Baume du tigre, huiles essentielles...Quels remèdes naturels fonctionnent contre le mal de dos ?

Le mal de dos, qualifié de "mal du siècle", peut être très douloureux. Certains remèdes naturels sont mis en avant pour soulager. Mais sont-ils vraiment efficaces ?

Julie Zulian
Julie Zulian
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Il est tout à fait possible de vieillir en bonne santé, tout en préservant sa qualité de vie
Il est tout à fait possible de vieillir en bonne santé, tout en préservant sa qualité de vie  —  Allodocteurs.fr - Newen France

Le mal de dos constitue un problème de santé majeur en France. Au cours de leur vie, quatre personnes sur cinq souffriront d'une lombalgie commune, c'est-à-dire d'une douleur située au niveau des vertèbres lombaires, dans le bas du dos. Si le mal de dos évolue favorablement dans la majorité des cas, les douleurs persistantes peuvent altérer durablement la vie sociale et professionnelle des personnes concernées.

Baume du tigre, huiles essentielles, massage... Ces solutions naturelles sont souvent mises en avant pour soulager les douleurs au dos. Mais sont-elles vraiment conseillées ? "Il existe deux approches dans les solutions naturelles. Les huiles essentielles, le baume du tigre et tous ces autres adjuvants font partie d'une approche passive. L'autre approche où le patient bouge, quelle que soit la manière, soit par la marche, soit par des exercices, fait partie de l'approche active,", indique Jean-Philippe Deneuville, kinésithérapeute.

Le mouvement, premier traitement du mal de dos

L'activité physique reste le premier traitement pour favoriser la guérison. "Il faut produire un effort, parfois important pour faire un exercice, ce n'est pas évident et pas toujours intuitif, il y a souvent des croyances où on pense que le mouvement est mauvais", précise le kinésithérapeute. "Dans les cas de douleurs au dos plus longues, ne pas bouger n'est pas efficace du tout, il faut bouger" insiste-t-il.

C'est seulement dans une phase aigüe, un épisode de vive douleur, qu'il est préférable de laisser le corps au repos. "La phase inflammatoire dure de trois à cinq jours, cela ne veut pas dire qu'on va être immobile, ce n'est pas un repos strict, on va simplement se lever et marcher un peu", illustre le kinésithérapeute. La lombalgie est dite "aiguë" jusqu’à six semaines, "subaiguë" jusqu’à 12 semaines et  "chronique", au-delà de 12 semaines, d'après le site Ameli.fr.

Parfois, les patients peuvent avoir besoin des solutions naturelles pour les aider à faire des exercices. C'est possible, tant que ces solutions encouragent le mouvement sans jamais s'y substituer, d'après Jean-Philippe Deneuville.

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Les traitement alternatifs, des adjuvants au service du mouvement

En effet, "les adjuvants vont soulager sur le coup mais ce n'est pas la meilleure destratégies sur les moyens et longs termes. Contrairement aux exercices, ces solutions vont seulement avoir un effet antalgique, elles ne vont pas traiter la cause du problème", révèle le kinésithérapeute. Le risque des remèdes naturels dits "passifs" est de prendre la place de ces exercices, met en garde Jean-Philippe Deneuville. 

Résultat, le kinésithérapeute "préfère concentrer toute l"attention des patients sur les exercices pour qu'ils soient bien faits et bien ciblés, plutôt que d'avoir plusieurs stratégies moins bien exécutées. C'est la même logique pour tous les traitements passifs, comme les massages par exemple", conseille-t-il.

L'efficacité de ces remèdes naturels est-elle prouvée ?

Plusieurs adjuvants sont mis en avant, voici ce qu'on peut lire de leur efficacité dans la littérature scientifique : 

  • Baume de tigre : originaire de la médecine chinoise, il est régulièrement préconisé dans le mal de dos. Cependant, aucune étude scientifique n’a permis de prouver les effets du baume du tigre. Il est fortement irritant, et ne doit en aucun cas être appliqué sur une plaie ni sur une peau endommagée. 

  • L’harpagophyton ou griffe-du-diable (Harpagophytum procumbens) est la seule plante dont les effets "sur les douleurs articulaires ont fait l’objet d’études cliniques dont la qualité méthodologique est relativement bonne", écrit le Vidal, , la base de référence des médicaments et de l'information médicale. "Des effets similaires, quoique moins marqués, ont été observés au cours de cinq études portant sur les douleurs lombaires", précise-t-il.

  • L'écorce de saule blanc (Salix alba) : L’Agence européenne du médicament reconnaît comme "cliniquement bien établi" l’usage de l’écorce de saule blanc dans "le traitement de courte durée des douleurs lombaires", note le Vidal. Prudence avec les contre-indications.

  • Les huiles essentielles : menthe poivrée, gaulthérie, lavande... plusieurs d'entre elles sont mises en avant dans le mal de dos. Cependant, "la littérature scientifique est très pauvre en études cliniques fiables sur ces produits. Leur efficacité manque souvent de preuves objectives. Mais leur toxicité potentielle est, elle, bien connue et leur usage exige le respect de certaines précautions", rappelle le site Santé.fr

  • Homéopathie : Aucune étude de qualité n'a prouvé, à ce jour, l'efficacité des médicaments homéopathiques. En 2017, le Conseil scientifique des académies des sciences européennes (EASAC) affirmait qu’il n’existait "aucune preuve solide de l'efficacité des produits pour traiter les maladies, ou même les prévenir (...), même s'il y a parfois un effet placebo".

Ces traitements alternatifs contiennent majoritairement des contre-indications et peuvent s'avérer toxiques en cas de mauvaise prise. Tout usage de ces produits doit se faire avec l'accompagnement d'un médecin ou d'un professionnel de santé. 

Une bonne alternative aux anti-inflammatoires ?

Les anti-inflammatoires sont souvent un passage obligé des lombalgies aiguës. Ce traitement doit parfois se poursuivre en raison de douleurs persistantes. "Les anti-inflammatoires peuvent avoir des effets secondaires, notamment au niveau gastrique avec des brûlures de l'estomac voire un ulcère", rappelle Jean-Philippe Deneuville. 

Les remèdes naturels peuvent-ils alors constituer une alternative ? "Ça peut être intéressant mais cela dépend du type de problème et de l'efficacité de ces adjuvants", estime-t-il. Toute stratégie médicamenteuse, dans sa prise comme dans sa substitution, doit se faire avec l'accompagnement d'un professionnel de santé. 

Ballon ergonomique ou bureau debout ?

Autre solution "douce" au mal de dos : les aménagements. Ces dernières années, l'idée d'un ballon ergonomique pour aider à soulager les maux du dos est devenue très populaire. Jean-Philippe Deneuville y voit une "fausse bonne idée" car "on reste assis, les chevilles et les hanches bougent, mais il y a zéro mouvement au niveau du dos", déplore-t-il.

"Ce qui peut être intéressant, en revanche, c'est un bureau où on peut alterner la position assise et debout pour avoir le dos qui bouge", propose le spécialiste.

Enfin, quand le mal de dos ne passe pas, consulter permet de comprendre la source du problème. "Il est facile de dire qu'il faut bouger, ce n'est pas évident, il y a de l'appréhension à faire des mouvements. Se rapprocher d'un kinésithérapeute permet de mettre en place une stratégie. Parfois, ce sont des choses simples mais qu'il faut savoir observer, cela s'apprend, c'est notre métier", conclut Jean-Philippe Deneuville.