Bisexualité : l'attirance envers les deux sexes

Bisexualité : l'attirance envers les deux sexes

Pour certains, la bisexualité se réduit encore à une tendance, une zone floue entre homo et hétérosexualité. Pour d'autres, c'est une réalité, que nous portons tous en nous de façon plus ou moins prononcée. Décryptage.

Dr Charlotte Tourmente
Rédigé le , mis à jour le

Des échelles pour évaluer l'attirance sexuelle

 La bisexualité est loin d'être nouvelle, même si son côté "tendance" dans les médias est indéniable depuis quelques années. Déjà dans les années 40, le scientifique Kinsey[1] déduisait de son étude sur les comportements sexuels qu'elle en était une simple variante. 

Il mit au point une échelle évaluant l'attirance sexuelle. De 0 (exclusivement hétérosexuel) à 6 (exclusivement homosexuel), s'étendait une palette où l'attirance évoluait librement d'un sexe à l'autre.      

Plusieurs décennies plus tard, Klein offre une évaluation[2] plus complète en prenant en compte le comportement sexuel, les fantasmes, les préférences émotionnelles et sociales, le mode de vie et l'identification personnelle. 

Baptisée Klein Sexual Orientation Grid, cette échelle peut aider les personnes en recherche de leur orientation sexuelle. En cas de questionnement ou de difficultés d'acceptation, l'aide d'un professionnel connaissant bien la problématique de la bisexualité se révèle parfois indispensable.      

Tous bisexuels ?

De là à penser que nous sommes tous des bisexuels en puissance, il n'y a qu'un pas. Or, la construction de l'identité et de l'orientation sexuelles se met en place et évolue tout au long de la vie. La sexualité se modèle en fonction de la famille et des liens sociaux, des apprentissages sensuels et émotionnels, des expériences sexuelles.         

Comme le disait Kinsey, certains seront exclusivement hétérosexuels, d'autres exclusivement homosexuels ; le reste compose avec une attirance majoritaire pour un sexe et une autre minoritaire pour l'autre sexe. Suivant les rencontres et les circonstances, l'orientation sexuelle se dessine et les préférences sexuelles s'imposent.      

Même si le désir majoritairement hétérosexuel reste le plus fréquent, il n'empêche pas les fantasmes et parfois les rapprochements avec une personne de même genre. C'est notamment le cas à l'adolescence, où ils sont plus souvent constatés sans pour autant impliquer une homosexualité ou une bisexualité. 

A l'âge adulte, le fait d'avoir des fantasmes homosexuels sans passer à l'acte ne signifie pas pour autant un refoulement de l'homo ou de la bisexualité. Tout simplement parce que l'orientation sexuelle est d'une complexité incroyable, l'imaginaire érotique également… C'est ce qui fait leur richesse !      

La bisexualité en hausse chez les femmes

 En 2017, l'enquête Ifop/référence sexe, a sondé en ligne un échantillon représentatif de 20.003 Français, dont 1.055 femmes de plus de 18 ans. La "tendance bi" prend de l'ampleur puisque 18% des femmes sondées ont été attirées sexuellement par une autre femme, contre 6% en 2006. 

Un phénomène qui est majoré chez les moins de 25 ans, puisqu'une sur quatre a déjà éprouvé du désir pour une autre femme (en 2006, elles n'étaient que 7%). Pour comparaison, 1 homme de moins de 25 ans sur 10 reconnaît avoir été attiré par un autre homme. Le désir et même le passage à l'acte n'impliquent pas pour autant l'étiquette "homo" ou "bi". Seules 2,9% des femmes estiment être bisexuelles et 1,5% lesbiennes.