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Staphylocoque doré : une bactérie sous surveillance

Il fait régulièrement parler de lui, il sévit dans les services hospitaliers, provoque des infections nosocomiales et résiste parfois aux antibiotiques… Cet ennemi coriace, c'est le staphylococcus aureus ou staphylocoque doré.

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Staphylocoque doré : une bactérie sous surveillance
Staphylocoque doré : une bactérie sous surveillance
Sommaire

Qu'est-ce qu'un staphylocoque doré ?

Marina Carrère d'Encausse et Benoît Thevenet présentent le staphylocoque doré

Le staphylococcus aureus ou staphylocoque doré a été décrit pour la première fois par Louis Pasteur en 1880. Le staphylocoque est une bactérie en forme de coque, donc arrondie et groupée en amas. Sa couleur dorée n'a rien de poétique, elle est simplement due à la production d'un pigment jaune-orangé de la famille des caroténoïdes qu'on retrouve dans les carottes. Cela permet de le différencier d'autres types de staphylocoques non dorés comme le staphylocoque epidermidis qui, lui, est blanc. 

Comme toutes les bactéries, le staphylocoque doré est une cellule délimitée par une enveloppe. À l'intérieur, on trouve ce qu'on appelle le cytoplasme et il présente un seul chromosome. Ce chromosome contient l'ADN, donc les gènes de la cellule.

Il existe de nombreuses formes de staphylocoques dorés, on parle de souches. Il s'agit de variations minimes qui se situent au niveau de l'enveloppe et qui entraînent une virulence plus ou moins forte de la bactérie. Cette virulence peut provoquer des infections, on en entend souvent parler avec la survenue de maladies nosocomiales à l'hôpital.

Le staphylocoque doré se retrouve à l'hôpital parce que des patients l'amènent avec eux, et bien souvent sans le savoir. Le staphylocoque est en effet présent un peu partout dans l'environnement, l'air, l'eau mais aussi sur notre peau et sur nos muqueuses. Il aime particulièrement les cavités du nez, de la gorge, du pharynx… et les zones humides comme les aisselles et même le périnée.

On estime que trois personnes sur dix portent ainsi cette bactérie en permanence, sans pour autant développer des maladies. On les appelle des "porteurs sains".

Staphylocoque doré : la recherche avance

À l'Institut Pasteur, une équipe de chercheurs tente d'élucider les mécanismes du staphylocoque doré

Aujourd'hui, les chercheurs veulent savoir pourquoi et comment le staphylocoque doré se retourne parfois contre son hôte. À l'Institut Pasteur, une équipe de chercheurs tente d'élucider ses mécanismes. 

"Dans la population, environ une personne sur trois porte du staphylocoque de façon saine. Il devient dangereux et pathogène lorsqu'il se trouve à un endroit où il ne devrait pas être. Il va alors causer toute une panoplie de maladies différentes qui vont du syndrome de choc toxique à la septicémie", explique Tarek Msadek, directeur de recherche à l'Institut Pasteur.

Avec son équipe, le chercheur a découvert que le responsable de ce changement de comportement est un virus. Son action est simple mais redoutable. Le virus insère son ADN dans un chromosome de la bactérie. Ainsi, elle est comme dans un état de dormance. Le virus l'empêche d'être virulente. Mais le staphylocoque va réagir lorsque ce virus va vouloir partir. À ce moment-là, il devient pathogène.

Le Pr Tarek a reproduit ce mécanisme en déposant sur du sang animal des souches de staphylocoque doré. Le chercheur souhaite désormais comprendre comment et pourquoi le staphylocoque devient hypervirulent suite au départ du virus. Pour cela, il a recours à la biologie moléculaire. Autrement dit, il décortique l'ADN du virus qui provoque la virulence du staphylocoque doré. L'objectif ultime étant de "trouver un médicament qui arrive à bloquer le virus pour l'empêcher de partir et ainsi garder un staphylocoque non virulent".

Si cette recherche encore à l'état fondamental aboutissait, elle permettrait d'éviter des milliers de décès chaque année dus au staphylocoque doré.

Staphylocoque doré : une bactérie responsable d'infections

Michèle a contracté une infection osseuse

Même si des pistes sont ouvertes, les chercheurs n'ont pas encore trouvé le moyen d'empêcher le staphylocoque de devenir pathogène. La bactérie reste donc potentiellement très dangereuse car elle produit des toxines nocives pour plusieurs organes.

Les infections les plus fréquentes sont celles de la peau, comme les panaris ou les furoncles mais cela provoque aussi des intoxications alimentaires. Certaines infections sont parfois plus graves car elles passent dans le sang, on parle alors de septicémie. Les infections peuvent toucher les poumons, le coeur ou les os qui deviennent des cibles de choix.

Mais l'infection au staphylocoque doré reste difficile à détecter notamment chez les personnes âgées. Les spécialistes estiment qu'en moyenne, en France, le délai est de 45 jours entre le début des signes et le diagnostic. Pour déterminer quel antibiotique sera efficace contre l'infection, on réalise alors un antibiogramme. On met en contact la bactérie avec différents antibiotiques. Quand un halo apparaît, cela signifie que le traitement fonctionne. Quand il n'y a rien, cela signifie que ce n'est pas le bon antibiotique. Une fois le traitement sélectionné, il est administré lors d'une hospitalisation si le patient est affaibli.

De façon générale, les personnes immunodéprimées sont plus sensibles à ces infections. Enfin, si les Etats-Unis, l'Angleterre ou la Chine ont vu apparaître des souches de staphylocoques dorés résistantes aux antibiotiques, cela n'est pas encore le cas en France où cette classe de médicaments à la disposition des spécialistes reste efficace.