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La sexualité en 9 lettres : X comme X…

Cette semaine, le X de SEXUALITE est évidemment consacré au porno. Le X a explosé depuis l'avènement des plates-formes comme YouPorn. Pourquoi tant d'attrait pour le porno ? A-t-il un bénéfice dans le couple ? Quelles sont les dérives aujourd'hui ?

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La sexualité en 9 lettres : X comme X…
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Le porno, sulfureux support d'excitation

Avec 45 millions de streaming par jour, le X bat tous les records de fréquentation… Il joue sur les fantasmes en les poussant à leur extrême et son objectif est très simple, faire monter rapidement l'excitation, le plus souvent seul en se masturbant ou en couple. Dans de nombreuses vidéos, les corps sont parfaits, les phallus impressionnants et les seins conquérants. Les plans sont explicites, les étreintes interminables et jouissives ; les hommes sont infatigables et les femmes jouissent très rapidement, plusieurs fois, et uniquement en étant pénétrées par un étalon. Des caricatures stéréotypées, souvent dénoncées par les détracteurs du X, mais qui fonctionnent chez la plupart des amateurs pour élever à la vitesse grand V leur excitation. Et contrairement aux idées reçues, le porno répond à tous les goûts ; ainsi certain(e)s proposent-ils une pornographie différente, plus éthique mais pas moins excitante, en déconstruisant les stéréotypes, en variant les pratiques et en proposant des scénarios plus originaux (voir paragraphe 2).

Avec ces images éloignées de la réalité sexuelle, exutoires de fantasmes parfois inavouables, la pornographie embrase le désir de jouir vite et l'envie d'aller au bout du plaisir. Elle offre à ceux qui l'apprécient un support d'excitation vers des orgasmes explosifs.

D'ailleurs, les Français y sont plutôt réceptifs d'après les chiffres d'un sondage IFOP, réalisé en 2012 sur le thème Les Français, les femmes et le X. Neuf sondés sur dix avaient déjà vu un film X, soit un extrait (38%) soit dans son intégralité ou presque (53%). Les hommes en étaient plus friands que les femmes (99% contre 81%). Si la majorité la regardait de façon occasionnelle, à raison de sept sondés sur dix, un cinquième était des consommateurs réguliers.

Mais qui sont les amateurs de X ? Le sondage révèle certains facteurs influençant la consommation : plus les sondés avaient de partenaires sexuels, plus ils en regardaient. Les homo et bisexuels étaient un peu plus nombreux à consommer. Parmi les consommateurs réguliers, les moins de 25 ans en regardaient le plus. Ce qui est vraisemblablement en lien avec l'explosion du X gratuit sur Internet. D'autres facteurs diminuaient la consommation : le fait d'être une femme, d'être un(e) catholique pratiquant(e) ou encore célibataire.

Parmi les consommateurs de X, près des trois quarts avaient regardé un film seul et les chiffres varient suivant le sexe : une femme sur deux pour un peu plus de neuf hommes sur dix. 57% l'avaient vu en couple au moins une fois.

Le X, les femmes et le couple

Longtemps, les films pornographiques n'ont mis en image que des fantasmes d'hommes, pour exciter les hommes. De nombreuses femmes y étaient peu sensibles et dénonçaient une mise en scène sexiste et répétitive. Toutefois, le porno séduit de plus en plus de femmes à en croire Grégory Dorcel, directeur général de la société Dorcel, société de production de X. "La consommation a subi un pic chez les femmes depuis une dizaine d'années. Aujourd'hui 24% des femmes en France consomment seules du porno, qui a une vocation masturbatoire comme chez les hommes, détaille-t-il. Nous avons analysé ce qu'elles aimaient consommer : elles ne veulent pas des films à l'eau-de-rose mais elles veulent voir des choses hors normes qui ne sont pas celles qu'elles font à la maison. Mais elles rejettent la violence gratuite et les pratiques dégradantes ou humiliantes ; elles aiment aussi voir la montée du désir et de l'orgasme".

