Vin, bière, spiritueux... le sans alcool est-il un bon compromis pour réduire sa consommation ?

Année après année, les boissons sans alcool continuent de gagner en popularité. Mais représentent-elles un bon levier pour diminuer sa consommation d'alcool ?

Julie Zulian

Par Julie Zulian

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Drogues, alcool : les bons réflexes à adopter en cas d'addiction

Allo Docteurs - Newen Digital

Le Dry January est derrière nous. Et pourtant, vous poursuivez peut-être l'expérience ? 58 % des participants déclaraient moins boire huit mois après avoir relevé le défi, selon l'étude française JANOVER menée en 2024. La preuve que cette campagne de santé publique est non seulement importante mais surtout efficace. Et cette dynamique encourage fortement un marché : celui des boissons sans alcool.

Une perception de la sobriété mieux valorisée

Vin, bière ou spiritueux, les alternatives sans alcool se sont multipliées ces dernières années. Ces substituts peu ou non alcoolisés sont privilégiés par les personnes qui souhaitent boire autrement. Mais constituent-ils des leviers efficaces pour réduire sa consommation ? "Ce n’est pas si simple", réagit la Docteure Lisa Blecha, addictologue à l'hôpital Paul-Brousse de Villejuif (AP-HP). "Elles peuvent constituer une première amorce. On sait que boire de l’alcool n’est pas bon pour la santé. Si des personnes essaient de réduire les risques avec ces alternatives, il y a du bon là-dedans."

Ces substituts répondent à une demande forte. Près d'un quart des Français ont déclaré vouloir participer au Dry January cette année, d'après le Huffpost. La preuve d'un changement dans nos habitudes de consommation ? "Faire le mois sobre est mieux accepté et s'inscrit dans un mouvement où l'on cherche à prendre soin de soi, le fait de ne pas boire est mieux valorisé dans la société qu'avant", estime la Docteure Geneviève Lafaye, psychiatre et addictologue à la clinique Villa Montsouris, à Paris.

Une bascule confirmée par Ludovic Gaussot, professeur de sociologie à l'Université de Poitiers et spécialiste des usages de l'alcool. "Les consommations modérées ont toujours existé, ce n'est pas nouveau. Ce qui l'est, en revanche, c'est que la modération et la sobriété sont devenues la base d'une identité positive, alors qu'elles étaient plutôt vues négativement, et le Dry January y a contribué", soutient-il.

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Une baisse durable de la consommation d'alcool

La popularité de ces alternatives s'inscrit aussi dans un contexte de baisse de la consommation globale d'alcool en France, sur plusieurs décennies. Par rapport au début des années 1960, la consommation de boissons alcoolisées a diminué de plus de moitié en France. Une baisse surtout due à un recul de la consommation de vin, rappelle l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT). 

"Le vin ou la bière faisaient partie intégrante du repas, mais la consommation du vin au quotidien a très fortement baissé" en soixante ans, renchérit Ludovic Gaussot.

Thés, kombuchas, mocktails... L'arrivée sur le marché de ces boissons témoigne d'une demande d'alternatives originales, et pas seulement de substituts. Des initiatives qu'il faut encourager, d'après le Pr Mickaël Naassila, directeur du groupe de recherche sur l’alcool de l'université de Picardie et de l’Inserm, et président de la Société française d’alcoologie (SFA) :

"Je trouve ça très bien qu'on ait désormais des sobreliers ou des spécialistes de boissons nouvelles qui apportent des stimuli sensoriels différents. Certains chefs de restaurants gastronomiques ou semi-gastronomiques s'y mettent, pour qu'il n'y ait plus l'obligation tacite de boire au restaurant, par exemple. Et cela rejoint l'idée de consommer moins mais mieux", s'enthousiasme-t-il.

Une prise de conscience a aussi eu lieu quant aux effets néfastes de l'alcool. Pour rappel, il représente la deuxième cause de mortalité évitable en France et est encore impliqué dans un quart de la mortalité routière en 2024. La consommation d'alcool reste assez répandue en France, malgré une forte baisse, avec 82,5 % de la population adulte qui déclarent en avoir consommé au cours de l'année 2023, d'après l'OFDT

Le risque de retourner à des boissons alcoolisées

Le Dry January a été une période particulièrement propice aux ventes de vins, bières et spiritueux sans alcool. Mais ils peuvent aussi inciter certaines personnes à retourner vers la consommation de boissons alcoolisées. "Certaines alternatives sans alcool vendues dans les supermarchés sont développées par des alcooliers, qui vendent aussi de l'alcool", signale la Dre Lisa Blecha. "Le packaging est souvent le même : il est difficile de faire la différence et ces alternatives peuvent donc être source de rechute."

Le goût, l'odeur et la couleur sont parfois identiques au produit alcoolisé, ce qui augmente encore les risques de rechute, surtout chez les personnes souffrant d'addiction. "Il ne faut ni diaboliser ni encenser ces alternatives. Ces boissons enlèvent les effets de l'alcool. Mais le risque est d’accumuler de la frustration car on conserve le goût sauf qu'il n'y aura pas l'effet psychotrope de l'alcool, qui soulage", juge la Dre Geneviève Lafaye. Le risque est alors de rechercher à nouveau cet effet en retombant dans la boisson alcoolisée.

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Un levier insuffisant face aux comportements à risque

Les boissons non alcoolisées demandent également une certaine prudence dans leur consommation. Plusieurs contiennent encore un peu d’alcool, ce qui est incompatible avec la prescription de certains médicaments, par exemple. Et des personnes peuvent y être très sensibles. "Dans un objectif de réduction, c’est une première étape, mais ces boissons sans alcool ne sont pas recommandées dans la recherche d'une abstinence pérenne", avertit la Dre Lisa Blecha. 

Ces initiatives sont des leviers intéressants mais ne suffiront pas dans le cas des usages problématiques de l'alcool. "Il n'existe pas de solution miracle. La question de l’addiction relève de plusieurs enjeux, avec des aspects de santé publique, politique, sociétal et économique", conclut la Dre Geneviève Lafaye, qui regrette le manque de prises d'initiatives des pouvoirs publics à ce sujet. En effet, 22 % de la population française âgée de 18 à 75 ans déclare avoir dépassé les repères de consommation d'alcool en 2021, selon un rapport publié par Santé Publique France.