5 idées reçues sur l'impact de la pollution de l'air sur notre santé
La pollution de l’air impacte surtout nos poumons, les masques FFP2 nous protègent de la pollution, l'air est moins bon l'été que l'hiver... Vraiment ? On démêle le vrai du faux sur ces croyances répandues.
Par Robin Couturier
Rédigé le
La pollution peut avoir de graves conséquences sur notre santé
Allodocteurs.fr - Newen France
C’est un sujet qui nous concerne tous et toutes. Quand il s’agit de la pollution de l’air et de notre santé, une pléthore de questions fuse et autant de réponses plus ou moins fondées. Quel est le véritable impact de la qualité de l’air sur notre corps ? Comment se protéger ? L’air est-il plus ou moins sain qu’hier ? Il est temps de démêler le vrai du faux sur ce sujet complexe, qui génère bon nombre d’allégations douteuses et de malentendus. Débunkons ensemble 5 des idées reçues les plus répandues sur les liens entre la pollution de l’air et notre santé.
La pollution de l’air impacte surtout nos poumons
Eh bien, pas du tout ! Les effets de la pollution atmosphérique sont certes dévastateurs. En 2021, déjà, Santé publique France estimait que, dans le pays, 40 000 décès étaient attribuables chaque année aux particules fines seulement. Mais la plupart ne font pas suite à des maladies pulmonaires. D’après L’Agence européenne pour l’environnement (AEE), “les maladies cardiaques et les accidents vasculaires cérébraux (AVC) constituent les causes les plus fréquentes de décès prématurés dus à la pollution atmosphérique, représentant 80 % des cas ; viennent ensuite les maladies pulmonaires et le cancer du poumon."
Un article sur les facteurs de stress environnementaux et santé cardiovasculaire, publié dans le European Heart Journal d’Oxford va encore plus loin dans le chiffrage. D’après les estimations relayées par la revue, sur les “20 millions de décès par an dus aux cardiopathies ischémiques, aux accidents vasculaires cérébraux, à l'hypertension et au diabète de type 2, la pollution à elle seule est responsable de 9 à 12,6 millions” d’entre elles. Soit environ la moitié.
La qualité de l’air est moins bonne en été qu’en hiver
C’est en tout cas ce que croient savoir la majorité des Français·es. D’après un sondage Odoxa réalisé pour la compagnie d’assurances Generali, 46 % d’entre eux pensent que la qualité de l’air extérieur est la plus mauvaise principalement en été. Ils sont seulement 9 % à penser que c’est, au contraire, principalement en hiver. Enfin, 29 % pensent qu’il n’y a pas vraiment de différences entre les saisons.
Et ce sont bien ces derniers qui ont raison. "Il n’y a pas vraiment de différence entre les saisons, c’est plutôt la nature de la pollution qui va changer”, confirme Céline Bracq, cofondatrice de l’institut de sondage. En effet, nos émissions changent bien en fonction de nos besoins au fur et à mesure de l’année, mais elles restent importantes. Été comme hiver, l’air reste pollué “avec notamment davantage de particules en hiver et davantage d’ozone en été”, précise Céline Bracq.
La qualité de l’air s’empire d’année en année
Alors, oui et non… “Depuis 25 ans, globalement la qualité de l’air s’améliore. Les courbes de dioxyde d’azote, de dioxyde de soufre diminuent”, note Virginie Schwartz, présidente-directrice générale de Météo-France. Une tendance qui s’explique par les efforts qui sont faits en direction de la baisse de nos émissions, notamment en ce qui concerne les transports. En revanche, ces baisses ne sont absolument pas observées au regard de l’ozone “qui reste stable, avec des pics qui correspondent aux années de canicule”.
L'ozone est un gaz naturellement présent dans l’atmosphère, protecteur à haute altitude dans la fameuse couche d’ozone, mais potentiellement toxique lorsqu’il est présent en trop grande quantité à notre hauteur. Ces effets néfastes pour la santé risquent de s’amplifier avec le temps, en même temps que le réchauffement climatique. C’était déjà le cas pour l’été que l’on vient d’essuyer, explique Virginie Schwartz : “On a eu 53 jours de vague de chaleur cet été, et ils ont bien joué sur les niveaux d’ozone. Sur l’été 2026, on a observé entre 5 et 10 microgrammes d’ozone en plus par mètre cube dans l’air par rapport à 2025.”
Par ailleurs, d’autres facteurs pourraient, à terme, faire en sorte que les baisses de nos émissions ne compensent plus les effets du réchauffement climatique, les feux de forêt en premier lieu. Cet été, “10 à 20 % des particules qu’on surveille venaient des feux et notamment dans le Sud-Ouest où les incendies ont été les plus intenses, déplore la PDG de Météo-France. Dans nos projections climatiques avec une France à +4° à l’horizon 2100, le risque s’étend à l’ensemble du pays.”
Le masque FFP2 protège contre la pollution de l’air
Cet été, 2 millions de masques FFP2 ont été distribués dans le Sud-Ouest de la France pour prévenir des risques sanitaires dans les zones où les incendies les plus dévastateurs ont sévi. Pour cause, ces masques permettent notamment de filtrer ce qu’on appelle les particules fines, qui pullulaient dans l’air saturé de fumées. Ces particules sont effectivement susceptibles d’irriter les bronches et le FFP2 permet bien de s’en protéger. Cela dit, le masque est inefficace contre les gaz, le dioxyde d’azote, l’ozone, entre autres.
Pour s’en protéger, il faudrait alors se tourner vers les masques dits "antipollution". Mais de ce côté aussi, rien n’est moins sûr quant à l’efficacité du produit. En 2018, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) faisait ce constat à leur propos : “des données insuffisantes pour attester d’un bénéfice sanitaire et recommander leur utilisation”. À l’instar du FFP2, l’Anses déplorait que “la plupart des masques dits « antipollution » recensés sur le marché français sont conçus pour protéger des particules présentes dans l’air ambiant et ne protègent pas contre les substances présentes à l’état gazeux.”
La pollution, ça ne coûte pas si cher !
Eh bien si ! À ce propos, le site de Santé publique France parle même d’un “impact économique majeur”. C’est à l’appui d’une étude réalisée entre 2016 et 2019 que Santé publique France a tiré ce constat. L’impact des particules fines “est estimé à 12,9 milliards d’euros (...) soit presque 200 euros par an et par habitant". Quant au dioxyde d’azote, ces mêmes chiffres sont de “3,8 milliards d’euros, (...) soit 59 euros par an et par habitant.”