Image d'illustration. Crédits Photo : ©Shutterstock
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Post-partum : un bouleversement après la naissance

Lochies, tranchées, cicatrice d’épisiotomie… Si vous avez accouché, ces mots vous disent certainement quelque chose  mais pour beaucoup ils restent méconnus.  Après la naissance, le corps des femmes continue de subir des  bouleversements. C’est ce qu'on appele le  "post partum ". Ce terme vient du  latin  post qui signifie après  et   partus  qui signifie mise bas, autrement dit "l'après l’accouchement".

Maroussia Renard
Rédigé le , mis à jour le

Mieux accompagner le post-partum

Le post-partum commence dans les minutes qui suivent l’accouchement, (après la délivrance  du placenta),  mais  on ne sait  pas exactement quand il se termine, parfois c'est 40 jours,  mais il peut aller jusqu’à  6 mois après la naissance…   Les manifestations physiques et psychiques varient beaucoup  d’une femme à l’autre.  

Les  premiers symptômes sont surprenants : il s’agit de contractions, parfois douloureuses, alors que l’accouchement est terminé.

Les "tranchées"

Cela s'appelle les " tranchées".  Ce sont elles qui permettent à l’utérus de retrouver sa place et sa taille initiales.

Juste  avant l’accouchement, l’utérus a la taille d’une grosse pastèque  et il est très haut. Deux  jours après, c’est l’équivalent d’un melon juste au-dessus de l’ombilic (voilà pourquoi  les femmes ne retrouvent pas un  ventre plat immédiateme nt). 

Petit à petit, il se rétracte jusqu’à reprendre sa taille initiale, l’équivalent d’une figue,  au bout de  6 à 8  semaines et se replace au niveau de la symphyse pubienne.  Les contractions ne durent que 3 à 7 jours et certaines femmes les perçoivent à peine.

"Lochies" et hémorroïdes...

Autre passage obligé, les saignements  post-accouchement  : les  lochies.  

Ils proviennent  principalement  de la plaie laissée par le placenta sur la paroi utérine. Ces saignements sont très abondants les 3 premiers jours puis diminuent rapidement. Ils peuvent durer jusqu’à 6 semaines.   

Après l’accouchement, certaines femmes doivent aussi prendre soin d’une cicatrice  : en cas d'épisiotomie  (incision du périnée pour faciliter la sortie du bébé),  de " déchirure" ou de césarienne. Les fuites urinaires sont également fréquentes.  Autre  réjouissane :  les  hémorroïdes  qui  touchent 1 jeune mère sur 3.  Elles sont dues à la pression de l’utérus sur la région anale.   

Briser le tabou du post-partum

Les  jeunes mères  ne sont pas seules face  à ces bouleversements, elles peuvent bénéficier d’un suivi par une sage-femme. Toutes les mamans ont droit à ces séances de suivi .  L’assurance maladie  en rembourse  deux,  dans les 12 premiers jours de vie  du bébé. Peu de femmes  le savent.    

La plupart du temps, elles ne voient aucun professionnel de santé avant la consultation  post-natale  obligatoire,  c’est  8 semaines après l’accouchement.  C'est un délai trop long car les premières semaines  peuvent être difficiles.  

 Illana  Weizman, a 36 ans, elle est doctorante en sociologie à Tel-Aviv en Israël (où elle habite) et auteure de : "Ceci est notre post-partum. Défaire les mythes et les tabous pour s’émanciper".

Elle a accouché il y a 3 ans d’un petit garçon,  Dov. Elle a eu une grossesse de rêve, un accouchement long mais sans complications et c’est au retour de la maternité que les difficultés ont commencé pour elle. 

Pourtant  Illana  est loin d’être la seule femme à avoir eu cette image dépréciée d’elle-même en sortant de la maternité. Les femmes sont dans un état émotionnel particulier à ce moment-là. 

C’est le fameux baby blues qui est quasiment  incontournable : il  touche 8 femmes sur 10. C'est une déstabilisation émotionnelle qui arrive généralement entre le 3e  et le 5e  jour qui suit l’accouchement.

