AVC, arrêt cardiaque, cancer... comment l'été 2026 a pollué notre air et impacté notre santé
La qualité de notre air s'est significativement dégradé après cet été, le plus chaud jamais enregistré. Notre santé, notamment cardiaque, peut avoir été impactée. Dans quelle mesure ? Comment s'en protéger ? Des spécialistes nous répondent.
Par Robin Couturier
Rédigé le
La pollution peut avoir de graves conséquences sur notre santé
Allodocteurs.fr - Newen France
L’été fut particulièrement rude cette année, pourtant il n’est sans doute que le premier d’une longue série incoercible. Rude au point que plus de deux Français·es sur trois déclarent avoir ressenti au moins un effet lié à la pollution de l’air pendant cette période. Fortes chaleurs, ozone, particules fines et autre pollution, autant de facteurs qui ont un impact sur la santé, au point d’être la cause de plusieurs dizaines de milliers de morts prématurées, en France, chaque année.
2026, un aperçu des étés de 2100
“53 jours en vague de chaleur, 45% du territoire qui a connu des températures au-dessus de 40° et 90% avec des températures au-dessus de 35°” – l’été était rude à ce point explique Virginie Schwartz, présidente-directrice générale de Météo France en énonçant les chiffres fous de l’été le plus chaud jamais enregistré. “On n’a jamais connu ça. +3,6° par rapport aux normales et +5° par rapport aux références préindustrielles, déplore-t-elle. Cet été est en fait un aperçu des étés de demain, ceux d’une France à l’horizon 2100, à +4°.”
Quel impact sur la qualité de l’air alors ? Plusieurs facteurs s’opposent quant à leur tendance et disent la complexité du sujet. “Depuis 25 ans, globalement la qualité de l’air s’améliore. Les courbes de dioxyde d’azote, de dioxyde de soufre diminuent, note Virginie Schwartz. En revanche, ce n’est pas le cas pour l’ozone qui reste stable, avec des pics qui correspondent aux années de canicule”. Aussi, le facteurs des particules et particules fines s'ajoute pendant ces pics d’ozone, on doit notamment leur présence aux sables du Sahara, mais aussi et surtout aux incendies, particulièrement dévastateurs cet été. “100 000 hectares brûlés. Et 74 jours consécutifs, entre le 8 juin et le 24 août, pendant lesquels on avait au moins un département à risque élevé d’incendie”, note Virginie Schwartz.
67% des Français ont ressenti les effets de la canicules sur leur santé
Ces phénomènes ont-ils un impact sur notre santé ? C’est en tout cas ce que semblent penser les individus. D’après une enquête Odoxa menée pour les assurances Generali, 67% des Français disent avoir ressenti les effets de la pollution de l’air sur leur santé cet été. 34% déclarent ressentir ces effets régulièrement. Parmi ces derniers, on trouve notamment des irritations ORL, de la toux, des maux de tête, de la fatigue ou encore des troubles du sommeil.
Pour cause, les méfaits des facteurs environnementaux pèsent sur notre santé de multiples manières. Pierre Souvet, cardiologue et président de l’association Santé Environnement France (ASEF) l’explique ainsi : “l’ozone frappe directement les voies respiratoires, tandis que les particules fines et la chaleur menacent le système cardiovasculaire. Les pollens y ajoutent une charge allergique. Ces expositions se cumulent et démultiplient les risques.”
Le cœur en première ligne face à la pollution
Le cardiologue alerte : “on pense que les décès liés aux facteurs environnementaux sont majoritairement dus à des maladies pulmonaires. C’est faux. 80% font suite à des maladies du cœur. Les pathologies respiratoires arrivent en deuxième position, ensuite ce sont les cancers”.
Loin d’être le seul à tirer la sonnette d’alarme, Pierre Souvet se tient aux côtés des grandes sociétés de cardiologues du monde qui commencent à considérer les facteurs environnementaux comme des menaces, qui “contribuent fortement aux maladies cardiovasculaires”. “Sur 20 millions de décès cardiovasculaires dans le monde, entre 9 et 12,6 millions sont liés aux facteurs de stress environnementaux”, argue le Dr Souvet avant de relayer ce chiffre choc : “la pollution tue plus que le tabagisme actif et passif”.
Parmi les facteurs environnementaux, celui de la pollution de l’air précisément est susceptible d’entraîner différentes maladies, causées notamment par les particules fines ou ultrafines. Sur le plan cardiovasculaire, Pierre Souvet leur attribue des arythmies, des cardiopathies ischémiques, des AVC, mais aussi des insuffisances voire des arrêts cardiaques. Sur les autres organes du corps, les particules fines peuvent être responsables de cas de diabète, d’asthme, de différents types de cancers, de fibroses pulmonaires, entre autres. Elles impactent aussi notre cerveau et nos fonctions cognitives, des liens entre les particules fines et la maladie d’Alzheimer ayant par exemple déjà été établis.
Comment agir ?
Alors, comment débloquer la situation et répondre aux problèmes que pose la qualité de l’air ? À l’échelle individuelle, “il ne faut pas faire son jogging au-dessus de l’autoroute. Et plus largement, mieux vaut éviter de se promener près des voies de circulation”, lance comme une évidence Pierre Souvet.
Mais la situation doit aussi être traitée à l’échelle collective. À Londres, entre 2018 et 2023, une étude du European Journal of Public Health a mesuré l’impact des zones à très faibles émissions sur les capacités pulmonaires des enfants. Au début de l’étude, les enfants de Londres avaient des fonctions pulmonaires significativement inférieures à celles de leurs camarades de la ville de Luton. À l’issue de l’expérimentation dans cette zone à très faibles émissions, l’étude marque dans sa conclusion que “la capacité pulmonaire des enfants londoniens, initialement plus petite, a rattrapé celle des enfants de Luton après quatre ans”. “Comme quoi, réduire la pollution, ça marche !”, s’exclame Pierre Souvet.
Plus largement, les quatre plus grandes organisations de cardiologie au monde – l’American College of Cardiology (ACC), la Société Européenne de Cardiologie (ESC), l’American Heart Association (AHA) et la Fédération Mondiale de Cardiologie (WHF) – ont publié en janvier 2026 un appel mondial à l’action pour protéger la santé cardiovasculaire. Six grands axes prioritaires sont évoqués. Parmi ces derniers, entre autres, la création d’un plaidoyer mondial et une harmonisation des politiques, l’investissement dans la recherche, l’éducation et la sensibilisation accrue des professionnels de la santé et du public, etc. “Il n’y a aucun sens à traiter l’environnement et la santé de manière séparée”, conclut Pierre Souvet sur le site de l’ASEF.