Médicaments sous surveillance : les réponses à vos questions

Lévothyrox®, Prevenar 13®, Champix®, Di-Antalvic®, Alli®, Ketum®... Que faire quand on a pris ou que l'on prend ces médicaments placés sous haute surveillance ? Les réponses du Pr. Patrice Queneau, membre de l'Académie de médecine et professeur émérite de thérapeutique, du Dr Alain Eddi, médecin généraliste, de Didier Houssin, directeur général de la Santé, du Pr. Jean-François Bergmann, professeur de thérapeutique et interniste hôpital Lariboisière et du Dr Jean-Luc Audhoui, pharmacien de la fédération des syndicats pharmaceutiques de France.

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Médicaments sous surveillance : les réponses à vos questions
Médicaments sous surveillance : les réponses à vos questions
Sommaire

Les réponses du Pr. Patrice Queneau, membre de l'Académie de médecine

Le cas du Ketum®
  • Est-il vrai que même si des médicaments seront retirés du marché, les génériques, eux, vont rester ?

En principe les génériques ne doivent pas rester. Par définition, il s'agit de la même molécule donc si on supprime ou si on met en surveillance particulière tel médicament, que ce soit telle spécialité, ou le générique, il faut le faire pour l'ensemble.

  • Pourquoi attendre trois semaines avant de supprimer ces médicaments ?

C'est une question que l'on s'est déjà posée il y a un an ou deux lorsque la question de la suppression a été évoquée. J'ai du mal à répondre car je pense que ce n'est pas une très bonne décision de le supprimer. Le dextropropoxyphène qui est un des composants du Di-Antalvic® avec le paracétamol, a effectivement une toxicité. La plupart des médicaments actifs ont une toxicité. Les anglais se suicident, paraît-il, beaucoup au Di-Antalvic®, ils pourraient aussi se suicider à l'insuline. C'est un antalgique qui est utile. Par exemple, pour les situations postopératoires, on hésite à utiliser la codéine qui ralentit le transit par exemple. Cette association pour une durée relativement brève, est bien prescrite. La question est : c'est le bon usage, c'est la bonne prescription, c'est la bonne indication.

  • Avant de joindre notre médecin, ne devons-vous pas plutôt consulter notre pharmacien ?

Bien évidemment on vous conseille d'aller voir d'abord votre pharmacien avant d'appeler votre médecin. Votre pharmacien est votre premier interlocuteur.

  • Doit-on se méfier de tous les médicaments du laboratoire Servier ?

Clairement, il faut se méfier de tout médicament actif. Les dossiers qui doivent conduire à l'autorisation de mise sur le marché, doivent pouvoir être conduits avec un maximum d'indépendance possible, quelle que soit la firme. Se pose aussi la question du financement parce que dans beaucoup de cas, pour ne pas dire la majorité, la question est de trouver un financement privé. Nous les experts, nous réclamons davantage de données publiques pour financer les autorités sanitaires y compris le suivi. Puisque vous parlez de se méfier, le suivi, toute cette démarche d'évaluation est excellente, elle est impérative, elle devrait d'ailleurs s'étendre à beaucoup d'autres médicaments et il faut qu'elle soit menée en toute indépendance. Il ne faut pas jeter la pierre, il faut surtout qu'il y ait les conditions de l'indépendance. Cela me paraît indispensable.
Le Mediator® est un médicament qui a été commercialisé, il y a très longtemps, à une époque où les Autorisations de Mise sur le Marché (AMM) n'obéissaient pas du tout au programme de sécurité actuel. Depuis l'heure, les réévaluations n'ont peut-être pas fonctionné considérablement. Pour moi, le laboratoire recherche des molécules. La question de l'évaluation à tous les stades et surtout les réévaluations de l'AMM n'ont peut-être pas toujours été réalisées. Je ne critique pas l'AMM, le système. Je ne sais pas où ça a coincé.
Si demain, je dois prendre un médicament qui vient de chez Servier, je le prendrai. Dans une bonne indication, sur un bon dossier évidemment.

