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Superbactéries : il est urgent de baisser les doses d'antibiotiques

Avant la réunion des Nations Unies sur l’antibiorésistance qui aura lieu le moins prochain, un groupe d’experts tire la sonnette d’alarme. Pour eux, il faut non seulement freiner les prescriptions d’antibiotiques, mais aussi leur usage massif dans l’agriculture et leur rejet dans l’environnement.

Rédigé le , mis à jour le

Superbactéries : il est urgent de baisser les doses d'antibiotiques
Superbactéries : il est urgent de baisser les doses d'antibiotiques

"La propagation de la résistance aux antibiotiques est une menace mondiale." Ces mots alarmants sortent de la bouche du Dr David Brown, président du comité scientifique de l'organisme "Antibiotic Research UK", au Royaume-Uni, qui lutte contre l’antibiorésistance. Le phénomène menace de nous ramener au temps d’une médecine datant d’avant la découverte du premier antibiotique, la pénicilline, lorsque des infections bénignes pouvaient tuer. Une superbactérie résistante à l'antibiotique de "dernier recours", la colistine, a été découverte au Royaume-Uni en décembre dernier.

Des experts mondiaux publient un article dans la prestigieuse revue Science. Ils appellent les dirigeants mondiaux, qui se rassembleront pour une réunion spéciale aux Nations Unies le mois prochain, à prendre des mesures pour réduire la résistance aux antimicrobiens et l’émergence de superbactéries. Dans cette optique, ils proposent plusieurs "angles d’attaque".

Pas plus de 9 doses d’antibiotiques par personne et par an

Pour aider à prévenir l’apparition de superbactéries incurables, les scientifiques déclarent qu’il faut freiner les prises d’antibiotiques et passer en dessous de la barre des 9 doses par an et par personne.Dans le document, les experts du Royaume-Uni, des États-Unis et de la Chine proposent qu’"aucun pays ne consomme plus d’antibiotiques que le niveau global médian actuel, soit 8,54 doses quotidiennes par habitant par an". Ils estiment que "cela réduirait l'utilisation globale de 17,5 % à l'échelle mondiale."

Ce chiffre est une moyenne. Il existe une grande disparité des besoins entre les patients. Pas question, bien sûr, de priver d’antibiotiques les personnes qui en ont un besoin vital. Les malades immunodéprimés ou devant subir une intervention chirurgicale seraient en mesure de recevoir de plus hautes doses. L’objectif est de réduire les utilisations inutiles, comme dans les infections virales (contre lesquels les antibiotiques n’ont aucune action) ou les infections bactériennes bénignes qui nécessitent pas d’intervention extérieure. "De nouvelles réductions pourraient être réalisées grâce à des campagnes publiques, visant les médecins et les patients, pour décourager l'utilisation inappropriée des antibiotiques, en particulier en réponse à la grippe saisonnière", suggèrent les auteurs.

Vers l'arrêt des antibiotiques comme facteurs de croissance

Les experts rappellent que le problème de l’émergence des bactéries résistantes n’est pas le seul fait d’une surconsommation humaine et décrivent l’utilisation des antibiotiques dans l’agriculture comme le moyen "parfait" d’aggraver le problème. Cet usage crée une pression évolutive qui pousse les bactéries à développer des résistances sans les tuer.
Le texte explique qu’il a un "potentiel considérable" dans le fait de cesser ces modes d’élevage. Les médicaments sont administrés au bétail, à doses régulières, non pas parce qu'il est malade mais pour le faire grandir plus vite.


"Nous proposons une sortie mondiale et complète de l'utilisation de promoteurs de croissance antimicrobiens, écrivent les auteurs. Un délai de cinq ans serait approprié, compte tenu de l'urgence du problème."

Stop aux rejets d’antibiotiques dans la nature

Autre mesure à adopter dans les plus brefs délais : des restrictions sur les rejets polluants antibiotiques  - issus de la fabrication de produits pharmaceutiques, des exploitations agricoles et encore de l’activité hospitalière. Les scientifiques estiment que cela devrait être une "priorité urgente". En effet, ces déchets peuvent se retrouver dans les rivières et contribuer à l'accumulation de gènes de résistance dans l'eau et les sols.

Les bactéries se reproduisent - et donc évoluent - rapidement. Ainsi, un médicament qui tue 99% d'entre elles aboutit à l’émergence d’une nouvelle population de bactéries descendantes de ce "1%" qui a pu survivre.

Il a été estimé que 10 millions de personnes pourraient mourir chaque année dans le monde d'ici à 2050 en raison de bactéries résistantes aux antibiotiques.

 

 

 

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