Première mondiale : une greffe de visage réalisée à partir d'une donneuse euthanasiée
Cette greffe, réalisée à Barcelone, a nécessité la participation d'une centaine de professionnels de santé. La donneuse avait exprimé le souhait de donner son visage, ses organes et ses tissus après son euthanasie.
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Allodocteurs.fr - Studio TF1
Avez-vous déjà imaginé perdre progressivement l'usage de votre visage ? C'est le calvaire subi par Carme (qui n'a pas souhaité communiquer son nom), avant de recevoir une greffe de visage issu d'une donneuse euthanasiée, à l'hôpital Vall d’Hebron de Barcelone. Une prouesse médicale et une première mondiale.
Dans un article publié le 2 février dans le quotidien espagnol El Pais, elle revient sur la nécrose faciale causée par une infection, qui lui a fait perdre les capacités motrices de son visage. "Je ne pouvais pas manger car ma bouche ne s'ouvrait pas, il me manquait la moitié du nez et je ne pouvais pas respirer correctement ; physiquement, c'était très pénible et je ne pouvais plus mener une vie normale", confie-t-elle.
Qu'est-ce que la nécrose ?
La nécrose est un phénomène médical complexe. En règle générale, les cellules de notre corps meurent de leur belle mort, de façon naturelle : il s'agit du phénomène d'apoptose. Les cellules sont alors absorbées et éliminées par les globules blancs. Mais la mort de ces cellules peut également se produire de manière accidentelle. On parle alors de nécrose. Cela peut par exemple survenir après une infection bactérienne (nécrose infectieuse) ou suite à l'interruption ou la réduction importante de l'apport sanguin (nécrose ischémique).
La destruction des cellules se propage ensuite aux cellules voisines encore saines. La nécrose peut alors s'étendre rapidement et entraîner de graves complications, telles qu'une sépticémie, ou, dans certains cas, une amputation du membre ou de la zone corporelle concernée. Les traitements et les interventions chirurgicales deviennent alors plus complexes si la nécrose est déjà étendue.
Vingt ans après la première greffe de visage qui avait eu lieu au CHU d'Amiens en 2005 au profit d'Isabelle Dinoire, c'est un nouvel exploit qui a donc été réalisé en Catalogne : celui d'une greffe faite à partir d'une donneuse euthanasiée. Cette dernière n'a d'ailleurs pas seulement fait don de son visage, mais aussi de ses organes et de ses tissus.
Greffe du visage : une opération complexe...
La greffe du visage est une opération peu fréquente : à peine une cinquantaine de cas dans le monde. Cette rareté s'explique par la complexité de l'opération. Dans l'hôpital catalan, elle a mobilisé la participation de nombreux professionnels de santé issus de disciplines variées, allant de la chirurgie plastique à l'immunologie en passant par la psychiatrie.
Et pour cause, elle demande un travail particulièrement minutieux : il faut transplanter les os du visage, la peau, les muscles, le tissu adipeux, mais aussi reconnecter les nerfs et les vaisseaux sanguins avec une grande précision. Il ne s'agit pas seulement de greffer un visage à la place d'un autre, mais de garantir les fonctionnalités du visage et restaurer l'expressivité de celui-ci.
La préparation de l'opération est tout aussi cruciale. Elle porte notamment sur la gestion des attentes du patient, qui doit être préparé à une telle intervention. Changer de visage n'est pas chose commune, et pour cette raison, le profil du patient doit être étudié de près : il doit remplir des critères médicaux stricts, avoir une bonne capacité d'adaptation et son adhésion au traitement doit aussi être évaluée. Ce travail préparatoire prend aussi en compte ses antécédents psychiatriques, son soutien socio-familial et sa cognition. Une procédure de longue haleine, mais qui porte ses fruits : Carme reprend aujourd'hui petit à petit une vie normale.
...aux résultats peu concluants sur le long terme
Si la réussite de cette opération est une excellente nouvelle pour la patiente et pour la médecine de manière plus générale, elle n'est pas sans risque sur le long terme. En effet, les globules blancs du patient s'attaquent aux tissus greffés, considérés comme étrangers. Lorsqu'ils ne sont plus contrôlables par les traitements, les phénomènes de rejet chronique peuvent entraîner la destruction de l'organe greffé. De plus, même lorsque les traitements anti-rejet fonctionnent, ils peuvent provoquer des effets secondaires tels que le diabète, l'insuffisance rénale, l'hypertension artérielle ou encore l'ostéoporose.