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Prothèses auditives remboursées : mode d'emploi

La réforme du 100% santé est entrée en vigueur au 1er janvier 2019 et un décret précise les conditions d'application pour les prothèses auditives. Qu'est-ce que cela va changer ? La qualité sera-t-elle au rendez-vous ? Combien ça va coûter aux patients ?

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"Prothèses auditives remboursées : mode d'emploi", chronique de Maroussia Renard du 22 janvier 2019

L'objectif de cette réforme, aussi appelée "reste à charge zéro" est de donner accès aux patients à des audioprothèses, mais aussi des lunettes et des prothèses dentaires, sans que cela leur coûte un centime. Le reste à charge zéro devrait être mis en place au fur et à mesure d'ici 2021 mais pour les prothèses auditives, il démarre dès maintenant.

Ce n'est pas un hasard si la priorité a été donnée aux audioprothèses car ces équipements coûtent cher aux patients et ils sont moins bien remboursés (encore moins que les lunettes et les couronnes). Résultat : beaucoup de patients y renoncent pour des raisons financières. Sur les six millions de personnes en France qui ont des problèmes d'audition, un tiers des patients seulement sont appareillés alors que la moitié pourrait l'être...

Ce que prévoit le reste à charge zéro

La réforme joue sur deux tableaux : une augmentation du remboursement Sécu et le plafonnement du prix de vente. Et quand on conjugue les deux, la facture baisse pour le patient. Jusqu'à présent, une prothèse auditive coûtait en moyenne 1.500 euros par oreille. La Sécurité sociale remboursait 120 euros et les mutuelles en moyenne 450 euros. Le reste à charge pour le patient s'élevait donc à 930 euros, soit pour les deux oreilles 1.860 euros.

Depuis le 1er janvier 2019, le prix de vente des prothèses étiquetées 100% santé est limité à 1.300 euros. Le remboursement Sécu passe à 180 euros, en gardant le même niveau de remboursement des mutuelles à 450 euros. Le patient doit donc payer de sa poche 670 euros pour un appareil (1.340 euros la paire). Soit une économie de plus de 500 euros.

La facture diminuera encore progressivement car cette réforme va se mettre en place en plusieurs étapes pour aboutir au zéro reste à charge d'ici deux ans. A chaque 1er janvier, un nouveau coup de pouce est prévu, à la fois sur le remboursement Sécu et sur le prix limite de vente des audioprothèses. En janvier 2020, le reste-à-charge passera à 450 euros par appareil (900 euros la paire) et au 1er janvier 2021, il n'y aura plus aucun frais à la charge du patient.

Des prothèses auditives de qualité ?

Toutes les prothèses auditives ne seront pas complètement remboursées. Ces nouvelles règles ne concernent qu'une partie des aides auditives. Mais dès à présent, si vous consultez un audioprothésiste avec une prescription, ce dernier est obligé de faire un devis avec au moins un appareil de la gamme 100% santé et un appareil à prix libre. Et rassurez-vous, les offres 100% santé n'ont rien de low cost.

Depuis que cette réforme est évoquée, de nombreuses polémiques ont émergé. Certains ont notamment mis en doute la qualité des prothèses de la gamme 100% santé. Or, pour les audioprothèses, il existe un consensus aussi bien du côté des audioprothésistes que des associations de patients, pour affirmer que la qualité est bien au rendez-vous.

S'il ne s'agit pas des prothèses dernier cri, qui se connectent à la télévision ou au smartphone..., tous les types d'appareils sont concernés même les plus discrets. De plus, les prothèses auditives labellisées 100% santé doivent répondre à des critères précis, gage de qualité : au minimum douze canaux de réglages qui conditionnent la définition du son (les plus modernes en ont seize) et au moins trois options comme par exemple un système anti-acouphènes ou un réducteur de bruit du vent. Le patient reste toutefois entièrement libre de choisir un appareil plus haut-de-gamme, toutes options, mais dans ce cas, il ne peut pas bénéficier du reste à charge zéro.

De nouvelles obligations pour les professionnels

Cette réforme du remboursement s'accompagne aussi de nouvelles obligations pour les professionnels. Les audioprothèses réclament tout un travail d'adaptation et d'ajustement, parfois sur plusieurs mois, pour entendre correctement. Et la réforme du 100% santé doit faciliter les choses. Désormais, le patient a droit à une période d'essai de 30 jours minimum avant de valider l'achat. Toutes les aides auditives seront garanties quatre ans contre deux auparavant. Et le prix de départ comprend des prestations de suivi (réglages, entretien) au moins deux fois par an.

Avec cette réforme, les pouvoirs publics et les audioprothésistes espèrent lever les freins à l'appareillage. On estime que le nombre d'appareils vendus devrait augmenter de 30% d'ici cinq ans. Et derrière ces chiffres, il y a un gros enjeu de santé publique. Une mauvaise audition nous coupe des autres et est un facteur de dépendance. Quand une personne âgée a un déficit auditif (même modéré), cela multiplie par deux le risque de démence et par trois le risque de chute.

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