Pendant des mois, la femme a baigné dans des taux d’œstrogènes et de progestérone très élevés (qui sont les hormones qui favorisent le bien-être et la sérénité) et d’un seul coup, au moment de l’accouchement, le taux d’hormones s’effondre. 

À cela s'ajoute la fatigue, les saignements, les kilos en trop, les douleurs…. la nouvelle maman ne se sent pas forcément au top. Cela ne colle pas avec l’idée encore bien ancrée selon laquelle une mère se doit d’être pleinement heureuse. C’est très compliqué d’en parler, même aux proches.   

La dépression du post-partum

Illana est donc maman depuis 8 mois et elle fait  alors  ce qui s'appelle une dépression du post-partum…  

La  dépression du post partum peut apparaître plusieurs mois après la naissance.  Ça  n’a rien à voir avec le baby blues, qui,  lui, disparaît de lui-même au bout de 10/15 jours maximum. C’est à cela qu’ils sont différenciés : la dépression du post-partum dure dans le temps. 

Une maman qui se sent triste pendant plus de 15 jours d’affilée ou qui n’a pas de plaisir quand elle s’occupe de son bébé, au moment du bain, de la tétée  etc, est en dépression post-partum. 

Cela  touche près d’1 femme sur 4, mais là encore, c’est le "silence radio". Les femmes sont pétries de culpabilité de ne pas se sentir bien alors qu’elles ont "tout pour être heureuse". Elles n’en parlent donc pas, elles consultent rarement.   

Illana a consulté un psychologue. Elle a mis plus d’un an à se sortir de cette dépression.  Elle reprend le cours de sa vie normale  et  un jour,  en se baladant sur les réseaux sociaux, elle tombe sur une publication  qui la révolte.  Cela parle d’une publicité qui devait passer à la télé pendant la cérémonie des Oscars, aux Etats-Unis et qui a été censurée. Elle n’a pas été diffusée. 

C'est une jeune mère qui se réveille en pleine nuit en entendant les pleurs de son bébé.  On comprend très vite en voyant sa culotte qui ressemble à un filet de pêche et  cette couche très imposante, qu’elle vient d’accoucher et ce n'est pas  tout rose. Elle se dirige péniblement vers les toilettes et c'est clairement l’envers du décor de la maternité bien heureuse.  

C'est en fait une publicité pour des produits d’hygiène intime post-accouchement.  Malgré tout, cela reste assez  pudique, il n’y a ni sang, ni nudité mais c’en est déjà beaucoup trop pour la chaîne américaine ABC qui décide de censurer cette publicité. Pour  Illana, c’est un électrochoc.  

Comme souvent sur les réseaux sociaux, tout s’emballe très vite…  En quelques minutes à peine,  Illana  reçoit des centaines de commentaires. Elle se dit qu’il y a un vrai sujet et elle décide de lancer un  hastag #monpostpartum et c’est la déferlante.  

En à peine 24 heures, il y a près de 15.000  publications. C'est le mois de mars 2020, au début du confinement, c’est comme si ce mouvement avait enfin permis de libérer la parole sur  cette période tellement taboue. Un an plus tard, cela ne s’est pas essoufflé.  Chaque jour, des  dizaines  de jeunes mères  témoignent  avec  ce  hashtag. 

Culpabilité, solitude, sont les deux mots qui reviennent tout le temps. Pour  Illana, la seule solution est d’améliorer l’accompagnement des jeunes mamans en proposant un suivi psychologique systématique  sans qu’elles aient à le demander.  

C'est un vrai enjeu de santé publique. Le suicide est la 2e  cause de mortalité maternelle après les maladies cardiovasculaires,  alors  il faut faire de prévention.  Le fait d’informer les femmes sur l’après accouchement sans tabou n’a pas pour but de les décourager mais plutôt de les inciter à demander de l’aide si ça ne va pas. 

  • Maman Blues
    Association de soutien, d'écoute et de conseils dans le cadre de la difficulté maternelle.
     

Livres :

  • Ceci est notre post-partum. Défaire les mythes et les tabous pour s’émanciper
    Illana Weizman
    Ed. Marabout, janvier 2021 
     
  • La Vie rêvée du post-partum. Confidences et vérités sur l’après-accouchement
    Anna Roy
    Ed. Larousse, avril 2021