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Alimentation : nos assiettes sont-elles toxiques ?

PCB, pesticides, bisphénol, métaux lourds... Ces polluants chimiques peuvent être présents dans nos assiettes, et la liste des conséquences qu'ils peuvent avoir sur notre santé fait peur : cancers, diabète, obésité, infertilité... Quels sont réellement les risques ? Que peut-on faire pour se protéger ? Manger bio est-il la seule solution ?

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Alimentation : nos assiettes sont-elles toxiques ?
Alimentation : nos assiettes sont-elles toxiques ?
Sommaire

Dans l'assiette des enfants

Manger bio réduirait de 50% la contamination mais est-ce la seule solution ?

Une récente étude analysant les menus d'un enfant de 10 ans révèle que les aliments ingérés en une journée contiennent pas moins de 128 résidus chimiques.

C'est l'association Générations futures qui a relancé le sujet en décembre 2010, en faisant analyser en laboratoire tous les aliments qui entrent dans la composition des repas d'un enfant de 10 ans. Et ce n'est pas rassurant pour les parents...

Des pesticides persistants

L'un des herbicides les plus connus est le Roundup®, dont les effets sont étudiés par des chercheurs en Bretagne.

Insecticide, fongicides, herbicides... Les pesticides sont largement utilisés pour lutter contre les organismes nuisibles, aussi bien par les particuliers que par les agriculteurs, et dont on retrouve logiquement des traces dans les aliments. Ces produits chimiques seraient responsables de nombreuses affections qui vont des cancers à l'infertilité ou la maladie d'Alzheimer...

Résidus de pesticides : quels effets sur la santé ?

En quoi consistent les analyses de résidus de pesticides ?

Épandus dans les champs pour protéger les cultures ou améliorer les rendements, les pesticides sont présents dans nos fruits et nos légumes. On les sait néfastes pour la santé des travailleurs agricoles fortement exposés, mais qu'en est-il lorsqu'ils sont à l'état de traces dans notre assiette ?

Chaque année, des analyses de résidus de pesticides dans les aliments sont réalisées. L'objectif est de voir s'il y a des pesticides et si le taux légal n'est pas dépassé.

On les retrouve dans nos fruits, dans nos légumes, nos poissons ou nos viandes... Les pesticides sont dans notre assiette. Présents à l'état de trace, quel impact ont-ils sur notre santé ?

Dans les laboratoires de l'Inra, des chercheurs tentent de répondre à cette question. Des cellules humaines sont exposées à une ou plusieurs molécules plus ou moins nocives pour notre organisme. À l'aide d'un marqueur fluorescent, les chercheurs évaluent la toxicité.

Plusieurs années d'études ont permis aux chercheurs de l'Inra de démontrer le faible impact de ces molécules prises individuellement. Mais lorsque ces composés issus de pesticides sont mélangés, les données obtenues sont plus préoccupantes comme l'explique Marc Audebert, toxicologue à l'Inra : "On a remarqué que chaque molécule prise séparément n'avait pas ou peu d'effet toxique sur les cellules. Alors que mélangées à faible dose (effet cocktail ou effet mélange), on a constaté un effet sur l'endommagement de l'ADN et la toxicité".

Un endommagement de l'ADN peut être réparé correctement. Mais en cas de problème lors de la réparation de cet endommagement, il peut y avoir apparition de mutations dans la cellule et donc à plus long terme avoir un effet cancérigène du produit. Dans cette expérience, les cellules ont toutefois été exposées à des doses de pesticides bien supérieures à celles que l'on retrouve dans notre alimentation. Pour cette raison, les toxicologues relativisent l'impact de cet effet cocktail sur notre santé.

Exposé à faible dose aux pesticides, notre ADN serait donc préservé. Mais qu'en est-il de notre système endocrinien ? Des brebis en gestation ont consommé la même quantité de pesticides qu'une femme enceinte. L'objectif est de voir l'impact de cette exposition sur le développement du fœtus plus vulnérable à ces toxiques. Une étude similaire menée sur des rats a révélé une perturbation de leur système hormonal à la suite d'une exposition aux pesticides.

Les autorités de santé estiment que notre exposition alimentaire aux pesticides est trop faible pour être nocive. Mais aujourd'hui seule la toxicité de chaque molécule est prise en compte. L'effet cocktail lui n'intervient pas dans l'évaluation des doses journalières tolérables.

Additifs alimentaires : faut-il s'en méfier ?

Le point sur les additifs alimentaires

Grâce à eux, nos aliments sont appétissants et se conservent plus longtemps. Pourtant, nous n'aimons pas les voir inscrits au dos des emballages ! Colorants, conservateurs, exhausteurs de goût… Les additifs alimentaires nous inquiètent.

