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Antibiotiques : lutter contre la résistance des bactéries

"Les antibiotiques, c'est pas automatique", faut-il le rappeler ? Pourtant la consommation d'antibiotiques, après avoir baissé de 15 % en France depuis 2002, est repartie à la hausse en 2007, avec une augmentation annuelle de 4 %. Le niveau de consommation de la France reste l'un des plus élevés d'Europe. Devenue une question de santé publique, l'utilisation des antibiotiques en France est au coeur d'un plan national d'alerte sur les antibiotiques depuis 2011, et pour une durée de 5 ans.

Rédigé le , mis à jour le

Antibiotiques : lutter contre la résistance des bactéries
Antibiotiques : lutter contre la résistance des bactéries
Sommaire

Qu'est-ce que les antibiotiques ?

Marina Carrère d'Encausse et Michel Cymes expliquent l'utilisation des antibiotiques.

"Les antibiotiques c'est pas automatique"… Et pourtant malgré ce slogan lancé par l'Assurance maladie il y a 10 ans, la consommation d'antibiotiques n'a que légèrement baissé. La France reste l'un des plus gros consommateurs en Europe. En 2012, 134 millions de boîtes d'antibiotiques ont été vendues en France. Victimes de leur succès, les antibiotiques représentent encore pour beaucoup une potion magique qui soigne tout, tout de suite... Et pourtant plus on les utilise, moins ils sont efficaces.

Les antibiotiques sont des substances chimiques produites par des micro-organismes, le plus souvent un champignon. Il existe aussi des antibiotiques de synthèse. Tous ont la même cible : les bactéries. Cet ennemi microscopique nous surpasse en nombre : 7.300 espèces différentes sont présentes dans l'air, l'eau et la terre. Il faut donc un véritable arsenal pour les contrer.

Pas moins de 10.000 molécules antibiotiques réparties en une dizaine de familles, ont vu le jour depuis la découverte de la pénicilline par Fleming en 1928. Leur mode d'action est de bloquer ou tuer les bactéries. Par exemple la pénicilline, comme tous les antibiotiques de cette famille qu'on appelle les bêtalactamines, a une action dite bactéricide. Ces antibiotiques détruisent les micro-organismes en ciblant la paroi protectrice. D'autres antibiotiques vont simplement bloquer la multiplication des bactéries. C'est le cas de la famille des macrolides (exemple : érythromycine).

Les antibiotiques peuvent avoir bien d'autres modes d'action. Et face à la grande variété des bactéries, il faut pouvoir sélectionner l'antibiotique qui sera le plus efficace. Pour faire le bon choix, il faut prendre en compte l'état de santé du patient, les éventuelles allergies, mais aussi la voie d'administration. Dans certains cas, on réalise un examen appelé antibiogramme pour déterminer la molécule la plus appropriée.

Histoire des antibiotiques

Le premier antibiotique, identifié dès la fin du XIXe siècle par Ernest Duchesne, fut la pénicilline. Ses propriétés furent redécouvertes en 1918 par Sir Alexander Fleming qui s'aperçut que certaines de ses cultures bactériennes dans des boîtes oubliées avaient été contaminées par les expériences de son voisin de paillasse étudiant un champignon : le penicillium. Mais l'importance de cette découverte, ses implications et ses utilisations médicales ne furent comprises et élaborées qu'après sa redécouverte, entre les deux grandes guerres. Les antibiotiques ont augmenté l'espérance de vie d'environ 15 ans, à ceux qui y ont accès.

Au départ, les antibiotiques sont des moyens de défense que la nature a créés pour lutter contre les bactéries. Ils n'ont donc aucun effet sur les autres germes, comme les virus, les parasites ou les champignons. Mais plus on utilise d'antibiotiques, plus les bactéries ont l'occasion de trouver un moyen de leur résister.

Pendant de nombreuses années, les progrès pharmaceutiques ont permis de contourner ces résistances, grâce à des nouvelles molécules. Mais ces dernières restent rares, la maîtrise de la résistance devient ainsi un enjeu majeur de santé publique.