  • Je prends un générique du Di-Antalvic®. Quels sont les risques avec ce médicament ?

Si on multiplie par trois ou quatre, la posologie maximale du paracétamol, vous êtes dans une situation hépatique gravissime et le plus souvent mortelle. Donc on parle aux doses thérapeutiques dans des indications licites généralement de courtes durées. J'ai pris l'exemple des situations postopératoires, je persiste à penser que le Di-Antalvic® n'est pas plus dangereux que le paracétamol, ou le paracétamol-codéine. Il y a un danger dans tout médicament actif. La question de l'indication, la question du maniement, la question de la durée... sont des éléments absolument essentiels.

  • Je n'ai plus de thyroïde, comment me passer de Lévothyrox®, les génériques ont-ils la même efficacité ?

C'est la même molécule. Il peut y avoir des contrefaçons. Mais un générique légal du Lévothyrox®, légalement autorisé dans notre pays, est un produit qui contient la même quantité de Lévothyrox®, qui par ailleurs est un produit extrêmement important qui permet de traiter les insuffisances de la glande thyroïdienne, qu'elle soit primitive ou qu'elle soit secondaire au traitement, au contraire de la maladie de Basedow, l'hyperthyroïdie. Quand on traite ces maladies, on met la thyroïde au repos et il faut quelquefois, donner quelques doses de Lévothyrox®.

  • Que peut-on prendre à la place du Ketum® ?

Beaucoup d'autres anti-inflammatoires. Le Ketum® semble présenter un risque particulier. Il y a d'autres anti-inflammatoires, tous présentent un risque, d'hémorragie notamment et quelquefois d'hémorragie très grave. Le plus dangereux est que le malade qui va être sous anticoagulants, il faut qu'il sache qu'il ne doit pas prendre d'anti-inflammatoires. Il présente plus de dangers que d'autres mais il faut surveiller.

  • Doit-on arrêter le Nexen® ? Est-il à risque ?

J'aurais tendance à dire oui. En l'occurrence, je crois que c'est un produit qui mérite probablement d'être retiré. Il existe beaucoup d'autres anti-inflammatoires. Je suis bien d'accord aussi de demander l'avis du pharmacien dans le court terme.

  • Le médicament Alli® va-t-il aussi être retiré du marché ? Quels sont ses effets indésirables ?

Concernant l'Alli®, je trouve ça surprenant. On a pris un produit qui était commercialisé, on a divisé la dose par deux et on en a fait un médicament d'automédication. Pourquoi pas ? Mais il y a aussi des inconvénients digestifs extrêmement importants. Je ne pensais pas qu'on puisse mettre l'Alli® sur le marché sans prescription médicale.

Les réponses du Dr Alain Eddi, médecin généraliste

Le cas de l'isotrétinoïne (Roaccutane®)
  • Concrètement, que faire si l'on prend un des médicaments de la liste ?

On appelle son médecin, c'est ce qu'il y a de plus logique. A priori il vous l'a prescrit, il savait ce pourquoi il vous le prescrivait et les risques de ce médicament donc le plus simple est de continuer à lui faire confiance et lui demander son avis.
Les médecins généralistes essaient toujours d'être disponibles. Evidemment si j'ai cent appels, je n'y répondrai pas. Mais on essaie toujours d'être disponible, ils arrivent toujours à nous joindre.

  • Aujourd'hui, quel sera le discours pratique des médecins généralistes ? Il ne faut pas arrêter son traitement, il faut s'inquiéter… Qu'allez-vous dire aux patients ?

Si vous avez le moindre doute, appelez-moi. On en discutera au cas par cas en fonction de l'ordonnance. Maintenant, il ne faut surtout pas paniquer.

  • Qu'entendez-vous par surveillance du Lévothyrox® ?

