Un antiseptique contre la mortalité infantile dans les pays en développement

Deux études, menées au Bangladesh et au Pakistan, et dont les résultats ont été publiées dans la revue scientifique The Lancet, mettent en évidence l'efficacité de la chlorhexidine, un antiseptique, pour prévenir les infections ombilicales et la mortalité néonatale dans les pays en voie de développement.  

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Un antiseptique contre la mortalité infantile dans les pays en développement
Un antiseptique contre la mortalité infantile dans les pays en développement

Le geste, dans les maternités françaises, est banal : le désinfection du cordon ombilical par un antiseptique est systématique. Mais dans les pays pauvres, la situation est toute autre. Ces pays présentent les taux de mortalité néonatale les plus élevés au monde. La mortalité dans le premier mois est due, dans 30 à 50 % des cas, à des infections. Et le cordon ombilical est la porte d'entrée majoritaire de ces infections.

En matière de recommandation du soin du cordon, force est de constater que l'OMS n'est pas très précise. L'organisation préconise des soins du cordon "à sec", c'est-à-dire sans application de liquide, et spécifie qu'en cas de "conditions d'hygiène défavorables", "il peut être prudent" d'utiliser un antiseptique, sans toutefois préciser lequel.

Essais avec la chlorhexidine

En 2006, un essai a été mené avec un antiseptique très répandu dans nos pays : la chlorhexidine. Et les résultats de cet essai ont été probants. Il a démontré la grande efficacité de l'application du produit, par rapport aux soins habituels "à sec" ou avec de l'eau et du savon, sur la prévention des infections et de la mortalité. En effet, une à sept applications de chlorhexidine à 4 % au niveau du cordon ombilical durant les dix premiers jours de vie a permis de réduire les risque d'infections ombilicales de 32 à 75 % (selon la définition retenue) et surtout de 34 % la mortalité si le traitement est commencé dès le premier jour.

Suite à cette publication, des experts avaient demandé de études supplémentaires pour confirmer ces résultats. Deux nouvelles études ont donc été menées au Bangladesh et au Pakistan. Malgré une méthodologie différente, elles aboutissent aux mêmes conclusions.

Au Bangladesh , sur 30 000 naissances vivantes en milieu rural bengali, une application de chlorhexidine à 4 % le plus tôt possible après la naissance a permis de diminuer le risque d'infection ombilicale et la mortalité néonatale de 20 % par rapport à des soins "à sec". Même conclusion au Pakistan, où sur près de 10 000 naissances, l'utilisation de chlorhexidine répétées pendant 14 jours s'est avérée plus efficace que la délivrance de conseils sur le lavage des mains et les soins classiques : une diminution de 42 % des signes d'infection locale et de 38 % de la mortalité néonatale a été constatée.

Efficacité prouvée… et maintenant ?

Les auteurs des études ont réussi à prouver l'efficacité de la chlorhexidine dans la prévention des infections ombilicales et de la mortalité. Ils appellent cependant à de nouvelles études. Mais l'éditorialiste du Lancet, qui publie les résultats de l'étude, n'a pas hésité à prendre position.

Pour David Osrin, il y a en effet urgence, il faut mettre en application ces résultats, et commencer à généraliser l'usage de l'antiseptique dans les zones rurales des pays en voie de développement, et ce sur tous les continents. Une conviction, fort logique, qui malgré l'évidente simplicité du geste, se heurtera certainement, selon lui, au problème de la prévention, de la formation des équipes de soins, et de la sensibilisation des jeunes mamans au problème qui pour nombre d'entre elles accouchent chez elles et ne bénéficient d'aucun suivi post-natal...

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