"100% des lits sont occupés par des adolescents en souffrance psychique"

Tentatives de suicide, troubles alimentaires, crises d’angoisse, les jeunes sont de plus en plus nombreux dans les services de pédiatrie. Une conséquence indirecte de la crise sanitaire. Reportage au CH de Versailles.

La rédaction d'AlloDocteurs
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Rédigé le , mis à jour le

Le service de pédiatrie a une capacité théorique de 8 lits d’adolescents. Actuellement nous en avons en permanence 12 à 14 hospitalisés pour des motifs psy." Le constat est alarmant et le docteur Sylvie Nathanson, pédiatre au Centre Hospitalier de Versailles, ne s’en cache pas.

Son service est submergé par une nouvelle vague de malades : celle des adolescents fatigués par les restrictions sanitaires. Manque de perspective et de vie sociale, isolement, culpabilité, la pandémie se traduit parfois par une grande souffrance psychologique chez les jeunes.

Des idées morbides

Pour remonter la pente, Juliette 12 ans, a dû être hospitalisée quinze jours dans un service de pédopsychiatrie de l'hôpital Robert-Debré. Depuis la rentrée de septembre, la jeune adolescente souffre de phobie sociale et scolaire.

Des troubles déclenchés par cette crise sanitaire qu’elle réussit aujourd’hui à verbaliser : "Je pleurais souvent toute seule, je pensais même des fois à la mort. Je faisais des crises de nerf parfois, je criais, je pleurais mais je ne voulais pas communiquer autour de moi. Je ne pouvais pas parler mais je ne voulais pas être seule. J’attendais d’avoir un peu d’espoir ou que quelqu’un me tende la main et vienne me sortir du trou que j’avais moi-même creusé."

Des outils pour aider les familles

Pour les adolescents en souffrance comme Juliette, cette crise sanitaire agit comme un puissant perturbateur dans cette période de transition avant la vie d’adulte.

“Ce sont des moments où l’on va se construire et où l’on a vraiment besoin du monde extérieur, des autres, de nouvelles expériences. Tous ces éléments là, qui sont nécessaires, vont être contrecarrés par l’épidémie. Les adolescents sont touchés dans leur développement même et dans leur autonomisation" explique Marie-Rose Moro, pédopsychiatre spécialiste de la prise en charge des adolescents.

Les spécialistes, mais aussi l’entourage de ces jeunes, devront donc les accompagner vers la perspective d’un monde meilleur. Certains hôpitaux ont d’ailleurs développé des outils pour aider les familles, comme l’Hôpital Robert-Debré et son site CléPsy.