Dans la plupart de nos plats, on retrouve des additifs alimentaires. Ces substances ajoutées sont pour la plupart chimiques. Quel impact peuvent-ils avoir sur notre santé ? Faut-il vraiment les craindre ?

E170, acide fumarique, sorbitol, colorants, émulsifiants, agents gélifiants ou épaississants... Tous sont des additifs alimentaires. On les retrouve dans la plupart de nos aliments, en conserves ou plats préparés. Ces substances sont ajoutées intentionnellement aux aliments dans un but précis : pour sucrer, colorer ou encore pour mieux conserver nos denrées. "Certains additifs sont vraiment utiles", explique Olivier Andrault, chargé de mission alimentation pour UFC-Que choisir.

Dans l'Union européenne, les additifs alimentaires ont chacun un nom de code. Un "E" suivi de trois ou quatre chiffres. Certains additifs sont naturels, ils sont extraits de minéraux, de végétaux ou de substances animales. C'est le cas du E100, la curcumine issue de racines du curcuma et utilisée comme colorant notamment dans certaines confiseries. D'autres additifs sont des produits de synthèse comme la saccharine (nom de code : E954), employée comme édulcorant.

Si l'on suspecte chez certains additifs des effets toxiques à fortes doses, dans notre alimentation ils ne présenteraient pas de risque comme le confirme Olivier Andrault : "Compte tenu des connaissances scientifiques actuelles, il n'y a pas de problème sanitaire au niveau de l'utilisation des additifs. Soit les additifs ne posent pas du tout de problème, dans ce cas on peut les utiliser autant que l'on veut, soit il s'agit d'additifs qui éventuellement pourraient poser problème au delà de certaines doses. Mais dans ce cas, il y a un nombre d'utilisations très limité et à des doses très encadrées".

Le seul risque potentiel est un risque allergique qui "concerne potentiellement tous les composés utilisés dans l'alimentation, additifs ou pas".

Pour l'association UFC-Que choisir, le problème est ailleurs. La présence d'additifs alimentaires serait trop souvent abusive. Certains additifs ne présenteraient pas d'intérêt pour le consommateur mais seraient en premier lieu utilisés pour remplacer des ingrédients de base trop coûteux.

S'il n'y a que peu d'études scientifiques sur l'impact des additifs alimentaires sur la santé, en attendant, la méfiance est conseillée. On peut en effet redouter un effet cocktail causé par l'accumulation de ces substances dans notre alimentation.

Pesticides : les fruits et légumes contaminés

Comment faire son marché ? Quels sont les risques pour la santé ?

Avec plus de 60.000 tonnes utilisées chaque année, la France est le premier utilisateur européen de pesticides. Elle est le troisième au monde, derrière les Etats-Unis et le Japon. Des pesticides qui se retrouvent sur les fruits et légumes que nous consommons.

Fongicides, insecticides, herbicides… Les pesticides sont utilisés en agriculture pour lutter contre les organismes nuisibles aux cultures. Résultat : des résidus de pesticides sont présents dans les fruits et légumes que nous mangeons tous les jours. De quoi préoccuper les consommateurs. Alors comment éviter d'avaler trop de pesticides ? Nous avons posé la question à un spécialiste, François Veillerette, porte-parole de l'Association Générations futures.

Quels fruits et légumes contiennent le plus de pesticides ?

L'avis de François Veillerette, porte-parole de l'Association Générations futures : "On va trouver plus fréquemment des pesticides sur les légumes feuilles comme toutes les salades, sur le persil, sur les haricots verts… Sur tout ce qui est en surface et sur lequel on va pulvériser les fongicides. On va aussi en trouver plus fréquemment sur les pommes, sur les poires, sur les fraises, les pêches, les nectarines, les framboises aussi…"

Parmi ces fruits et légumes particulièrement exposés aux pesticides, on trouve le fruit le plus consommé en France : la pomme. "Pour la pomme, il faut compter 36 traitements dans l'année", précise François Veillerette "et ces 36 traitements vont laisser des résidus sur la peau, parfois même à l'intérieur de la pomme".

Faut-il privilégier le bio ?

L'avis de François Veillerette, porte-parole de l'Association Générations futures : "Pour les fruits pelables comme l'orange ou les bananes, on peut retirer les pesticides car les pesticides se trouvent en majorité dans la peau. On peut donc, en épluchant les fruits, éliminer une grosse partie des pesticides. Il faut privilégier le bio d'abord sur les fruits que l'on ne peut pas peler ou qui vaut mieux ne pas peler pour garder les vitamines, c'est-à-dire pomme, poire, pêche, framboise, raisin… Pour ces fruits, il est préférable de prendre du bio car on bénéficie de l'absence de résidus de pesticides et on garde tout ce qui est positif dans la peau des fruits".

Autre conseil pour éviter d'ingérer trop de pesticides : privilégier les fruits et légumes de saison, si possible de provenance locale.

Les résidus de pesticides sont-ils dangereux ?