J'ai regardé dans la liste, on parle du Lévothyrox® par exemple. On est en plein délire. C'est un médicament irremplaçable. Je ne sais pas ce qu'ils lui ont trouvé mais c'est un exemple caricatural. Pourquoi on se lance là-dessus ? Les vaccins Gardasil® pour la prévention du cancer du col de l'utérus se trouvent sur la liste car apparemment, ils donnent des rougeurs au point d'injection ou des myalgies. Enfin, tous les vaccins peuvent entraîner des rougeurs. Le vaccin contre le pneumocoque, le Prevenar 13®, qui est un vaccin récent, c'est la même chose. On pourrait même poser la question : le Prevenar 13® vient de sortir il y a 6 mois environ, s'il est dangereux ou s'il y a un problème, pourquoi l'a t-on mis sur le marché ? On ne comprend plus. C'est encore un problème de tolérance au point d'injection. Il ne faut pas avoir peur de faire une injection de Prevenar 13®. Il peut y avoir des effets indésirables. Lorsque vous vous faites vacciner, il peut y avoir une douleur au point d'injection, des douleurs…

  • Ne pensez-vous pas avoir plus de mal à convaincre vos patients à se faire vacciner en général ?

Certainement. Je pense que ça va être un problème. Déjà pour certains, les vaccinations en général font polémique. Alors maintenant ça va poser encore plus de problèmes. La pharmaco-vigilance est de tout temps, c'est-à-dire qu'un médecin lorsqu'il note un effet indésirable, le transmet. Il existe des notifications d'effets indésirables. Ce n'est pas un fait nouveau. C'est en revanche ce que font nos autorités de santé de ces données qui est important. Le Mediator® qui est l'exemple d'actualité, les données de pharmaco-vigilance existent depuis très longtemps. Mais ce sont d'autres décisions qui n'ont pas été prises.

  • On nous dit qu'on peut remplacer le Di-Antalvic® par le tramadol qui se trouve lui-aussi sur la liste. Que faire ?

C'était le problème du rapport bénéfice-risque, c'est-à-dire que l'on n'a pas de médicaments qui soient actifs sur la douleur sans avoir des effets indésirables. Ces effets indésirables selon la façon dont on prend le produit et à qui on le prescrit, ils peuvent être plus ou moins importants.

  • Mes enfants ont pris du Primalan®, sur avis pendant leur varicelle. Dois-je m'inquiéter ?

Le Primalan® avait des propriétés antiprurigineux c'est-à-dire qu'il empêchait de se gratter. C'est pour ces raisons que l'on prescrivait du Primalan®. Il n'y a pas de danger avec le Primalan®. Le risque qui a été identifié avec le Primalan® mais pas seulement, avec les médicaments de cette classe, ce sont des troubles éventuellement de conduction au niveau cardiaque. L'enfant n'en prenant plus, il n'y a plus aucun risque. Ce sont des risques sur le moment. À partir du moment où on l'arrête, c'est fini, il n'y a plus de risque.

  • Grâce au Champix®, j'ai arrêté de fumer il y a 3 ans. Avec du Topalgic®, j'ai eu des hallucinations ! Doit-il être interdit ?

Ce sont des médicaments, dont le Champix® qui agissent sur le système nerveux central. Quand vous prenez du Topalgic®, qui est un médicament contre la douleur, il y a aussi une action au niveau du système nerveux central. Vous majorez des effets secondaires.

  • Des médicaments contre l'acné sont-ils présents dans la liste ?

Oui. Le Roaccutane® est un médicament pour les acnés sévères, des formes d'acné grave, et il est irremplaçable actuellement. On peut se dire qu'après tout l'acné est une infection qui est esthétiquement gênante mais elle peut devenir grave. Le Roaccutane® est un médicament qui a des effets indésirables connus. Il est surveillé, il est très encadré dans sa prescription. Il s'agit d'une question d'autorité de santé. Si on veut le supprimer, on le supprime. Mais on va se retrouver très embêté face à des acnés graves qui nécessitent ce traitement.

