Santé mentale : l'alcool peut-il amplifier notre anxiété ?

Si vous avez relevé le défi du Dry January, vous vous êtes peut-être interrogé sur votre consommation d’alcool. Parfois utilisé pour apaiser une anxiété, l'alcool peut en réalité entretenir des troubles anxieux. On vous donne quelques clés pour reconnaître ce cercle vicieux et le stopper.

Julie Zulian

Par Julie Zulian

Rédigé le

Les troubles mentaux touchent une personne sur huit dans le monde

Allodocteurs.fr - StudioTF1

Êtes-vous sujet à l'anxiété ? Elle peut concerner tout le monde et survenir, de manière ponctuelle, dans certaines situations qui s'apparentent à un danger ou à une source de stress, rappelle l'Inserm. Certains symptômes se manifestent alors : accélération du rythme cardiaque, palpitations, troubles du sommeil, difficultés à respirer, augmentation de la transpiration, nervosité, voire crises de panique. 

Pour la majorité de la population, ces symptômes sont temporaires et disparaissent rapidement. Mais lorsqu'ils se répètent, qu'ils durent dans le temps et/ou qu'ils ne sont pas liés à un danger ou une menace ponctuelle, on parle alors de troubles anxieux.

"Hangxiety", d'où vient l'anxiété après avoir bu ?

Au lendemain d'une soirée alcoolisée, vous avez peut-être déjà ressenti certains de ces symptômes, auxquels se mêlent doutes et regrets. L'expression "hangxiety", venue de la contraction de hungover (gueule de bois) et anxiety (anxiété) en anglais, traduit ce sentiment de malaise qui suit la consommation d'alcool, rappellent deux chercheurs dans un article publié sur The Conversation. Il est dû à un "mécanisme physiologique", d'après le Dr Salvatore Campanella, docteur en psychologie et maître de recherches du FRS-FNRS (Fonds de la recherche scientifique) de l'Université de Bruxelles.

"Dans la consommation d'alcool, il y a une phase « up », ascendante, où on se sent un peu désinhibé, plus joyeux et sociable. L'étape qui suit peut être une phase « down », descendante, où on se sent un peu plus fatigué, parfois triste et anxieux", révèle-t-il.

Et cela s'explique simplement. Initialement, la consommation d'alcool accroît la production d'acide gamma-aminobutyrique (GABA) dans notre cerveau, un neurotransmetteur apaisant, et diminue celle du glutamate, qui maintient l'éveil.

Mais lorsque le corps métabolise l'alcool, cet équilibre se rompt. "Il y a une adaptation compensatoire au niveau neurobiologique, les neurotransmetteurs inhibiteurs, qui permettent de calmer l'activité du système nerveux central, marchent moins bien tandis que les neurorécepteurs excitateurs sont plus stimulés, ce qui fait augmenter progressivement la tension nerveuse", décrit le Pr Henri-Jean Aubin, professeur de Psychiatrie et d'Addictologie à l'Université Paris-Saclay. 

D'où la possible hausse de l'anxiété après une consommation importante de boissons alcoolisées. Mais nous sommes inégaux face à ces effets. Les personnes qui sont de nature anxieuses présentent plus de risques de ressentir ces symptômes après une consommation d'alcool. 

Alcool et anxiété sociale, quel est le lien ?

L'anxiété sociale, qui fait partie des troubles anxieux, peut aussi avoir des liens étroits avec la consommation d'alcool. Cette anxiété sociale concerne particulièrement les jeunes puisque 9,1% des adolescents en souffriraient, rapportait une enquête nationale menée aux États-Unis.

Elle correspond à "une peur intense et exagérée d'être jugé négativement par les autres", explique Sonia Sistiaga, qui réalise sa thèse de doctorat sur les liens entre anxiété sociale et consommation d'alcool chez les jeunes adultes, à l'Université Libre de Bruxelles (ULB). "Cela peut causer un dysfonctionnement dans la sphère sociale et professionnelle. Ce trouble est souvent non-diagnostiqué, soit parce que la personne qui en souffre arrive, malgré tout, à fonctionner au quotidien, ou au contraire, parce que l'anxiété sociale est trop forte pour consulter", précise-t-elle. 

Et consommer des boissons alcoolisées peut être un moyen, parfois inconscient, d'atténuer l'anxiété sociale ressentie lors de certains évènements. "Les motifs de consommation liés à l'anxiété sociale vont surtout chercher la conformité à des normes sociales et l'automédication, c'est-à-dire que l'alcool agit au niveau cérébral pour réduire les émotions négatives", indique Sonia Sistiaga.

Mais le lien entre anxiété sociale et consommation d'alcool est moins évident qu'il n'y paraît. "Le trouble anxieux est le plus associé au trouble d'usage de l'alcool mais cela ne veut pas forcément dire que les personnes anxieuses boivent plus. L'alcool peut être utilisé comme une béquille dans un contexte où l'alcool est accepté socialement, voire valorisé dans le cadre social", signale-t-elle.

La consommation répétée d'alcool peut-elle aggraver notre anxiété ?

Le soulagement ressenti par la consommation d'alcool peut devenir un cercle vicieux. "Si on consomme pour gérer son anxiété, c'est pour se sentir plus détendu. Le cerveau va commencer à faire une association entre le fait de se sentir mieux et la consommation d'alcool, ça peut déjà être un premier pas vers la dépendance", met en garde le Dr Salvatore Campanella.

Une consommation trop fréquente peut mener à une aggravation du trouble anxieux. "Une personne ira beaucoup plus mal sur le plan anxieux avec les excès, même si cela semble toujours mener à un soulagement", estime le Pr Henri-Jean Aubin. Cela a pour conséquences certains symptômes dus à la dépendance tels que des tremblements, des sueurs ou des troubles du sommeil, qui résultent d'un syndrome de sevrage.

Quels signes doivent alerter ?

Deux critères permettent d'interroger sa consommation d'alcool : 

  1. Le mécanisme de la tolérance : consommer de plus en plus pour avoir les mêmes effets ressentis la première fois engendre une augmentation de la consommation.

  2. Le facteur contrôle : quand on ne consomme pas, est-ce qu'on se sent plus agressif ? Est-ce qu'on perçoit des symptômes du sevrage comme le fait de transpirer ou une certaine nervosité ? 

Enfin, voici quelques questions à se poser pour réfléchir à sa consommation : 

  • Pourquoi je consomme ? 
  • Que se passe-t-il si je ne consomme pas ? 
  • Sans alcool, est-ce que j'aurais fonctionné de la même façon ? 

Enfin, en cas de doutes ou de questions sur votre consommation d'alcool, il ne faut pas hésiter à consulter un professionnel de santé pour vous aider.