L'avis de François Veillerette, porte-parole de l'Association Générations futures : "Les quantités que l'on retrouve peuvent paraître faibles. On va retrouver quelques dizaines ou quelques centaines au maximum de microgrammes par kilo. Cela peut paraître peu mais si on le compare avec les niveaux que l'on accepte dans l'eau, c'est beaucoup plus. Et ce qui nous inquiète beaucoup, c'est une catégorie de ces pesticides qu'on appelle perturbateurs endocriniens, c'est-à-dire qui peuvent interférer avec le système hormonal et perturber son fonctionnement, qui peut agir à des doses très faibles. D'autant plus qu'on n'a pas une seule molécule à la fois mais on va trouver un cocktail de ces molécules. Et cela pose des questions spécifiques sur les perturbateurs endocriniens où les doses limites censées garantir une absence d'effets ne sont plus pertinentes parce qu'on sait que la femme enceinte et le foetus sont particulièrement sensibles à ce produit même à faibles doses".

Certains pesticides seraient aussi cancérigènes et toxiques pour le système nerveux. Il existe bien une réglementation à l'échelle européenne : les LMR, les limites maximales de résidus de pesticides autorisées. Chaque pays est tenu d'effectuer des contrôles mais ils sont souvent insuffisants.

Pesticides : des contrôles très stricts

Les taux de pesticides autorisés dans les produits alimentaires sont rigoureusement encadrés par la législation européenne. Pour vérifier que les fruits et légumes que nous consommons sont bien conformes à la réglementation, des contrôles peuvent être effectués par les douanes et les services de la répression des fraudes. Les produits concernés sont alors envoyés dans des laboratoires spécialisés pour y être analysés.

Les produits sont analysés dans des laboratoires d'Etat spécialisés dans la recherche des pesticides. "Nous recherchons environ 500 pesticides. Nous les recherchons dans les fruits, les légumes, les céréales… On analyse leurs teneurs et on vérifie si elles se situent au dessus ou en dessous des seuils réglementaires", explique Frédéric Saltron directeur d'un laboratoire de la répression des fraudes.

Pour déceler la présence de pesticides, différentes techniques sont utilisées. Si un pesticide est identifié, il est ensuite quantifié et comparé aux normes européennes en vigueur : "Si on constate la présence d'un ou plusieurs pesticides au dessus de la limite réglementaire, on réalise un rapport d'essai, on notifie le dépassement à l'enquêteur de la répression des fraudes qui va ensuite diligenter une enquête", indique Frédéric Saltron. En fonction des résultats de l'enquête, les marchandises concernées peuvent être saisies, détruites et interdites de vente sur le marché français.

Trop de colorants dans les bonbons

Bonbons : les colorants pointés du doigt

Les bonbons sont bien souvent bourrés de colorants qui pourraient être néfastes pour la santé. C'est en tout cas ce que pointe une étude de l'association 60 millions de consommateurs parue en octobre 2016.

Ourson rose et blanc, guimauve verte ou violette, sucette multicolore… Il existe des bonbons de toutes les formes et surtout de toutes les couleurs. Des couleurs obtenues grâce à des colorants naturels ou de synthèse. E104, E129, E171… les industriels ont tendance à avoir la main lourde. Selon cette étude, dans un seul bonbon, cinq à six colorants peuvent être présents en plus des autres additifs.

Et certains de ces colorants ne seraient pas anodins pour la santé. Ce serait le cas du E131, un colorant bleu extrêmement commun que l'on trouve notamment dans les bonbons gélifiés : "Nous l'avons utilisé dans un but médical pour par exemple suivre le parcours des vaisseaux, en particulier les vaisseaux lymphatiques. Et on s'est aperçu que lorsqu'on injectait ce produit, les personnes pouvaient faire des accidents très graves. On se méfie donc beaucoup de ce colorant mais on n'a aucune donnée sur sa toxicité par voie orale", explique André Picot, toxicochimiste.

Sont également pointés du doigt, les colorants couleur caramel. Le colorant E150c, appelé caramel ammoniacal, est par exemple obtenu en chauffant du sucre avec de l'ammoniac. "Lors des opérations de chauffage, il se forme énormément de produits. Et parmi ces produits, il y a une famille appelée les methylimidazoles qui, en expérimentations animales, sont cancérogènes", indique André Picot, toxicochimiste.

Faut-il alors bannir les colorants de notre alimentation ? Pour Patricia Chairopoulos, journaliste pour le magazine de 60 millions de consommateurs, la solution "n'est pas de priver les enfants du plaisir de manger des bonbons", mais plutôt de contrôler leur consommation sauf en cas d'allergie à certains colorants. Cette consommation modérée permettrait aussi d'éviter l'effet cocktail, une interaction entre les colorants et les autres additifs qui pourrait s'avérer dangereuse.

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