  • Le médicament Alli® va-t-il aussi être retiré du marché ? Quels sont ses effets indésirables ?

C'est un médicament qu'on donne pour traiter le surpoids, qui est accusé de entrainer des effets psychiques, de dépression en particulier. Cela pose le problème de la prise en charge du surpoids et des médicaments qui ont été mis sur le marché. Quand on a accès libre aux médicaments, les mésusages sont encore plus importants du fait de doses qui peuvent être multipliées sans contrôle.

Les réponses de Didier Houssin, directeur général de la Santé

  • Vu l'amalgame qui est fait actuellement, peut-on dire qu'il ne s'agit pas de 77 médicaments à supprimer immédiatement de ces prescriptions et à éviter d'urgence ?

Non. C'est tout à fait clair. Ce n'est pas parce qu'un médicament est sous surveillance renforcée ou complémentaire qu'il y a lieu de l'éviter. Donc la notion de liste noire, de liste de médicaments à éviter est un contresens dans la lecture que l'on doit faire de cette liste. Il faut bien rappeler qu'un médicament est fait pour une personne, il est prescrit par un médecin dans une situation qui résulte d'une analyse entre les avantages et les inconvénients. Les personnes si elles ont un petit doute parce qu'elles ont vu le médicament sur cette liste, la meilleure chose à faire d'abord est de ne pas arrêter le traitement, deuxièmement de ne pas réduire la dose de moitié et troisièmement, s'ils ont un doute, d'interroger leur médecin. Comme c'est un médicament que le médecin a prescrit, il le connaît et il pourra répondre aux inquiétudes.

  • On nous balance une liste de médicaments sans nous fournir le ou les risques associés. À quoi cela sert-il sinon à faire peur ?

La diffusion d'une liste de médicaments fait partie des attentes accrues. Il est clair que l'affaire du Mediator® a montré qu'il y avait un besoin d'accentuer la transparence sur la manière dont les médicaments sont surveillés. C'est vrai que tous les médicaments sont surveillés mais certains le sont soit parce qu'ils sont nouveaux, soit parce qu'on a des interrogations sur des effets à long terme, soit parce que l'on ne sait pas comment ils vont être utilisés (est-ce que les doses vont bien être respectées ?), soit parce que ce sont des médicaments pour lesquels il y a de petits doutes car on pourrait trouver plus d'effets indésirables que l'on pensait au début… Donc c'est normal qu'il y ait un certain nombre de médicaments qui soient plus surveillés que d'autres.
Cette liste existait. Il y en avait beaucoup qui étaient déjà dans le cadre du plan de gestion de risque qui sont présents sur le site de l'Afssaps depuis plusieurs années. Là, le ministre a demandé à ce qu'il y ait une sorte de présentation rassemblée, rangée dans un ordre lisible de médicaments, qui sont il est vrai, très hétérogènes. Il s'agit d'une liste très hétérogène. Mais malgré tout c'est un effort de transparence qui d'ailleurs, ne fait qu'anticiper des choses qui sont données au niveau européen. Le problème de la transparence est qu'évidemment, cela emmène à se poser des questions. C'est sûr que si on ne sait rien, on ne se pose pas de question.

  • Que veulent dire les termes "sous surveillance" ? On ne peut pas savoir comment telle ou telle personne va réagir ?

Concernant la vaccination, il y a toujours un risque à la transparence, un risque encore plus grand à ne pas être transparent. Je me souviens qu'il y a quelques mois, dans le cadre de la pandémie grippale, on était très heureux de pouvoir dire que pour les vaccins pandémiques, il y allait avoir un plan de pharmaco-vigilance renforcé. C'est vrai que l'on a su très vite quels étaient les effets de ces vaccins et ce qu'il en était exactement. Je crois qu'il vaut mieux dire les choses telles qu'elles sont. Je ne pense pas que le fait de surveiller quelque chose soit nécessairement un élément d'inquiétude. Cela peut être un élément au contraire rassurant.