Le bon usage des antibiotiques

La résistance des bactéries aux antibiotiques pousse à plus de vigilance dans l'utilisation de ces médicaments.

En médecine de ville, un pneumocoque sur deux est aujourd'hui résistant à la pénicilline, alors qu'ils y étaient largement sensibles il y a quinze ans. Il faut donc faire appel à une antibiothérapie de plus en plus lourde, notamment pour la prise en charge des infections de l'oreille moyenne chez l'enfant.

La France connaît depuis la fin des années 70, une augmentation des staphylocoques dorés résistants à la pénicilline dans les établissements de santé. Les pouvoirs publics connaissent bien sûr l'enjeu de la lutte contre les résistances. L'Institut national de veille sanitaire a d'ailleurs mis en ligne, sur son site Internet, des données actualisées sur l'état des résistances. L'intérêt est d'aider les médecins à adapter leurs prescriptions et à s'orienter vers les antibiotiques les plus efficaces.

Angine : les antibiotiques pas automatiques

En une minute, le test permet de savoir si l'angine est virale ou bactérienne.

Les signes cliniques de l'angine ne montrant aucune différence entre une origine virale ou bactérienne, les médecins ont longtemps prescrit des antibiotiques par mesure de précaution. Cette démarche a suscité deux problèmes : des dépenses de santé élevées et non justifiées, ainsi qu'une augmentation de la résistance des bactéries aux antibiotiques. L'Assurance-maladie a donc réagi en lançant la fameuse campagne "Les antibiotiques, c'est pas automatique".

Les patients ayant bien compris qu'il ne servait à rien de demander des antibiotiques, c'est désormais aux médecins de jouer le jeu.

Pour orienter leur prescription en cas d'angine, les médecins peuvent réaliser un test de diagnostic rapide de l'angine. Très rapide, ce test permet d'établir l'origine virale ou bactérienne de l'angine et donc, d'éviter les complications graves qui peuvent en résulter. Il est remboursé par la Sécurité sociale et les médecins peuvent se le procurer facilement auprès des caisses primaires d'assurance-maladie. Mais en pratique, seul un tiers des médecins généralistes l'utilisent régulièrement. Ce test, gratuit pour les médecins, coûte 0,79 euros l'unité à l'Assurance maladie.

Antibiotiques : quand les bactéries font de la résistance

Comment les bactéries résistent-elles aux antibiotiques ?

Dans leur milieu naturel, les bactéries savent faire face aux agressions.

Au fil des divisions cellulaires et des mutations (mais aussi de certains échanges avec d'autres bactéries) sont apparus différents mécanismes de défense. Certains d'entre eux les protégent contre les antibiotiques :

  1. Le mécanisme de résistance le plus efficace est la destruction, c'est-à-dire la désactivation de l'antibiotique par des enzymes produites par la bactérie.

  2. Une mutation peut également avoir modifié le profil de la cible de l'antibiotique (cible moléculaire). Le médicament ne peut plus s'y fixer, et n'est donc plus inefficace.

  3. La membrane de la bactérie peut être devenue moins perméable. L'antibiotique ne peut alors plus pénétrer dans cette bactérie.

  4. Dernière "parade" : l'efflux. Le traitement est refoulé à l'extérieur de la bactérie grâce à un système comparable à celui d'une pompe.

Grâce à ces stratégies, une bactérie peut même se défendre contre plusieurs antibiotiques. On dit alors que la bactérie est multirésistante. Un phénomène qui inquiète le corps médical, certaines maladies étant devenues difficiles à traiter. La solution pour limiter l'émergence et la dissémination de nouvelles résistances, reste de prescrire moins d'antibiotiques et de choisir les molécules les plus adaptées, car aujourd'hui la situation est alarmante. Près de 25.000 personnes décéderaient chaque année en Europe, faute d'antibiotique efficace.

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