alcool et sexualité : des liaisons dangereuses
Le Mag de la santé - France 5
En France, 28 % des moins de 50 ans disent avoir besoin de boire de l’alcool avant un rapport sexuel. La raison ? Cela les rendrait plus "performants". Médicalement, on peut l'expliquer : une petite quantité d’alcool peut aider certaines personnes timides à oser séduire, ou des personnes anxieuses à être un peu moins crispées. Mais il faut être très clair : l’alcool n’améliore pas la sexualité ! Il enlève simplement, de façon temporaire, des freins tels que le stress, la peur de l’échec ou l’hyper-contrôle.
La notion d'une petite quantité d'alcool n'est d'ailleurs pas universelle. Elle varie d’une personne à l’autre, en fonction du poids, de l’état de fatigue, de l’état émotionnel du jour, du contexte et d'autres facteurs. Pour certains, ce sera un quart ou un demi-verre et pour d’autres, ce sera un verre entier. Chez une même personne, ce seuil peut fluctuer d’une semaine à l’autre. Et difficile de savoir quand cette quantité d'alcool peut basculer du "ça aide" au "ça gâche tout" !
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Quelles sont les conséquences négatives de l’alcool sur la sexualité ?
Lorsqu'on a trop bu, le revers de la médaille est beaucoup moins séduisant. L'effet de l'alcool impacte notre fonctionnement sexuel sur différents organes :
- Au niveau du cerveau : l’alcool est un dépresseur du système nerveux central, ce qui donne une chute de l’excitation sexuelle. Chez les femmes, cela provoque moins de plaisir, moins de lubrification et des difficultés à jouir. Et chez les hommes, des troubles de l’érection, un retard de l’éjaculation et un manque de plaisir.
- Au niveau des nerfs entre les organes génitaux et le cerveau via la moelle épinière : l’alcool diminue la transmission des sensations au cerveau, c’est pour cela qu’on ressent moins la douleur quand on est alcoolisé, par exemple. Mais on ressent aussi moins les caresses et la stimulation sexuelle. Donc moins de plaisir sexuel.
- Au niveau des organes génitaux : l’alcool perturbe la circulation sanguine. Or sans un bon flux sanguin, on ne peut pas avoir une bonne lubrification ni une bonne érection.
- Au niveau des testicules et des ovaires : l’alcool a un effet toxique sur les cellules de Leydig qui fabriquent la testostérone. À la longue, on aura un déficit en testostérone. Et il y a un effet identique, même s'il est moins net, sur les ovaires.
- Au niveau du foie : on oublie souvent que le foie métabolise nos hormones sexuelles. Un foie fatigué par l’alcool, c’est une désorganisation hormonale supplémentaire, qui impacte la sexualité.
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Davantage de rapports à risque ou non consentis
Et on ne peut pas parler d’alcool et de sexualité sans évoquer les conséquences psychologiques… L’alcool désinhibe, certes, mais il désinhibe aussi les mauvais comportements. Sous alcool, on peut prendre plus de risques : négliger de mettre un préservatif, avoir des rapports qu’on regrette le lendemain. Parfois c’est juste embarrassant... mais d'autres fois, c’est plus grave. 22 % des jeunes en France disent avoir déjà vécu des rapports non consentis sous l’emprise de l’alcool. Et on sait que de nombreuses agressions sexuelles sont commises par des personnes alcoolisées.
L'important est d'essayer d'être lucide sur sa consommation d'alcool et apprendre à repérer les signaux d’alerte :
- Si vous avez besoin d’alcool pour avoir des rapports sexuels
- Si un verre en appelle toujours un autre
- Si vous ressentez toute autre conséquence négative de l’alcool
Il est alors fortement recommandé de consulter un médecin pour interroger votre consommation.