  • Le Roaccutane® incarne typiquement le cas d'un médicament compliqué car il est d'une efficacité redoutable, sa prescription doit être encadrée, dans ce cas-là, pour éviter les accidents. Le message concernant ce médicament est compliqué.

Le message est très compliqué puisque l'acné est déprimante. Je pense qu'on s'en souvient tous. Cela peut retentir en particulier chez des adolescents. À côté de ça, ce médicament est efficace. La question est celle des effets secondaires dans le domaine psychique qu'il peut avoir. Donc l'analyse est difficile : est-ce que c'est dû au médicament ou est-ce que c'est dû à l'acné ?

  • Est-ce que les médicaments génériques ont strictement les mêmes molécules, le même impact et donc le même danger potentiel ? 

Cela veut bien dire que dans cette liste, il y a des médicaments qui sont sous surveillance et dont il ne faut surtout pas arrêter la prise. L'interrogation porte sur : est-ce qu'un générique a pu à un moment donné, poser un problème par rapport au Levothyrox® ?

  • Une quarantaine de médicaments devraient être réévalués dans l'année. Est-ce que l'Afssaps a les moyens ou pas de le faire correctement ?

La réévaluation de la balance bénéfice-risque s'appuie sur des données de pharmaco-vigilance, sur ce que l'on sait de l'efficacité du médicament, parfois appuyés par des études. C'est un travail qui fait partie de l'agence. Ce qui est clair, c'est qu'il y a beaucoup de médicaments, il y a les dispositifs médicaux, il y a les cosmétiques, il y a les logiciels donc il est sûr que l'agence a du travail. C'est certain. Il y a par ailleurs, des contraintes de délais, il faut donc aller vite dans les analyses, il faut pouvoir rendre des résultats rapidement. Mais l'agence en a la capacité.
C'est une des leçons importantes de l'affaire du Mediator®. À la suite de ce qui s'était passé aux Etats-Unis en 2004, on est très attentif sur les nouveaux médicaments. Je dirais même de manière presque systématique. La leçon de l'affaire du Mediator® est qu'il faut aussi être très attentif à des anciens médicaments qui pour telle ou telle raison, ont pu ne pas attirer autant l'attention.
Il y a aujourd'hui 12 000 médicaments commercialisés dont 8 000 en officines et 4 000 dans les établissements. Cela veut dire effectivement que l'aspect quantitatif de cette surveillance, est un aspect très important.

  • Le gouvernement ne profite-t-il pas de l'affaire du Mediator® pour faire peur aux gens afin qu'ils consomment moins de médicaments ?

Cela serait faire preuve de machiavélisme. Sincèrement j'ai dû mal à l'imaginer tout d'abord, parce que l'on ne sait jamais comment ce genre de coup peut se terminer finalement. Sincèrement je crois que le sujet est qu'il y a effectivement une interrogation sur la sécurité du médicament. Il y a certainement des améliorations à apporter, même si aujourd'hui il y a déjà un niveau important de sécurité autour du médicament. Les mois à venir vont permettre de procéder à ces améliorations.

  • Aujourd'hui y a-t-il une colère des pharmaciens et du corps médical auprès des autorités sanitaires sur la façon dont les choses se sont déroulées notamment sur la décision d'informer en priorité les médias ?

La raison est très simple. Ces médicaments pris individuellement, les médecins qui les prescrivent, les pharmaciens qui les dispensent, ils les connaissent. Chaque médicament n'est pas un scoop pour eux. Le fait qu'ils soient sous surveillance ou pas, a peu d'influence. Tout le problème était la liste. La difficulté à laquelle on était confronté, est qu'il ne fallait pas que cette liste parte dans toutes les directions. En particulier, il était très important de l'accompagner d'un message d'explication et c'est la raison pour laquelle on a dû procéder comme ça.

  • Un patient peut-il dénoncer un médicament qu'il sait dangereux directement à l'Afssaps ?

