1. / Maladies
  2. / Os et articulations
  3. / Algodystrophie

Algodystrophie, la douleur des organes mal irrigués

De vives douleurs dans les membres ou les articulations... L'algodystrophie, ou algoneurodystrophie, est une pathologie handicapante qui touche les deux sexes, à tous les âges, y compris l'enfant. Quels sont les signes de la maladie ? Peut-on prévenir l'apparition de ces douleurs ?

Rédigé le , mis à jour le

Algodystrophie, la douleur des organes mal irrigués
Algodystrophie, la douleur des organes mal irrigués
Sommaire

Qu'est-ce que l'algodystrophie ?

Régis Boxelé et Philippe Charlier expliquent l'algodystrophie

L'algodystrophie ou algoneurodystrophie, également appelée syndrome douloureux régional complexe, se manifeste par de vives douleurs dans les membres, une sensation permanente de fourmillement ou de brûlure, des articulations difficiles voire impossibles à bouger...

Un changement de nom

On parle désormais de Syndrome Douloureux Régional Complexe, qui distingue 2 entités différentes :

  • le Syndrome Douloureux Régional Complexe de type 1, auparavant appelé algo(neuro)dystrophie, qui se développe après une lésion mineure de l'appareil locomoteur, comme une entorse, une fracture, une luxation, des microtraumatismes répétés. Le taux de récidive est estimé à 10%, sans facteur déclenchant.
  • Le Syndrome Douloureux Régional Complexe de type 2, auparavant appelé causalgie, qui survient après la lésion d'un nerf. Le pronostic est moins favorable que pour le type 1.

Il s'agit la plupart du temps d'une complication qui survient après un traumatisme même bénin comme une entorse, une simple fracture ou encore après  une intervention chirurgicale. L'algodystrophie touche les articulations et les zones peri-articulaires. Mais dans 20% des cas, il n'y a rien qui explique cette pathologie.

Quand l'algodystrophie apparaît, on observe souvent des troubles vasomoteurs, c'est-à-dire une mauvaise vascularisation, de certains endroits du corps. Normalement, quand tout va bien, pour que le sang puisse circuler dans l'organisme, il doit être propulsé par le coeur avec une certaine pression mais il faut aussi que les vaisseaux qui transportent le sang puissent réguler cette pression sanguine selon les besoins.

Cette vasomotricité est en partie commandée par les nerfs du système nerveux sympathique. En cas d'algodystrophie, le fonctionnement de ces nerfs est perturbé. Les petits vaisseaux, comme les artérioles ou les capillaires, qui entourent les articulations ne peuvent plus se contracter. Ils restent dilatés et la partie du membre atteint va devenir très douloureuse.

En raison de cette vasodilatation, la zone prend un aspect inflammatoire, c'est-à-dire que la peau devient localement rouge, chaude et beaucoup plus sensible. Puis, dans un deuxième temps, elle refroidit et l'articulation se raidit. C'est cette évolution en dents de scie, avec une alternance de phases chaudes et de phases froides alors qu'il ne s'est rien passé de particulier, qui va faire évoquer le diagnostic d'algodystrophie.

Des troubles des phanères et du système pileux peuvent apparaître à cause de l'algodystrophie. Les ongles peuvent devenir cassants, striés et l'os se déminéraliser et donner un aspect moucheté caractéristique. L'évolution de la maladie est quant à elle très aléatoire. Elle dure généralement entre neuf et dix-huit mois.

Algodystrophie : des douleurs handicapantes

Quand on souffre d'algodystrophie, le quotidien est rythmé par les douleurs. Certains gestes de la vie quotidienne deviennent impossibles à réaliser.

Colette souffre d'algodystrophie depuis une fracture de poignet. A droite, son poignet mais aussi ses doigts et son épaule sont inutilisables. Pour se soigner, elle se rend deux fois par semaine chez un kinésithérapeute.

Comment prévenir l'algodystrophie ?

