L'Anses confirme les risques de cancer liés au bitume

Le bitume pourrait-il s'ajouter à la longue liste des produits cancérogènes ? Selon un avis de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation et du travail (Anses), il existe un réel risque sanitaire associé à une exposition des travailleurs au bitume. Néanmoins, l'Anses suggère de recueillir davantage de données sur ses effets cancérogènes.

Rédigé le , mis à jour le

''Exposition au bitume : attention au danger'', reportage du 12 septembre 2013.

Afin d'évaluer les effets du bitume sur la santé des travailleurs exposés, la Fédération nationale des salariés de la construction a saisi l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses).

La conclusion de l'expertise est sans appel. Le risque sanitaire associé à une exposition aux bitumes est réellement présent. Ces résidus de raffinage du pétrole sont utilisés principalement pour les travaux de revêtement routiers et peuvent contaminer les ouvriers par les voies respiratoires, cutanées et orales.

Plusieurs études épidémiologiques mettent en évidence que l'exposition aux bitumes peut être à l'origine de maladies respiratoires tels que l'asthme ou encore des bronchites chroniques. Quant aux effets de ce matériau sur la peau, l'Anses répond qu'en l'état actuel des connaissances on ne peut pas donner lieu à des conclusions définitives. Des données supplémentaires sont nécessaires.

Les résultats de l'expertise interviennent alors que la société Eurovia (Groupe Vinci), spécialiste du BTP, a été reconnue coupable de "faute inexcusable" par la cour d'appel de Lyon, en novembre 2012, après le décès d'un ancien ouvrier, mort d'un cancer de la peau. La société de travaux publics a été condamnée à verser 200.000 euros de dommages et intérêts à la famille de la victime.

Le bitume, une utilisation fréquente et complexe

Le bitume est un matériau essentiel pour assurer la cohésion d'un revêtement (routier, d'étanchéité de toiture…). Sa particularité réside dans sa faible teneur en hydrocarbures aromatiques polycycliques comparativement aux produits houillers (goudron). D'après les chiffres de l'expertise de l'Anses, la consommation moyenne annuelle française de bitume est évaluée à plus de 3 millions de tonnes (entre 2000 et 2010), avec une part de plus de 90% consacrée aux applications routières (majoritairement l'entretien des voies existantes), les 10% restant concernant les applications industrielles (activités d'étanchéité et d'isolation).

Dans sa fonction de résidus de distillation, les bitumes sont des mélanges de composés chimiques nombreux et variés. Ils en existent plus 10.000, il est donc impossible d'établir une liste précise. Les propriétés des bitumes pétroliers dépendent principalement de leur constitution, elle-même liée à l'origine des bruts et aux traitements effectués lors de leur fabrication en raffinerie. Plusieurs types de bitumes aux propriétés diverses peuvent être ainsi obtenus.

L'Anses émet quelques recommandations

L'Anses considère que les expositions professionnelles aux bitumes doivent être réduites. Une réduction qui passe en priorité par des mesures de prévention collective et d'adaptation de l'organisation du travail. L'agence vise la réduction et le captage des fumées émises, la réduction d'impact de la chaleur ainsi que l'exposition aux produits bitumineux et au rayonnement solaire associés.

L'Anses insiste aussi sur la mise en pace d'une surveillance étroite des émissions potentiellement dangereuses pour les travailleurs tels que l'amiante ou encore le goudron.

Source : "Évaluation des risques sanitaires liés à l'utilisation professionnelle des produits bitumineux et de leurs additifs" (PDF), Anses, septembre 2013.

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