Aujourd'hui, les signalements de pharmaco-vigilance sont sous la responsabilité des médecins, des pharmaciens, des industriels. Mais demain, ça a été commencé dans le cadre de la pandémie grippale, dans le cadre de la pharmaco-vigilance, les patients pourront télécharger un formulaire et eux-mêmes signaler. Cela fait partie des améliorations qui vont survenir.

Les réponses du Pr. Jean-François Bergmann, professeur de thérapeutique et interniste à l'hôpital Lariboisière

  • Que veulent dire les termes "sous surveillance" ? On ne peut pas savoir comment telle ou telle personne va réagir ?

Non sinon ça serait trop facile. C'est le médicament qui est sous surveillance, ce n'est pas le malade. Heureusement car on ne pourrait pas surveiller 20 ou 30 millions de français qui prennent un de ces médicaments. Donc cela veut dire que globalement, ces médicaments se doivent d'être surveillés. La plupart d'entre eux, surtout les récents, qui ont eu des autorisations européennes, sont sous surveillance européenne. Donc on continue cette surveillance. Le vaccin qui prévient le cancer du col de l'utérus est sous surveillance car il faut mieux connaître son utilisation. Mais ces médicaments que l'on dit sous surveillance, il y en a peut-être quelques uns qui in fine vont être retirés mais la plupart d'entre eux, vont rester. Surtout la plupart d'entre eux vont continuer à être conseillés en particulier les vaccins. Surtout continuez à vous faire vacciner.

  • Je prends du Stilnox® depuis huit ans, je suis inquiète car dépendante de ce médicament pour dormir. Que dois-je ? 

Le Stilnox® est l'équivalent d'une benzodiazépine. C'est un hypnotique pour dormir. Tous les hypnotiques pour dormir génèrent, surtout quand on les prend pendant huit ans, une dépendance. C'est à dire qu'au jour où on l'arrête, on dort mal. Ces malades sont incités dans leur corps à continuer à en prendre. Si on arrête le Stilnox® pour prendre un autre médicament pour dormir, il y aura un transfert de cette dépendance. Ce qu'il faut, c'est expliquer à cette patiente, comment elle peut dans des périodes où elle est en vacances, où tout va bien, à diminuer ou arrêter son Stilnox®. Mais il y a aussi dans cette liste, des médicaments qui sont bien plus toxiques, que le Stilnox®. Je pense à la Mepronizine®, au Noctran®. Les personnes qui prennent ces médicaments devraient prendre du Stilnox®.

  • Mon bébé prend de la vitamine D Uvestérol. Que faire ?

Quand ils disent ces médicaments dangereux, c'est les médicaments dangereux. Après il faut les utiliser correctement.

  • Je suis infirmière et donne du Nizoral® tous les jours à des immunodéprimés. Il faut se souvenir que certains médicaments sont indispensables.

Le Nizoral® est un antifongique. C'est un médicament contre les champignons. Mais c'est un mauvais. Dans la liste des médicaments efficaces sur les champignons, c'est sûrement le plus mauvais et c'est très facile de le remplacer par un médicament tout aussi efficace et beaucoup moins toxique. Cette infirmière peut dire au prescripteur de Nizoral® de changer.

  • Le Roaccutane® peut-il être la cause d'une dépression quelques années après plusieurs traitements ?

