Papillomavirus : pourquoi et comment se faire dépister
Le papillomavirus fait peur à beaucoup de personnes, mais parfois sans savoir de quoi il s’agit. La Dre Odile Bagot, gynécologue, nous aide à y voir plus clair.
Par Dre Odile Bagot
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Papillomavirus : dépister tôt pour éviter les cancers
Le Mag de la santé - France 5
Les papillomavirus sont une grande famille de virus : environ 200 sont actuellement connus. Certains ne sont pas dangereux, comme ceux responsables de verrues sur la peau, par exemple, ou de condylomes sur les organes génitaux. Mais d'autres sont plus graves, dits à haut risque ou oncogènes, c'est-à-dire impliqués dans la survenue de cancers.
Les papillomavirus peuvent se trouver au niveau de l’anus, du pénis, de la vulve, des muqueuses ORL et bien sûr du col de l’utérus. Ils peuvent être responsables de cancers dans toutes ces régions. Lorsque le papillomavirus reste trop longtemps, par exemple au niveau du col de l'utérus, il transforme les cellules qui se multiplient et peuvent mener à un cancer du col de l'utérus.
Sommes-nous tous porteurs du papillomavirus ?
Le papillomavirus est un hôte universel de l’être humain, en porter au niveau du col n’est donc ni exceptionnel ni anormal. Il s'agit uniquement d'un marqueur d'activité sexuelle. Ainsi, 20 % des femmes de 15 à 25 ans sont porteuses du papillomavirus humain (HPV), d'après la Haute Autorité de Santé (HAS).
Une femme qui possède de bonnes défenses immunitaires, qui ne fume pas et qui ne change pas de partenaire souvent, parvient à se débarrasser naturellement du papillomavirus en 18 mois à deux ans. Le délai est plus rapide chez les hommes : environ huit mois.
Tout le problème réside dans l’infection HPV persistante qui, elle, finira par faire des dégâts puisqu’elle est responsable de presque 100 % des cancers du col de l'utérus. Entre le premier contact avec l’HPV, si on n’en guérit pas toute seule (ce qui est quand même le cas neuf fois sur dix) et si le papillomavirus n'est pas dépisté ni traité, il se passe en moyenne une dizaine d’années.
Comment savoir si l'on est porteur du HPV au niveau du col de l’utérus ?
Ne cherchez pas de symptômes d'une infection au HPV, il n'en existe pas ! C'est justement tout l'objet du dépistage. Sa stratégie a évolué depuis les années où l'on faisait un frottis tous les ans puis tous les trois ans. C'est désormais terminé ! Le dépistage des lésions induites par l'HPV sur le col se fait désormais de 25 à 65 ans.
La premier frottis a lieu à 25 ans, le deuxième est réalisé un an plus tard, puis cela revient au bout de trois ans. Le frottis entre 25 et 30 ans ne recherche pas la présence d’HPV car beaucoup trop de frottis seraient positifs à cet âge-là. Il s'agit d'analyser directement les cellules du col, ce qu'on appelle un frottis "cytologique".
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À partir de 30 ans, qu’est ce qui change ?
Il n'y a plus de frottis "cytologique" à partir de 30 ans et jusqu’à 65 ans. Le dépistage est réalisé par un test HPV. S’il est négatif, le prochain frottis devra être réalisé dans cinq ans. En revanche, s'il est positif, le laboratoire fera automatiquement une analyse cytologique qui, la plupart du temps, revient normale.
Il s'agit souvent d'un simple portage. Dans ce cas, on refait un test HPV au bout d'un an et jusqu'à disparition du virus. Si l'analyse cytologique montre une lésion qui pourrait évoluer vers un cancer, un examen complémentaire, appelé la colposcopie, est réalisé, afin de préciser le diagnostic.
Une simple surveillance est proposée dans certains cas, car il existe de nombreuses guérisons spontanées. Dans d'autres cas, une petite intervention sur le col peut avoir lieu, il s'agit d'une conisation. Tout dépend du résultat.
Des dépistages réguliers permettent d'éviter tout risque de cancer
Les personnes concernées ne sont pas seules. Environ 30 % des frottis sont positifs à l’HPV, donc il ne faut pas s'inquiéter si l'on reçoit un résultat positif. Dans ce cas, on attend l'examen cytologique, qui est normal neuf fois sur dix. Le frottis dépiste les lésions avant le cancer donc il permet vraiment d’éviter le cancer du col.
Et il est très important de continuer le dépistage même après la ménopause. Et même si l'on n'a plus de vie sexuelle. De la même manière, il est indispensable de se faire vacciner, avant le début de la vie sexuelle. Le vaccin est recommandé chez toutes les filles et tous les garçons à partir de onze ans.