Fréquence des rapports, body count... 4 idées reçues sur la sexualité

Que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans des discussions entre amis, de nombreuses idées reçues persistent en matière de sexualité. On démêle le vrai du faux avec le Dr Gilbert Bou Jaoudé.

Par Dr Gilbert Bou Jaoudé

Rédigé le

Le vrai/faux sur la sexualité

Le Mag de la santé

La sexualité est source de nombreux fantasmes, croyances et autres idées reçues. Fréquence des rapports, nombre de partenaires, désir genré ou encore tonicité du vagin... Nous décryptons aujourd'hui quatre d'entre elles.

"Un couple heureux fait souvent l'amour"

Les études montrent que dans un couple stable, augmenter la fréquence n’améliore plus significativement le bonheur conjugal au-delà de trois à quatre rapports sexuels par mois.

Et la qualité des rapports semble avoir autant d’importance que leur fréquence : certains couples heureux ont peu de rapports, tandis que d’autres ont une sexualité fréquente alors que leur relation va mal. Ce qui compte surtout, c’est que le rythme convienne aux deux partenaires et que l’absence de rapports sexuels ne soit pas liée à un conflit.

"Les hommes ont naturellement plus de désir sexuel que les femmes"

Si cela semble évident, c'est en réalité plus subtil. Oui, les hommes pensent en moyenne plus souvent au sexe et expriment plus facilement leur désir. Mais cela dépend aussi beaucoup de l’éducation, des normes sociales, du contexte émotionnel, relationnel, hormonal ou de la fatigue. Et cela s'applique aux femmes comme aux hommes. De plus, les femmes expriment leur désir différemment, de façon parfois plus subtile.

"Plus on a eu de partenaires sexuels, moins on est capable d’aimer profondément"

Cette idée reçue sur le "body count", un concept faisant référence au nombre de partenaires avec lesquelles une personne a eu des relations sexuelles, est très présente dans certains discours masculinistes ou conservateurs. Pourtant, elle ne repose sur aucun fondement scientifique ! Elle s'appuie sur la croyance selon laquelle on "épuiserait" son ocytocine, l’hormone de l’attachement, ou sa dopamine, neurotransmetteur du plaisir, à force de multiplier les partenaires. Mais c'est faux, l’attachement humain n’est pas une batterie qui se vide. 

En revanche, certaines personnes qui ont des difficultés affectives peuvent multiplier les rencontres dans l’espoir de ressentir davantage d’attachement ou de passion. Mais dans ce cas, on confond la cause et la conséquence : c’est la difficulté à s’attacher qui pousse à multiplier les rencontres et non l’inverse.

"Le vagin se détend avec les rapports sexuels"

Le vagin est un organe entouré de muscles dont celui du périnée. C’est la contraction de ce muscle qui donne la tonicité du vagin. Les rapports sexuels avec pénétration ne "déforment" pas le vagin et le nombre de partenaires n’a aucun impact là-dessus. Certaines études par IRM ont même montré que le pénis se déforme légèrement pour s’adapter au vagin ! 

En revanche, tout ce qui fragilise le périnée peut résulter par un manque de tonus, qu’on assimile alors à un vagin distendu : accouchement traumatique, variations hormonales, prise de poids ou pratique de certains sports par exemple. La sensation d’un vagin "plus large", est donc le signe que le périnée est moins tonique, ce qui peut être amélioré avec une rééducation adaptée.

Au final, toutes ces d’idées reçues créent surtout de la pression inutile. Tant que la sexualité reste un jeu complice, elle épanouit. Lorsque l'on essaie de la réussir selon un modèle précis, elle devient un enjeu et finit par se bloquer.