Quelques années après, on a aucune donnée. Il faudrait avoir un suivi des malades qui ont arrêté d'en prendre. Aujourd'hui, on ne sait pas. Conceptuellement, c'est assez difficile de penser qu'on soit déprimé en 2011 parce que l'on a pris Roaccutane® trois ans avant. C'est vraiment difficile et ça pose tout le problème de la mesure du rapport bénéfice-risque, c'est-à-dire que l'acné est guéri mais le sujet a un risque de malformation fœtale, a un risque éventuellement de dépression, encore que ce soit pas très clairement établi. Cette mesure du rapport bénéfice-risque dépend de la gravité de la maladie, c'est-à-dire que l'on est prêt à prendre un risque si la maladie est grave. On n'est pas prêt à prendre le même risque pour une maladie bénigne. Reste à savoir si l'acné est une maladie grave ou pas. Psychologiquement parfois, ça l'est. Il y a aussi un deuxième point important, et vraiment pour le problème des risques tératogènes en cas de grossesse, on a vraiment fait le maximum, à tous les niveaux : la notice, l'information aux patients, les médecins, les pharmaciens… Tout le monde a bien fait son boulot et pourtant chaque année, il y a des cas. Malgré tous les efforts de compréhension, il y aura toujours des cas incompressibles de mésusage. 

  • Est-ce que les médicaments génériques ont strictement les mêmes molécules, le même impact et donc le même danger potentiel ?

Pharmacologiquement, on redit qu'un générique et un médicament princeps ont la même efficacité pharmacologique. Après, il y a toute la façon dont le malade accepte ou n'accepte pas l'idée d'avoir un générique, puisqu'il a peur, qu'il a l'impression que ce sera moins efficace. Mais un générique de Levothyrox® et le Levothyrox® princeps aujourd'hui, en terme d'efficacité, c'est pareil. Cela dit, on peut le ressentir différemment. Mais ce sont vraiment un médicament et ses génériques qui ne seront jamais retirés du marché. On va mieux le comprendre, on va mieux l'expliquer, on va dédramatiser, on va vérifier pharmacologiquement. Mais c'est un médicament indispensable. Il ne faut surtout pas l'arrêter.

  • Une quarantaine de médicaments devraient être réévalués dans l'année. Est-ce que l'Afssaps a les moyens ou pas de le faire correctement ?

Réévaluer quarante médicaments, on sait faire, à condition qu'on ait des arguments, des billes, des informations de pharmaco-vigilance, mais cela prend du temps surtout si ce sont des effets indésirables qui arrivent tardivement. Il faut faire remonter tout ça, il faut l'analyser d'où l'absolue nécessité de hiérarchiser, c'est-à-dire que la première chose que l'on va avoir à faire, et cette liste est un premier pas vers ça, c'est hiérarchiser. D'ailleurs, c'est plus souvent des vieux médicaments, un peu oubliés, ou mal évalués au départ, qui sont mal partis qu'il faudra mettre en premier dans la liste et petit à petit, on va y arriver. Mais réévaluer quarante médicaments, c'est vraiment pas impossible à condition qu'on ait les données.

  • Mes tremblements peuvent-ils provenir du Vastarel® que je prends depuis presque dix ans ?

J'espère que tous les médecins sont sûrs qu'ils connaissent parfaitement tous les médicaments qu'ils prescrivent. Tous les médecins ne savent pas que le Vastarel® peut donner le syndrome de Parkinson. Vastarel® est le cache misère. On ne sait pas trop bien quoi donner. En France, on n'a pas le courage de dire à un malade : vous vieillissez, vous entendez moins bien, vous voyez moins bien, rentrez chez vous et faites de la gymnastique. Je crois que ce qui est indispensable pour tout le monde, les malades comme le personnel de santé, est que derrière une liste, il y ait un mode d'emploi, c'est-à-dire que l'on sait à peu près pourquoi ces médicaments sont dans la liste. Mais après il va falloir expliquer cas par cas, individuellement, ce que le médecin doit faire, ce que le pharmacien doit faire, ce que le malade doit faire, pourquoi on fait ça… Je pense que pour aller jusqu'au bout de la démarche, ce n'est pas un tableau avec 77 ou 79 lignes qu'il faudrait faire mais un petit recueil de 79 pages avec pour chaque page, une espèce de mode d'emploi qui va dédramatiser, expliquer, accompagner.
C'est difficile mais si ce soir, tout le monde arrête son Vastarel®, on ne sera pas malheureux en France.

