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Infection urinaire : une maladie de femme ?

Les femmes la craignent. Et pour cause, 50% d'entre elles ont souffert d'une cystite au moins une fois dans leur vie. Les petites filles et les femmes sont en première ligne. Question d'anatomie. Mais l'homme n'est pas totalement épargné. Quels sont les facteurs de risques et les symptômes ? Comment la prévenir et la soigner ?

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Infection urinaire : une maladie de femme ?
Infection urinaire : une maladie de femme ?
Sommaire

L'infection urinaire : rappel anatomique et explications

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L'infection urinaire expliquée par Marina Carrère d'Encausse et Michel Cymes.

Urines malodorantes, envies fréquentes d'aller aux toilettes, sensation de brûlure à la miction... vous souffrez peut-être d'une infection urinaire. Particulièrement fréquentes chez les femmes, ces infections ont pour cause une prolifération anormale de germes dans le système urinaire.

L'appareil urinaire a pourtant un système de défense qui réduit les risques d'infections. Une première défense qui passe par l'urine. Elle est stérile mais aussi acide, ce qui inhibe la multiplication des bactéries. Une deuxième défense passe par l'élimination de cette urine. Elle se fait grâce à une forte pression qui rend difficile l'ascension des bactéries vers la vessie.

La paroi de la vessie contient également des cellules immunitaires ainsi que des substances antibactériennes qui augmentent cette protection. C'est ce qui explique que les infections urinaires ne soient pas fréquentes chez tout le monde. Dans certains cas, les germes parviennent à profiter des failles du système de défense. Parmi ces failles, un détail anatomique.

Chez les femmes, l'orifice anal et le méat urinaire sont assez proches. Les bactéries peuvent en profiter pour remonter les voies urinaires par simple voisinage. Les femmes ont aussi un urètre très court, d'à peine trois à quatre centimètres ce qui facilite l'ascension. Chez les hommes, c'est la prostate qui peut être à l'origine d'une infection. L'hypertrophie ou l'inflammation de cette glande peut empêcher la vessie de se vider complètement ce qui augmente le risque de cystite.

Dès qu'il y a contamination, la propagation des germes provoque une inflammation de l'urètre (urétrite) ou directement une cystite (inflammation de la vessie). Quand l'infection remonte dans les uretères et atteint les reins, on parle de néphrite. Et quand elle touche le bassinet, on parle de pyélonéphrite.

Dans plus de 80% des cas d'infection urinaire, la bactérie responsable est Escherichia Coli. On retrouve aussi des chlamydia et des gonocoques. Les signes les plus fréquents d'infections sont des douleurs ou des brûlures au moment d'uriner, une pression dans le bas-ventre, une fréquence anormalement élevée de mictions, des urines troubles qui dégagent une odeur désagréable et parfois même du sang dans les urines.

Infections urinaires : les enfants aussi

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Les infections urinaires peuvent aussi toucher les enfants, et même les bébés.

Les infections urinaires peuvent aussi toucher les enfants, et même les bébés. Une des grandes causes d'infections urinaires pour les filles en particulier, est le très mauvais état des toilettes dans les lieux publics, notamment dans les écoles.

Chez les enfants, l'infection urinaire existe et peut parfois être le signe d'une anomalie anatomique du système urinaire : le reflux vésico-urétéral.

Dans les premiers mois de vie, la pyélonéphrite est une des infections les plus fréquentes. La plupart du temps, elle touche des enfants qui n'ont aucun problème de reins. Une échographie permet au pédiatre de vérifier qu'il n'y a aucune malformation.

Une pyélonéphrite aiguë non traitée chez l'enfant peut avoir des conséquences graves comme l'explique le Dr Sylvie Nathanson, pédiatre : "Une infection peut laisser des cicatrices au niveau des reins qui pourront, si elles s'accumulent dans l'enfance, avoir des conséquences néfastes à long terme. Elles pourront entraîner des problèmes d'hypertension artérielle à l'âge adulte, ou des problèmes d'insuffisance rénale chez des enfants qui ont des reins détériorés". Une fièvre élevée mais aussi des frissons et un changement de coloration de la peau peuvent être les signes d'une pyélonéphrite aiguë chez l'enfant.

Consulter pour soulager les cystites

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En cas de cystite et en particulier si elle récidive, il est nécessaire de consulter un urologue.

Une femme sur dix est atteinte chaque année par des problèmes de cystite selon l'Assurance-maladie. Ces infections urinaires ne révélant après examen aucune cause organique, sont souvent dues à de mauvaises habitudes.

Par souci d'hygiène, de nombreuses femmes se retiennent d'aller uriner quand elles ne sont pas chez elles, et quand elles le font, elles évitent de s'asseoir sur la cuvette des toilettes. Elles ont donc du mal à vider leur vessie convenablement, ce qui favorise les infections. Voici quelques règles de base.

  1. Il ne faut pas se retenir jusqu'au dernier moment pour aller uriner. Pensez à toujours aller aux toilettes avant un trajet en voiture ou en transport en commun, on ne sait jamais. En cas de problème, vous ne serez pas prise de court.
     
