Voici comment savoir si votre contraception vous expose à un risque cardiovasculaire

Pour près de la moitié des personnes sous contraception œstroprogestative, cette méthode est en réalité inadaptée. Voici tout ce qu'il faut savoir.

Julie Zulian

Par Julie Zulian

Rédigé le

Les maladies cardiovasculaires regroupent toutes les pathologies qui touchent le coeur et le système sanguin

Allodocteurs - Newen Digital

Infarctus, accident vasculaire cérébral (AVC), embolie pulmonaire massive... En France, 200 femmes meurent chaque jour d'une maladie cardiovasculaire, ce qui en fait la première cause de mortalité féminine. Et d'après les chiffres de l'Observatoire national de la santé des femmes, neuf femmes françaises sur dix présentent au moins deux facteurs de risque cardiovasculaire.

La contraception œstroprogestative, un danger en cas de risque cardiovasculaire

Dans ce contexte à haut risque, une attention particulière doit être portée sur le type de contraception. Car une méthode inadaptée, en particulier les contraceptions œstroprogestatives, expose à des risques cardiovasculaires sévères. Le problème, c'est qu'elles sont en réalité contre-indiquées pour 40 à 60% des personnes qui les prennent. Et souvent à l'insu des femmes concernées, alerte la Fondation Agir pour le Cœur des Femmes.

Mais d'où vient ce chiffre ? "Ce résultat est issu de l'étude de 1000 dossiers dans la vraie vie. Il s'agit de femmes qui sont venues se faire dépister", souligne la Pre Claire Mounier-Véhier, cofondatrice d’Agir pour le Cœur des Femmes, cardiologue et médecin vasculaire au CHU de Lille. En effet, depuis 2021, plus de 15 000 personnes se sont fait dépistées par le Bus du Cœur des Femmes mis en place par la Fondation.

Quel type de contraception est concerné ?

"Toutes les contraceptions œstroprogestatives sont concernées, qu'elles soient sous forme de pilule ou de comprimé, d'anneau vaginal ou de patch cutané. Elles sont dites combinées car elles associent un œstrogène de synthèse et un progestatif", explique la cardiologue.

Quels sont les principaux facteurs de risque ? 

Mais comment savoir si votre contraception œstroprogestative vous est contre-indiquée ? Pour cela, il faut passer en revue vos facteurs de risque cardiovasculaire.

Parmi les plus fréquents figurent l'hypertension, des antécédents cardiovasculaires héréditaires au premier degré (embolie pulmonaire, troubles de la coagulation...) mais aussi le surpoids et l'obésité.

Si vous souffrez également de migraines fréquentes ou que vous constatez un trouble de la parole, il s'agit d'un signal d'alerte. Un excès de stress peut, en outre, aggraver le risque cardiovasculaire. N'hésitez pas à en parler avec un médecin.

Il est aussi nécessaire d'attendre au moins six semaines après l'accouchement pour reprendre une contraception œstroprogestative. Il existe des risques plus importants de phlébite avec la reprise d'œstrogènes de synthèse de manière trop précoce.

Le tabac décuple le risque de subir un AVC

Toute contraception œstroprogestative est enfin à proscrire chez les personnes âgées de plus de 35 ans qui fument, car le tabac décuple les risques cardiovasculaires.

La migraine combinée au tabac et à la contraception œstroprogestative multiplie ainsi par 35 le risque de subir un AVC. "On n'a pas le droit de mourir parce qu'on a une mauvaise contraception", s'indigne la Pre Mounier-Véhier. 

Vérifier les contre-indications à chaque renouvellement

Pour la Pre Mounier-Véhier, la formation des professionnels de santé et la sensibilisation des femmes sur leurs contre-indications est essentielle.

Un suivi gynécologique régulier est primordial, sans quoi les risques seront majorés. Une réalité qui concerne surtout les jeunes femmes âgées de moins de 30 ans.

"Elles font partie des patientes les moins suivies et ayant possiblement le plus recours à la contraception. Ce qui nous fait penser que nos estimations sont en réalité sous-estimées, avec encore plus de contraceptions inadaptées", déplore la cardiologue.

Sachez que toute femme peut accéder à une consultation longue remboursée par l’Assurance Maladie, avec un médecin traitant ou un gynécologue, lors de la prescription de sa première contraception, comme le rappelle la Fondation.

"C’est l’occasion de faire un point sur les éventuels facteurs de risque cardiovasculaire et de rechercher les contre-indications", explique la Pre Mounier-Véhier. Elle ajoute : "Et lors de chaque renouvellement, il est important de vérifier l’absence d’apparition de contre-indications cardiovasculaires", insiste-t-elle.

Dans un contexte de pénurie de gynécologues, ce suivi peut être assuré par une sage-femme ou par son médecin traitant.

Attention à ne pas diaboliser la contraception œstroprogestative

Cette alerte est formulée dans un contexte déjà assez défavorable à la pilule. En effet, de plus en plus de personnes la refusent par crainte des répercussions sur leur santé. Une réalité dont est consciente la Pre Mounier-Véhier, qui appelle à la prudence.

"Il ne faut pas en avoir peur mais c'est une prescription qui doit être encadrée. Il ne faut pas oublier que la pilule n'est pas juste une contraception. Il s'agit aussi d'une indication thérapeutique dans le cas de pathologies gynécologiques comme l'endométriose ou le SOPK (désormais SOMP). Elle peut être utile mais elle demande un suivi régulier et une bonne connaissance des contre-indications", conclut-elle.

Le Bus du Cœur des Femmes continue à se déplacer partout en France pour encourager le dépistage. Pour plus d'informations, rendez-vous sur le site Internet.