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Infection urinaire : une maladie de femme ?

Les femmes la craignent. Et pour cause, 50% d'entre elles ont souffert d'une cystite au moins une fois dans leur vie. Les petites filles et les femmes sont en première ligne. Question d'anatomie. Mais l'homme n'est pas totalement épargné. Quels sont les facteurs de risques et les symptômes ? Comment la prévenir et la soigner ?

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Infection urinaire : une maladie de femme ?
Infection urinaire : une maladie de femme ?
Sommaire

Rappel anatomique et explications

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L'infection urinaire expliquée par Marina Carrère d'Encausse et Benoît Thevenet.

Une envie très fréquente d'uriner, des brûlures, des urines malodorantes... Ces symptômes évoquent souvent une infection urinaire. Les infections urinaires sont provoquées par la prolifération anormale de germes dans le système urinaire.

Notre appareil urinaire est le filtre de notre corps. Il épure le sang et élimine les déchets. Les reins jouent un rôle essentiel. Les reins filtrent le sang et fabriquent l'urine. L'urine est ensuite expulsée dans des conduits de calibre irrégulier, appelés uretères, qui partent des reins et descendent jusqu'à la vessie. La vessie stocke l'urine jusqu'à son élimination.

Quand on décide d'aller aux toilettes, l'urine passe dans l'urètre, qui relie la vessie au méat urinaire, c'est-à-dire l'orifice par lequel est émise l'urine. Les voies urinaires et l'urine sont normalement stériles. Mais elles peuvent être infectées par des germes pathogènes, le plus souvent par une bactérie bien connue : Escherichia Coli.

La voie d'infection la plus fréquente est la voie ascendante, c'est-à-dire par l'urètre. Les femmes ont un urètre plus court que les hommes : cette caractéristique anatomique facilite la montée des bactéries vers la vessie et les prédispose donc aux infections. En plus, chez les femmes, l'entrée de l'urètre est plus proche de l'anus que chez les hommes : les bactéries présentes dans les selles peuvent donc atteindre plus facilement le méat urinaire.

Quand la vessie est infectée, c'est la fameuse cystite : on a alors un besoin impérieux d'aller aux toilettes, des douleurs ou des brûlures lors de la miction (la miction étant l'action d'uriner), des douleurs au niveau du pubis, et parfois du sang dans les urines. Une cystite peut guérir spontanément, mais si elle est mal soignée ou si elle passe inaperçue, l'infection peut atteindre les reins et donner ce qu'on appelle une pyélonéphrite. Aux symptômes de la cystite s'ajoutent alors une fièvre importante et des douleurs lombaires. Il s'agit d'une urgence.

Infections urinaires : les enfants aussi

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Les infections urinaires peuvent aussi toucher les enfants, et même les bébés.

Les infections urinaires peuvent aussi toucher les enfants, et même les bébés. Une des grandes causes d'infections urinaires pour les filles en particulier, est le très mauvais état des toilettes dans les lieux publics, notamment dans les écoles.

Chez les enfants, l'infection urinaire existe et peut parfois être le signe d'une anomalie anatomique du système urinaire : le reflux vésico-urétéral.

Dans les premiers mois de vie, la pyélonéphrite est une des infections les plus fréquentes. La plupart du temps, elle touche des enfants qui n'ont aucun problème de reins. Une échographie permet au pédiatre de vérifier qu'il n'y a aucune malformation.

Une pyélonéphrite aiguë non traitée chez l'enfant peut avoir des conséquences graves comme l'explique le Dr Sylvie Nathanson, pédiatre : "Une infection peut laisser des cicatrices au niveau des reins qui pourront, si elles s'accumulent dans l'enfance, avoir des conséquences néfastes à long terme. Elles pourront entraîner des problèmes d'hypertension artérielle à l'âge adulte, ou des problèmes d'insuffisance rénale chez des enfants qui ont des reins détériorés". Une fièvre élevée mais aussi des frissons et un changement de coloration de la peau peuvent être les signes d'une pyélonéphrite aiguë chez l'enfant.

Consulter pour soulager les cystites

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En cas de cystite et en particulier si elle récidive, il est nécessaire de consulter un urologue.

Une femme sur dix est atteinte chaque année par des problèmes de cystite selon l'Assurance-maladie. Ces infections urinaires ne révélant après examen aucune cause organique, sont souvent dues à de mauvaises habitudes. 

Par souci d'hygiène, de nombreuses femmes se retiennent d'aller uriner quand elles ne sont pas chez elles, et quand elles le font, elles évitent de s'asseoir sur la cuvette des toilettes. Elles ont donc du mal à vider leur vessie convenablement, ce qui favorise les infections. Voici quelques règles de base.

  1. Il ne faut pas se retenir jusqu'au dernier moment pour aller uriner. Pensez à toujours aller aux toilettes avant un trajet en voiture ou en transport en commun, on ne sait jamais. En cas de problème, vous ne serez pas prise de court.
     
  2. Une fois aux toilettes, il faut s'asseoir franchement sur la cuvette, les pieds bien à plat sur le sol et les genoux écartés. Une astuce pour s'installer confortablement : baissez vos vêtements, pantalon, collants et culotte jusqu'aux chevilles.
     
  3. Prenez votre temps ! Détendez-vous et videz bien votre vessie jusqu'à la dernière goutte. Il est important de ne pas laisser d'urine stagner dans la vessie car cela stimule la multiplication des bactéries responsables de l'infection. Et surtout ne poussez pas pour ne pas malmener votre sphincter, ce qui entraînerait avec le temps des problèmes de fuites.
     