  2. Une fois aux toilettes, il faut s'asseoir franchement sur la cuvette, les pieds bien à plat sur le sol et les genoux écartés. Une astuce pour s'installer confortablement : baissez vos vêtements, pantalon, collants et culotte jusqu'aux chevilles.
     
  3. Prenez votre temps ! Détendez-vous et videz bien votre vessie jusqu'à la dernière goutte. Il est important de ne pas laisser d'urine stagner dans la vessie car cela stimule la multiplication des bactéries responsables de l'infection. Et surtout ne poussez pas pour ne pas malmener votre sphincter, ce qui entraînerait avec le temps des problèmes de fuites.
     
  4. Pour éviter que les bactéries digestives, Escherichia coli, responsables de 90% des cystites, remontent dans l'urètre et viennent infecter la vessie, il faut aussi respecter quelques règles d'hygiène simple comme s'essuyer toujours de l'avant vers l'arrière et bien se laver les mains avant de quitter les toilettes.
     
  5. Enfin, urinez systématiquement après les rapports sexuels pour éliminer une éventuelle bactérie qui voudrait s'aventurer dans l'urètre. Et évitez les toilettes intimes à répétition, qui auront tendance à détruire votre flore naturelle. Privilégiez les sous-vêtements en coton.
     
  6. Buvez suffisamment (1,5 l d'eau par jour).

Facteurs favorisants et examen en laboratoire

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Illustration du travail en laboratoire sur l'analyse d'urine

Une constipation prolongée favorise le passage des germes dans les voies urinaires, ainsi qu'une malformation.

Du sang est parfois présent dans les urines. Une fièvre supérieure à 38°C, une douleur au niveau des reins (dans le dos, en dessous des côtes et non dans le bas du dos), ainsi que des nausées ou des vomissements traduisent une cystite compliquée, avec atteinte des reins. Cette infection appelée pyélonéphrite peut être très grave.

De plus, certains facteurs favorisent les cystites. En plus des rapports sexuels, l'utilisation de spermicides et notamment de diaphragme avec spermicide, font partie des facteurs de risque, comme le fait d'avoir un urètre court (de moins de 4 cm). Les modifications hormonales, durant la grossesse et la ménopause, jouent également un rôle dans l'apparition d'une cystite. Il y a aussi souvent une prédisposition familiale. Les douches vaginales peuvent aussi favoriser une infection urinaire à cause des produits qui perturbent la flore habituelle du vagin.

Face aux infections qui récidivent, l'examen des urines est décisif pour identifier les germes responsables et déterminer l'antibiotique le plus adéquat. D'autres prélèvements peuvent aussi être réalisés au laboratoire pour faire un bilan complet. Le médecin pourra également prescrire une échographie, pour écarter toute cause organique sous-jacente.

Lorsque l'urine arrive au laboratoire, les médecins biologistes doivent quantifier le nombre de globules blancs et de globules rouges contenus dans les urines. Une infection urinaire est habituellement définie par une augmentation des globules blancs et une augmentation des globules rouges. Si une présence anormale de globules blancs et de globules rouges est détectée par l'automate, l'analyse se poursuit au microscope.

Quelques heures après le prélèvement urinaire, les premiers résultats sont envoyés au médecin qui peut alors prescrire un premier traitement à sa patiente. Mais pour ajuster ce traitement, d'autres analyses sont effectuées pour identifier la bactérie responsable de l'infection. Pour cela un échantillon d'urine est mis en culture. Une fois la bactérie responsable de l'infection identifiée, les biologistes réalisent un antibiogramme pour étudier la sensibilité du germe aux antibiotiques pour définir le traitement le plus efficace pour le patient. Plusieurs antibiotiques différents sont alors déposés sur le germe pour identifier ceux capables de le détruire.

Près de 48 heures après le prélèvement urinaire, les résultats sont communiqués au médecin pour qu'il puisse éventuellement réajuster son traitement initial.

La cystite interstitielle, une maladie sous-diagnostiquée

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La cystite interstitielle est aussi appelée syndrome de la vessie douloureuse.

La cystite interstitielle, aussi connue sous le nom de syndrome de la vessie douloureuse, est une inflammation chronique de la vessie. On la confond souvent à tort avec une cystite classique d'origine bactérienne car les symptômes sont quasiment identiques.

S'il n'est pas encore possible de guérir de cette maladie aux causes inconnues, il existe toutefois des méthodes efficaces pour soulager les patients. Certains médicaments ont par exemple fait leurs preuves. Problème, il faut en changer régulièrement. "Nous sommes obligés de proposer différentes classes de traitements médicamenteux parce que parfois ils ne sont pas toujours très bien tolérés donc il y  a un certain nombre d'effets secondaires peuvent apparaître. On peut aussi avoir un phénomène d'échappement au niveau du traitement, c'est-à-dire qu'il y a eu un bénéfice et petit à petit le bénéfice s'estompe donc on essaie une autre classe thérapeutique", précise le Dr Le Breton.