Attention, images d'intervention chirurgicale : le chirurgien opère sous anesthésie locale

Les algodystrophies apparaissent parfois après des interventions chirurgicales, d'où la nécessité d'une prise en charge préventive, d'autant plus qu'il y a peu de traitements hormis le repos et la rééducation. C'est ce que font aujourd'hui certains chirurgiens.

En cas de fracture de poignet, une supplémentation en vitamine C, à la dose de 500 mg, est recommandée en prévention, durant 50 jours. L'immobilisation d'un membre se doit d'être restreinte.

La réadaptation nécessite d'être précoce et systématique si la mobilité de l'articulation est limitée.

Exemple, lors d'une opération délicate dans une clinique spécialisée dans la main.

Algodystrophie : une rééducation pour les articulations

Quand l'algodystrophie s'installe, il faut, très vite, faire une rééducation visant à réduire les troubles articulaires, à prévenir les attitudes déformantes et à éviter la douleur. La kinésithérapie et l'ergothérapie ont une place essentielle dans cette prise en charge. Auparavant, on estimait impératif que la rééducation ne devait provoquer aucune douleur. Cette règle est aujourd'hui abandonnée car impossible en pratique. Mais l'augmentation de la douleur doit rester très temporaire et des antalgiques soulageront la souffrance pour permettre une mobilisation. La rééducation sert à limiter la douleur et consiste en des exercices variés, des stratégies de gestion de la douleur et le reconditionnement physique. Pendant la phase froide, lelle a pour buts de limiter les rétractions des ligaments et de lutter contre l'enraidissement.

Les mesures complémentaires

Le repos est indiqué dans la phase chaude mais l'immobilisation stricte doit être proscrite. Lorsque l'algodystrophie touche le membre inférieur, l'appui et la position allongée doivent être supprimés tant que durent les douleurs. Le port de bas de contention limite l'oedème. Durant la phase froide, les bains écossais  peuvent soulager.

Visite dans le service de médecine physique et de réadaptation de l'hôpital Cochin à Paris.

Le traitement de la douleur, incontournable !

Il fait appel le plus souvent aux antalgiques comme le paracétamol et les médicaments à base de codéïne ou de tramadol, à certains antidépresseurs ou anti-épileptiques, comme la gabapentine. La xylocaïne en crème, Les bisphosphonates (s'il y a un signe d'hyperactivité osseuse à la scintigraphie), la kétamine sont parfois utilisés. Autres possibilités : le bloc sympathique (à l'efficacité discutée) ou la stimulation médullaire sont envisagés par voie veineuse lorsque la douleur n'est pas soulagée par les traitements classiques.

Enfin, la prise en charge de la douleur est pluridisciplinaire : neurostimulation (TENS), hypnose, relaxation, soutien psychologique aident à mieux vivre les douleurs.

Source : recommandations en date de 2018 de la Société française de rhumatologie (SFR), la Société française d’étude et de traitement de la douleur (SFETD), et la Société française d’anesthésie réanimation (Sfar)

Algodystrophie : une opération pour soulager les douleurs

Attention, images de chirurgie ! Implantation d'un neurostimulateur médullaire

Si la kinésithérapie est indispensable pour tenter que les articulations ne se figent, quand la maladie s'installe, on cherche surtout à calmer les douleurs avec des médicaments mais aussi grâce à des traitements non pharmacologiques comme l'hypnose, la méditation ou l'acupuncture.

Lorsque les douleurs sont réfractaires à ces traitements, un dispositif médical à visée antalgique peut être implanté. C'est ce que l'on appelle la neurostimulation médullaire. Une électrode est placée à proximité de la moelle épinière. Si la neurostimulation médullaire donne de bons résultats, dans un quart des cas, elle ne permet pas de soulager les patients.

Actuellement, il n'existe pas de traitement spécifique efficace dans 100% des cas pour traiter la "crise" d'algodystrophie. Des patients se mobilisent au sein de l'association SDRC Algodystrophie pour favoriser la recherche.

Voir aussi sur Allodocteurs.fr

Sponsorisé par Ligatus