Elizabeth II : "La mort de vieillesse n’existe pas, il y a toujours une cause"

Hier, la reine Elizabeth II est décédée à l’âge de 96 ans. Mais de quoi meurt-on quand on est âgé, sans maladie déclarée ? Le Dr Christophe Trivalle, gériatre à l'hôpital Paul-Brousse (AP-HP), répond à cette question énigmatique.

Muriel Kaiser
Muriel Kaiser
Rédigé le , mis à jour le
La reine d'Angleterre à Liverpool.
La reine d'Angleterre à Liverpool.  —  Shutterstock

Jeudi 8 septembre, le monde apprenait le décès de la reine d’Angleterre. Une pluie d’hommages a immédiatement succédé cette annonce, pour honorer celle qui a régné durant 70 ans.  

Quelques heures plus tôt, les médecins se disaient "préoccupés" par l’état de santé de la reine, âgée de 96 ans. Elle a alors été placée sous la surveillance d’une équipe de soignants.  

La monarque est finalement décédée "paisiblement" au château de Balmoral, propriété de la famille royale, selon Buckingham Palace. Elle ne souffrait, a priori, d’aucune maladie. 

Chez une personne très âgée, sans maladie, qu’est-ce qui mène au décès ? Pour nous éclairer, nous avons posé la question au Dr Christophe Trivalle, gériatre à l’hôpital Paul-Brousse (AP-HP). 

Que signifie "mourir de vieillesse" ?

"Je ne sais pas si je vais pouvoir répondre à votre question", ironise le spécialiste. En effet, "l’image de piles qui sont déchargées, à la fin de la vie d’une personne et qui expliquerait son décès est complètement fausse", explique-t-il. "On dit qu'on meurt de vieillesse mais en réalité, je n’ai jamais vu personne mourir de vieillesse".

L'expérience du Dr Trivalle met en évidence deux scénarios possibles : soit la personne âgée décline progressivement, ce qu’il appelle une "mort attendue", soit il n’y a pas de signe avant-coureur, ce qu’on considère comme une mort subite. 

"Une mort subite peut survenir à tout âge. Si une personne âgée était active la veille et qu’elle est décédée le lendemain, c’est une mort subite", complète t-il. À la différence de la mort attendue, "qui présente des signes cliniques, ou bien des syndromes de glissement : lorsqu’une personne âgée devient très faible, reste au lit, ne s’alimente plus". On dit alors qu’elle "se laisse mourir". Certains patients verbalisent même cette période, comme un choix : "j’ai déjà eu des patients qui m’ont dit : « j’ai plus de 90 ans, laissez-moi mourir tranquillement »"

À lire aussi : Une étude révèle ce qu’il se passe dans le cerveau au moment de la mort

Quelles sont les causes de décès d’une personne âgée ?

Si la mort de vieillesse n’existe pas, "il y a toujours un facteur qui mène au décès". Les causes peuvent être multiples mais ne sont pas toujours détectées. Il peut s’agir d’un infarctus, d’une embolie pulmonaire, d’une fausse route... 

Ces problèmes sont favorisés par la vieillesse car l’organisme ne fonctionne plus aussi bien. Par exemple, "la déglutition devient plus difficile avec l’âge. On peut alors s’étrangler en mangeant", les voies respiratoires et digestives se croisant. Les fausses routes entraînent également des infections pulmonaires.  
 
Or, toutes ces causes ne sont pas toujours connues lors d’un décès, car elles ne sont pas recherchées, en l’absence d’autopsie. "C’est pourquoi l’on retrouve souvent, comme motif sur les certificats de décès : arrêt cardio-respiratoire", explique Christophe Trivalle. 

Peuvent-elles mourir d’"un cœur brisé" ?

La reine d’Angleterre est décédée 17 mois après son époux, le prince Philip. La succession de la mort de conjoints n’est pas rare et peut même survenir "à quelques jours ou semaines de différence", explique le gériatre. "C’est un facteur précipitant. Le départ du conjoint créé une forme de solitude", poursuit-t-il.  

C’est ce que l’on appelle le syndrome du cœur brisé. "Le psychologique joue sur les organes. Le stress induit par la perte de l’être aimé a une répercussion sur le cœur, les artères...".  

C’est pourquoi le Dr Trivalle constate régulièrement les deux morts qui s’enchaînent dans un couple. "Il est fréquent de perdre ses deux parents coup sur coup. C’est d’ailleurs souvent l’inquiétude des enfants : « mon père est décédé, qu’adviendra-t-il de ma mère ? »".

Dans la peau d'une personne âgée
Dans la peau d'une personne âgée  —  Le Mag de la Santé - France 5Le Magazine de la Santé - France 5

Pour ne manquer aucune info santé, abonnez-vous à notre newsletter !