Les conseils d'Ovidie pour choisir son film

Certaines recommandations sont judicieuces pour regarder un bon film X, respectueux des actrices. "Il faut payer, explique d'emblée la réalisatrice. Il n'existe pas de porno éthique qui soit gratuit, cela n'existe pas". La vente aux spectateurs est en effet la seule et unique source de revenus des actrices... "Il ne faut pas hésiter à être curieux et à se forger une culture pornographique, reprend-elle. Il y a des choses assez créatives dans ce domaine, des courts-métrages". Le X est comme le cinéma classique, c'est en voyant des films que l'on affine ses goûts. Et pour les trouver, on peut commencer en tapant dans Google le nom de quelques réalisatrices, comme celles citées dans cet article. "Il y a une variété suffisante pour que chacun y trouve son compte", conclut Ovidie.

Le sondage de l'IFOP révélait que huit femmes sur dix avaient déjà vu tout ou partie d'un film X. Près d'une femme sur cinq en consommait de façon régulière ou de temps en temps (contre 63% des hommes). Point intéressant, celles qui regardaient ces films avec leur partenaire avaient une vie sexuelle plus riche que la moyenne, avec plus de douze rapports sexuels par mois – la fréquence moyenne des rapports sexuels est de huit par mois.

D'après ce sondage, les femmes appréciaient particulièrement un scénario de qualité, le réalisme des scènes, la beauté et l'aspect naturel des acteurs. En revanche, elles déploraient des fantasmes trop masculins (pour 71% des sondées), des pratiques éloignées de la réalité (79%) et elles souhaiteraient voir évoluer ce genre cinématographique.

Le porno féministe

C'est justement ce que proposent les réalisatrices de porno dit féministe. Un genre qui a vu le jour dans les années 80, avec Candida Royalle ou Annie Sprinkle pour ne citer qu'elles. Au début des années 2000, une deuxième vague a vu émerger des réalisatrices très attentives à l'image et au montage, à l'instar d'Erika Lust et d'Ovidie. Cette dernière a réalisé récemment le passionnant documentaire Pornocratie, les nouvelles multinationales du sexe. Selon elle, entre 25 et 30% des spectateurs sont des femmes. Si elle s'accorde avec Grégory Dorcel pour dire que le sexe du réalisateur importe peu, le type de X a une grande influence : "Si c'est juste une femme qui réalise, cela ne change pas grand-chose mais si elle fait un porno féministe, cela change ! s'exclame-t-elle. Mes spectatrices sont beaucoup plus nombreuses que dans le reste du porno dit "mainstream", idem pour Erika Lust." La première revendication de ces réalisatrices est de casser les stéréotypes retrouvés dans le porno, avec un enchaînement toujours similaire de pratiques.

"Nous ne condamnons pas les pratiques mais leur répétition et la création d'une nouvelle norme", détaille Ovidie. L'homme est représenté comme dominant, c'est lui qui contrôle et il est initiateur. Or, plus on montre ça, plus on participe à la mise en place de normes. Nous essayons de représenter d'autres choses, d'autres pratiques, d'autres façons d'avoir du plaisir". Autre différence, et pas des moindres, les corps sont plus proches de la réalité : il y a des corps minces ou plus voluptueux, épilés ou pas. Les fantasmes traités sont aussi plus réalistes d'après la réalisatrice qui estime qu'il n'y a pas un seul porno féministe : "Nous avons toutes des films très différents. En 2010, la troisième génération de réalisatrices est arrivée et elle a mis à profit Internet pour se libérer des contraintes des distributeurs. Elles réalisent un porno plus militant, elles vont plus loin dans la déconstruction des stéréotypes, avec les moyens du bord, et elles montrent leurs films sur leur propre réseau Internet".

Si l'arrivée d'Internet a profondément modifié les conditions de travail des actrices et le contenu des films (voir paragraphe 3), il a aussi permis "le développement d'une pornographie plus éthique, dotée d'une vraie pensée et de discours construits grâce aux blogs".

Le X en couple

La pornographie reste une activité souvent associée à la masturbation mais l'idée qu'elle pimente la vie sexuelle émerge au sein du couple. En 2014, l'IFOP produisait un nouveau sondage baptisé La pornographie dans le couple, la fin d'un tabou ? Il révélait que le X au sein du couple était de moins en moins tabou.

