Vivre après un cancer : la crainte de la rechute ?

J'étais atteinte d'un cancer du pancréas, mon oncologue m'a déclarée en rémission complète. Y a-t-il différents niveaux de rémission ? Cela fait six ans que j'ai guéri d'un cancer du côlon. Cependant j'ai toujours très peur de rechuter. Comment gérer cette hantise ?

La rédaction d'AlloDocteurs
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Rédigé le , mis à jour le

Les réponses avec le Dr Claude Boiron, oncologue, et avec le Dr Jean-Christophe Mino, médecin chercheur :

"L'après-cancer est une terre inconnue mais c'est aussi quelque chose qui n'est ni noir, ni blanc mais gris. On n'est plus malade mais on n'est pas à nouveau en bonne santé. On ne devient pas comme avant. Du coup, c'est ce que dit aussi cette idée de rémission, d'être entre deux, d'être pris en suspension après le cancer. C'est une période très particulière parce qu'on peut se poser des questions. On change totalement pendant le traitement. J'ai personnellement rencontré des patientes dans le cadre d'une recherche qui avaient été traitées pour un cancer du sein, et elles me disaient que pendant le traitement, elles étaient comme sur un tapis roulant. Elles couraient, elles étaient contre la maladie, elles faisaient face et après, elles se sont retrouvées désorientées, abandonnées, en se posant plein de questions sur ce qui s'est passé, mais aussi sur ce qu'elles allaient devenir. Cette période "grise", entre deux, peut être difficile à vivre."

"Il n'y a pas différents niveaux de rémission. Le terme de rémission complète signifie qu'il n'y a plus de signes apparents de la maladie. C'est le terme que l'on utilise dans ce cas."

"Il peut être étonnant pour les patients de se retrouver sans la médecine derrière, la surveillance peut aussi les rassurer. Néanmoins, quand on a eu une maladie comme le cancer, de temps en temps, à l'occasion d'examens ou à l'occasion de certaines douleurs, on peut repenser au cancer et cela n'est pas anormal. Cela signifie quelque part que cette expérience a tellement été forte, bouleversante que l'on peut aussi y penser. C'est quelque chose qui restera. On est passé au travers, on a traversé cette épreuve mais néanmoins y repenser, parfois avoir peur que le cancer revienne, n'est pas anormal."