  4. Pour éviter que les bactéries digestives, Escherichia coli, responsables de 90 % des cystites, remontent dans l'urètre et viennent infecter la vessie, il faut aussi respecter quelques règles d'hygiène simple comme s'essuyer toujours de l'avant vers l'arrière et bien se laver les mains avant de quitter les toilettes.
     
  5. Enfin, urinez systématiquement après les rapports sexuels pour éliminer une éventuelle bactérie qui voudrait s'aventurer dans l'urètre. Et évitez les toilettes intimes à répétition, qui auront tendance à détruire votre flore naturelle. Privilégiez les sous-vêtements en coton.
     
  6. Buvez suffisamment (1,5 l d'eau par jour).

Facteurs favorisants et examen en laboratoire

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Illustration du travail en laboratoire sur l'analyse d'urine

Une constipation prolongée favorise le passage des germes dans les voies urinaires, ainsi qu'une malformation.

Du sang est parfois présent dans les urines. Une fièvre supérieure à 38°C, une douleur au niveau des reins (dans le dos, en dessous des côtes et non dans le bas du dos), ainsi que des nausées ou des vomissements traduisent une cystite compliquée, avec atteinte des reins. Cette infection appelée pyélonéphrite peut être très grave.

De plus, certains facteurs favorisent les cystites. En plus des rapports sexuels, l'utilisation de spermicides et notamment de diaphragme avec spermicide, font partie des facteurs de risque, comme le fait d'avoir un urètre court (de moins de 4 cm). Les modifications hormonales, durant la grossesse et la ménopause, jouent également un rôle dans l'apparition d'une cystite. Il y a aussi souvent une prédisposition familiale. Les douches vaginales peuvent aussi favoriser une infection urinaire à cause des produits qui perturbent la flore habituelle du vagin.

Face aux infections qui récidivent, l'examen des urines est décisif pour identifier les germes responsables et déterminer l'antibiotique le plus adéquat. D'autres prélèvements peuvent aussi être réalisés au laboratoire pour faire un bilan complet. Le médecin pourra également prescrire une échographie, pour écarter toute cause organique sous-jacente.

Lorsque l'urine arrive au laboratoire, les médecins biologistes doivent quantifier le nombre de globules blancs et de globules rouges contenus dans les urines. Une infection urinaire est habituellement définie par une augmentation des globules blancs et une augmentation des globules rouges. Si une présence anormale de globules blancs et de globules rouges est détectée par l'automate, l'analyse se poursuit au microscope.

Quelques heures après le prélèvement urinaire, les premiers résultats sont envoyés au médecin qui peut alors prescrire un premier traitement à sa patiente. Mais pour ajuster ce traitement, d'autres analyses sont effectuées pour identifier la bactérie responsable de l'infection. Pour cela un échantillon d'urine est mis en culture. Une fois la bactérie responsable de l'infection identifiée, les biologistes réalisent un antibiogramme pour étudier la sensibilité du germe aux antibiotiques pour définir le traitement le plus efficace pour le patient. Plusieurs antibiotiques différents sont alors déposés sur le germe pour identifier ceux capables de le détruire.

Près de 48 heures après le prélèvement urinaire, les résultats sont communiqués au médecin pour qu'il puisse éventuellement réajuster son traitement initial.

Cranberry : un fruit comme remède ?

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La Cranberry est une baie rouge qui est produite en Amérique du Nord.

La Cranberry est souvent conseillée pour prévenir et ainsi diminuer la fréquence des infections urinaires. On peut la consommer sous forme de jus et de compléments alimentaires. Comment agit la Cranberry sur les infections urinaires ? Toutes les formes de Cranberry se valent-elles ?

La Cranberry est ce que l'on appelle un fruit bon pour la santé. La Cranberry est une petite baie rouge au goût acidulé. Si vous n'en avez jamais entendu parler, c'est parce que ce fruit n'est pas produit en France. "Cette baie est produite en Amérique du Nord", explique le Pr François Haab, urologue à l'hôpital Tenon, "elle est connue depuis le XVIe siècle comme pouvant être une aide à l'amélioration des infections urinaires. Et les études scientifiques montrent que ce qui était un remède de grand-mère est une réalité. On isole petit à petit au sein de ce fruit un principe actif qui s'appelle une proanthocyanidine communément appelée PAC. Et à partir d'une certaine dose de PAC, il y a une action sur le colibacille qui génère les infections urinaires".

Des gélules en guise de compléments alimentaires, des boissons, une version fruits secs... dans les rayons des boutiques bio la cranberry se décline sous plusieurs formes. Mais ces produits sont-ils efficaces contre les infections urinaires ? Selon le Pr Haab, "il y a beaucoup de discussions à l'heure actuelle pour savoir la quantité de PAC à avoir pour que le composé soit efficace. Cela relève d'une étude un peu ancienne qui a montré cette efficacité avec 36 mg de PAC".

Beaucoup de produits affichent ces 36 mg de PAC dans leur composition. Pour autant, ces compléments ne sont pas des médicaments comme le confirme François Haab : "un complément alimentaire n'est pas un traitement au sens vrai du terme, que ce soit un traitement de l'infection voire même un moyen de prévention des infections. On peut dire que ces compléments jouent un rôle, qu'ils limitent l'adhésion des colibacilles mais on ne peut pas parler de traitement voire même de prévention en théorie puisqu'on est dans le domaine du complément alimentaire".

D'ailleurs à ce jour en France, aucune autorité sanitaire ne reconnaît à la Cranberry le statut de traitement. Les antibiotiques sont considérés comme la seule arme efficace contre les infections urinaires.