Les réponses du Dr Jean-Luc Audhoui, pharmacien de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France

  • Je prends du Stilnox® depuis huit ans, je suis inquiète car dépendante de ce médicament pour dormir. Que dois-je ?

Oui, il est sur la liste. Ce n'est pas étonnant. C'est normal d'ailleurs qu'il soit sur la liste, parce qu'il y a des détournements de l'usage de ce produit. Ce n'est pas forcément la dangerosité du produit. Sur la liste qui est effectivement très hétérogène, vous avez des médicaments qui sont surveillés parce que c'est l'usage qui en est fait qui n'est pas bon. Là, on est sur l'usage d'un somnifère de façon abusive. Effectivement je pense qu'il faut entrer en contact avec un médecin et faire un plan de gestion d'abandon de la molécule. On a effectivement des cas de toxicomanie sur ce type de produit. Si on retirait sur le marché tous les produits qui font l'objet d'une toxicomanie quelconque, je peux dire que demain on vivrait des drames pour un certain nombre de patients qui ont besoin de médicaments qui sont utilisés dans des cas normaux. Le mésusage d'un médicament doit amener un plan de surveillance particulier dans le fonctionnement, dans les règles de prescription, dans la surveillance des établissements, dans le circuit du médicament. Mais aujourd'hui si on supprimait ces médicaments, on aurait un déficit. On peut le remplacer car il y a d'autres médicaments.

  • Mon bébé prend de la vitamine D Uvestérol. Que faire ?

C'est un problème de prise. Il y a eu un ou deux accidents qui ont été signalés à des moments de prise, c'est-à-dire sur la façon. Il y a eu des incidents parce que la goutte était mise directement dans la bouche du bébé. On a vu des capsules ne pas bien tenir. Il y a même eu un retrait de l'eau pendant une période sur ce type de produit. Je crois qu'il faut vraiment que cette liste n'ait pas d'effet pervers. C'est comme si les carrefours dangereux étaient bien signalés et je ne passe plus par là." 

  • J'ai appelé l'Afssaps pour le Lévothyrox® et la réponse est mitigée. J'ai envie d'arrêter toute médication.

Quand on regarde bien, ce n'est pas le Levothyrox® qui est en cause, mais l'éventuelle efficacité d'un générique de Lévothyrox® pendant une période qui fait l'objet d'une analyse, et qui fait l'objet d'un contrôle par les pharmaciens inspecteurs de l'Afssaps auprès des établissements, pour voir les raisons et les éléments qui pourraient le justifier. Que ce soit le générique ou le princeps, s'eût été la même chose. C'est l'inefficacité de ce médicament à un moment donné, mais ce n'est pas le traitement par la base de la lévothyroxine qui pose une difficulté. Si c'était un médicament que l'on supprimait demain pour une raison quelconque, ou si jamais un patient arrêtait, il verrait tout de suite les effets néfastes du traitement. Cela ne serait pas très bon.

  • Aujourd'hui y a-t-il une colère des pharmaciens et du corps médical auprès des autorités sanitaires sur la façon dont les choses se sont déroulées notamment sur la décision d'informer en priorité les médias ?

C'est toujours désagréable d'avoir l'information après. On aime bien l'avoir avant parce que le patient arrive et vous pose un certain nombre de questions qu'il a vu éventuellement dans la presse, de façon plus ou moins tronquée ou exacte d'ailleurs. C'est vrai que c'est un peu agaçant. Hier, il y avait quand même une phase de débordement y compris sur le site de l'Afssaps. De façon générale, je peux vous rassurer, on est bien informé. Il y a des outils techniques qui marchent très bien. La lettre que l'on reçoit en mail de l'Afssaps, les outils qu'on a même chez nous, sont tels que l'on a aujourd'hui sur nos écrans des informations qui arrivent et que l'on ne peut pas cacher. On est obligé de les valider, de les lire. Il y a vraiment des outils qui permettent de bien fonctionner. Hier, on était dans une crise médiatique plus que dans une crise de santé.

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