La cystite interstitielle toucherait près de 200.000 personnes en France. Des chiffres qui seraient largement sous évalués car la maladie peine souvent à être diagnostiquée.

Vous pouvez retrouver plus d'informations sur le syndrome de la vessie douloureuse sur le site de l'Association française de la cystite interstitielle.

Infection urinaire : alerte sur le mésusage de la nitrofurantoïne

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La nitrofurantoïne est un antibiotique fréquemment utilisé pour traiter les infections urinaires. Problème, dans 60% des cas ce médicament est prescrit à tort.

En cas d'infection urinaire d'origine bactérienne, les médecins peuvent prescrire un antibiotique appelé nitrofurantoïne : "Cet antibiotique empêche la prolifération des bactéries au niveau de la vessie. Lorsqu'on le prend, il est sécrété au niveau de la vessie, il empêche la bactérie responsable de la cystite de proliférer. Et lorsqu'on va boire de l'eau et aller uriner, ça va l'éliminer spontanément et entraîner du coup la guérison", explique le Dr Sabrina Benbouzid,  urologue.

Mais dans 60% des cas, cet antibiotique n'aurait jamais dû être prescrit. C'est en tout cas ce que révèle une étude de l'Agence nationale du médicament : "Normalement cet antibiotique doit être prescrit lorsqu'il y a une infection urinaire, donc lorsqu'on a fait un examen des urines et parfois ce n'est pas le cas. On peut tout de même donner cet antibiotique lorsque le médecin juge une forte probabilité d'infection urinaire mais dans ce cas, il doit réaliser un examen dans les 24 heures qui suivent. L'infection doit être de toute façon confirmée", précise le Dr Caroline Semaille, directrice des médicaments anti-infectieux à l'ANSM.

Autre fait encore plus étonnant, 45% des prescriptions concernent des hommes alors que ce médicament est strictement réservé aux femmes et aux petites filles de plus de 6 ans : "La nitrofurantoïne est un médicament qui ne va pas du tout diffuser dans la prostate. Conséquence, il n'y aura pas de guérison", note le Dr Benbouzid.

Si l'ANSM s'inquiète du mésusage de ce médicament, c'est que les conséquences peuvent être graves comme le confirme le Dr Semaille : "Il peut y avoir des effets indésirables potentiellement graves, qui peuvent atteindre le foie ou le poumon. C'est la raison pour laquelle on ne réserve cet antibiotique que quand on en a absolument besoin". Selon les chiffres officiels, trois personnes seraient déjà décédées suite à une mauvaise prescription de nitrofurantoïne.

Cranberry : un fruit comme remède ?

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La Cranberry est une baie rouge qui est produite en Amérique du Nord.

La Cranberry est souvent conseillée pour prévenir et ainsi diminuer la fréquence des infections urinaires. On peut la consommer sous forme de jus et de compléments alimentaires. Comment agit la Cranberry sur les infections urinaires ? Toutes les formes de Cranberry se valent-elles ?

La Cranberry est ce que l'on appelle un fruit bon pour la santé. La Cranberry est une petite baie rouge au goût acidulé. Si vous n'en avez jamais entendu parler, c'est parce que ce fruit n'est pas produit en France. "Cette baie est produite en Amérique du Nord", explique le Pr François Haab, urologue à l'hôpital Tenon, "elle est connue depuis le XVIe siècle comme pouvant être une aide à l'amélioration des infections urinaires. Et les études scientifiques montrent que ce qui était un remède de grand-mère est une réalité. On isole petit à petit au sein de ce fruit un principe actif qui s'appelle une proanthocyanidine communément appelée PAC. Et à partir d'une certaine dose de PAC, il y a une action sur le colibacille qui génère les infections urinaires".

Des gélules en guise de compléments alimentaires, des boissons, une version fruits secs... dans les rayons des boutiques bio la cranberry se décline sous plusieurs formes. Mais ces produits sont-ils efficaces contre les infections urinaires ? Selon le Pr Haab, "il y a beaucoup de discussions à l'heure actuelle pour savoir la quantité de PAC à avoir pour que le composé soit efficace. Cela relève d'une étude un peu ancienne qui a montré cette efficacité avec 36 mg de PAC".

Beaucoup de produits affichent ces 36 mg de PAC dans leur composition. Pour autant, ces compléments ne sont pas des médicaments comme le confirme François Haab : "un complément alimentaire n'est pas un traitement au sens vrai du terme, que ce soit un traitement de l'infection voire même un moyen de prévention des infections. On peut dire que ces compléments jouent un rôle, qu'ils limitent l'adhésion des colibacilles mais on ne peut pas parler de traitement voire même de prévention en théorie puisqu'on est dans le domaine du complément alimentaire".

D'ailleurs à ce jour en France, aucune autorité sanitaire ne reconnaît à la Cranberry le statut de traitement. Les antibiotiques sont considérés comme la seule arme efficace contre les infections urinaires.

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