Aspirine NOSH : haute valeur ajoutée contre le cancer ?

L'aspirine ? Nous en avons tous un tube dans notre armoire à pharmacie. Mais l'aspirine NOSH, une forme chimiquement transformée de la molécule, aurait montré dans une étude américaine menée sur la souris, un énorme potentiel dans la lutte contre le cancer.

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Aspirine NOSH : haute valeur ajoutée contre le cancer ?
Aspirine NOSH : haute valeur ajoutée contre le cancer ?

L'aspirine est connue pour lutter contre les maux de tête. Mais elle a d'autres vertus avérées : plusieurs études récentes ont démontré l'intérêt de la molécule dans la prévention de certains cancers, comme le cancer colorectal.

Une étude, menée par une équipe du City College of New York, et publiée dans la revue scientifique ACS Medicinal Chemistry Letters, va plus loin. Les chercheurs ont travaillé sur une forme chimiquement modifiée de l'aspirine traditionnelle. Ils ont ajouté à la molécule de base un groupement NO (monoxyde d'azote) et un groupement SH (hydrogène sulfuré). D'où le nom de la nouvelle molécule ainsi créee : l'aspirine NOSH.

"Ces groupements ont des propriété sur certains épithéliums, pour 'booster' les effets anti-cancéreux", nous explique le Pr. François Chast, pharmaco-toxicologue à l'hôpital de l'Hôtel-Dieu. Et c'est justement ce potentiel que les chercheurs du City College ont voulu évaluer.

Une "super-aspirine"… en éprouvette et sur la souris

L'aspirine "à valeur ajoutée" s'attaquer à onze formes différentes de cancer, incluant la leucémie, le cancer du côlon, du pancréas, de la prostate, et du sein. Le tout sans causer de dommages aux cellules saines.

Deux expériences ont été menées par les scientifiques américains. La nouvelle molécule a tout d'abord été utilisée pour traiter une culture de cellules de côlon cancéreuses in vitro. Après 24h de traitement, l'aspirine NOSH a démontré un potentiel 100 000 fois plus important que l'aspirine de base. Et 250 000 fois plus important à 72h.

Dans un deuxième temps, elle a été testée in vivo sur la souris, porteuse d'un cancer du côlon. Administrée sous forme orale à l'animal, elle a également montré un pouvoir de destruction des cellules cancéreuses, d'inhibition de leur prolifération, et de réduction significative des tumeurs, sans signes de toxicité pour la souris.

Parallèlement à cette efficacité décuplée, la nouvelle aspirine serait plus sûre que celle que l'on trouve sur les dans les tiroirs des pharmaciens. Notre aspirine quotidienne peut en effet provoquer, à haute dose, des saignements, des ulcères et une défaillance rénale.

Et pour l'homme ?

Selon le chercheur qui a mené l'étude, "si les résultats obtenus sur l'animal avec l'aspirine NOSH pouvaient être transposés à l'homme, elle pourrait être utilisée en association avec d'autres médicaments pour réduire les tumeurs avant une chimiothérapie ou une chirurgie."

Pour le Pr. Chast, il faut raison garder. "Ces études sur l'animal sont certes très excitantes, mais il y a une très grand différence entre des études sur des lignées cancéreuses et des essais cliniques randomisés chez l'homme". De plus, si l'aspirine NOSH, qui fait naître tant d'espoir est un dérivé d'une molécule très bien connue, elle n'en reste pas moins… une nouvelle molécule. " Nous ne connaissons pas encore les éventuels effets secondaires de ce médicament. Les études à effectuer sont encore très longues."

Cependant, bien que prudent, le médecin ne cache pas un certain enthousiasme : "Cette étude est très intéressante. Elle confirme l'intérêt des anti-inflammatoires dans la prévention et la lutte contre les cancers. De plus, tout cela va au-delà de la simple aspirine. Peut-être va-t-on déterminer une nouvelle classe médicamenteuse ?"

Source : "NOSH–aspirin (NBS-1120), a novel nitric oxide- and hydrogen sulfide-releasing hybrid is a potent inhibitor of colon cancer cell growth in vitro and in a xenograft mouse model", Biochemical and Biophysical Research Communications, Volume 419, Issue 3, 16 March 2012


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