Près de deux sondés sur cinq confiaient surfer sur un site X au moins une fois par mois, dont 10% au moins une fois par semaine. 55% de ceux qui avaient déjà vu un film X l'avaient regardé au moins une fois avec leur partenaire. Le porno était une source d'inspiration : plus d'un homme sur deux hommes et un peu plus d'une femme sur trois avait reproduit au moins une fois une des positions ou des scènes vues. Bonne nouvelle, peu avaient préféré regarder du X plutôt que de faire l'amour (un homme sur cinq et une femme sur six).

L'IFOP concluait que le visionnage était plus libre et provoquait moins de tensions au sein du couple. 58% des femmes dont l'homme regardait du X estimaient que ce n'était pas un problème, ou pas au point de leur demander d'arrêter (du côté des hommes, ils sont 67% dans le même cas). Mais les femmes avaient souvent tendance à sous-estimer la consommation de leur partenaire ; rappelons que la découverte d'une consommation cachée est parfois très mal vécue par une femme, qui le prend comme une trahison.

Quand le X dérape

"Il y a depuis sept ans un changement : les "tubes" (ou plates-formes) tels que YouPorn, PornHub, Xhamster,… donnent librement accès à n'importe qui, à des milliers de contenus de porno, explique Grégory Dorcel, directeur général de Marc Dorcel, société de production de films pornographiques. La nouveauté c'est que c'est gratuit et ce contenu sort du cahier des charges et des lignes éditoriales que l'on a l'habitude de pratiquer dans l'univers du X". Résultat, le contenu porno est accessible à tous et il est beaucoup plus déviant qu'avant. Selon Grégory Dorcel, les producteurs "classiques" produisent un contenu qui correspond à la société en termes de goût et d'acceptation (tout simplement pour en faire commerce et gagner de l'argent). "Les consommateurs (NDLR : de ce type de X) regardent des choses tout à fait acceptables ! s'exclame-t-il. Il y a peu d'attrait pour les choses déviantes, voire illégales !"

Certaines actrices, comme Anna Polina, actrice et réalisatrice, apprécient leur métier :  "C'est un métier particulier, il faut accepter certaines pratiques mais moi je me suis bien amusée et j'ai correctement gagné ma vie".

Des dérives effrayantes

D'autres dénoncent une modification très alarmante du contenu des films, avec l'avènement des plateformes, à l'instar d'Ovidie, dans l'édifiant et glaçant Pornocratie. Elle y montre une escalade de pratiques de plus en plus extrêmes, comme la triple pénétration anale, des gifles ou des coups. Selon elle, le porno est le reflet exacerbé du sexisme et de la violence dans le société.

"Les possesseurs des plates-formes peuvent se permettre tout ce qu'ils veulent en terme de prélèvement de gains, d'encadrement sanitaire, de violences au travail… s'exclame Ovidie. C'est la porte ouverte au n'importe quoi !" L'ubérisation de l'industrie porno pousse les actrices désespérées à accepter des tarifs ridicules et à falsifier, de peur de passer à côté d'un contrat, les tests obligatoires à la recherche d'infections sexuellement transmissibles. Celles qui ont grandi avec le porno acceptent des pratiques que les producteurs classiques n'auraient jamais osées proposer. "Personne n'a pitié de ces femmes et personne ne se bat pour leurs droits…", commente Ovidie, spectatrice impuissante de ces dérives.

Les enfants, victimes d'Internet

Autre conséquence alarmante, avec Internet, les mineurs ont accès facilement aux images et films pornographiques, avec un retentissement considérable : "Il est inacceptable pour nous que le X soit diffusé à des gamins ! dénonce Grégory Dorcel. La porno est de la fiction, mais en l'absence d'apprentissage ou d'enseignement, les mineurs prennent l'image pour la réalité. Il est évident qu'il est irresponsable et dangereux de laisser l'enfant se construire avec ces images".

Le producteur estime qu'il est possible de bloquer la cinquantaine de plates-formes qui représentent 99% du trafic pornographique. "Nous avons un code pénal : l'article L-227-24 punit de trois ans d'emprisonnement et de 80.000 euros d'amende en cas de diffusion d'un contenu X aux mineurs, reprend-il mais ce n'est applicable qu'aux sociétés établies en France et les deux principales sont hébergées dans les paradis fiscaux. Le dispositif pénal n'est donc pas applicable. Le seul moyen est de bloquer la diffusion en France". Et pourtant, personne ne bouge, de façon incompréhensible et dramatique…

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