Progéria : la piste très controversée d'un nouveau traitement

Est-ce la fin d'un cauchemar pour les enfants atteints par la progéria et leur famille ? C'est ce qu'affirme la première étude thérapeutique menée sur des enfants atteints par cette maladie génétique rare. Elle montrerait l'efficacité d'un traitement, initialement développé pour lutter contre les tumeurs cérébrales. Il pourrait ralentir la progression de cette maladie accélérant le vieillissement.

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Progéria : la piste très controversée d'un nouveau traitement
Progéria : la piste très controversée d'un nouveau traitement

Une étude, refusée dans de grands journaux scientifiques, finalement publiée dans un rapport de l'Académie Nationale Américaine des Sciences (PNAS), montrerait l'efficacité d'un inhibiteur d'une enzyme, la farnésyl transférase (FTI), appelé lonafarnib, dans le traitement de la progéria.

Menée sur vingt-six patients à l'hôpital pédiatrique de Boston, l'étude est "une incroyable première étape" selon Leslie Gordon, directrice de la fondation pour la recherche sur la progéria, mais aussi médecin et mère de Sam, atteint par la maladie.

Une diminution du risque d'infarctus et d'AVC ?

La progéria, aussi appelée syndrome de Hutchinson-Gilford, est une maladie génétique rarissime (une centaine de cas dans le monde) et jusqu'à présent incurable, caractérisée par un vieillissement prématuré débutant dès la période néonatale. Les enfants atteints présentent une alopécie, une peau fine et leur stature ne connaît qu'une croissance lente. Leurs capacités cognitives ne sont en revanche nullement altérées. Ainsi à 10 ans, ces enfants auront l'apparence d'un vieillard. Les patients décèdent précocement, vers 12-13 ans, d'infarctus du myocarde ou d'AVC.

Dans le cadre de cette étude de deux ans, vingt-cinq enfants venus du monde entier (soit selon les auteurs 75 % des enfants atteints au moment du début de l'étude de la progéria) ont reçu le FTI. Neuf d'entre eux ont présenté une augmentation de leur poids de près de 0,5 kg par année, soit une prise pondérale que les auteurs affirment être significative car augmentée de 50% par rapport à la prise de poids attendue sans traitement. Les seize autres n'ont pas présenté de prise pondérale significative ou ont perdu du poids. Mais surtout, les artères de dix-huit d'entre eux présentaient moins de thrombose et moins de rigidité, laissant espérer une diminution du risque d'infarctus du myocarde et d'AVC.

Des résultats controversés

Des résultats qui sont pourtant loin de faire l'unanimité. De nombreuses voix s'élèvent pour faire la lumière sur les approximations dont souffre l'étude.

Pour le Pr. Nicolas Lévy, médecin et chercheur à l'Inserm (Université de la Méditerranée), dont l'équipe a découvert le gène de la progéria en 2003 : "les résultats et la manière de les présenter sont critiquables". Il ajoute : "la prise pondérale sous FTI est présentée comme augmentée de 50 % par rapport à la prise de poids attendue chez un enfant non traité. Pourtant, une étude publiée dans Pediatrics en 2007 par les mêmes auteurs, montrait que la courbe pondérale d'un enfant atteint, mais non traité, était exactement du même ordre."

De plus, souligne-t-il : "la molécule utilisée, en plus d'être hautement toxique notamment sur le système digestif, n'a jamais montré son action sur la diminution de la quantité de protéine toxique dans la progéria. Au contraire, nous avons pu démontrer qu'une voie de toxicité alternative était activée en présence de cette molécule". Il concède à l'étude "des résultats intéressants sur le système cardio-vasculaire".

L'étude sur le lonafarnib s'est arrêtée en 2010. L'équipe de chercheurs, menée par Leslie Gordon, suit maintenant des enfants traités, certes par lonafarnib, mais dans un contexte de trithérapie incluant deux molécules identifiées par l'équipe de Nicolas Lévy et de Carlos Lopez-Otin (Oviedo, Espagne). Ces deux molécules en combinaison, sont en cours d'utilisation dans un essai conduit par le Pr. Lévy et son équipe, qui devraient publier ses premiers résultats en fin d'année.

Enfin, que penser des nombreux refus de publication de l'article dans de grands journaux scientifiques ? Et finalement de sa parution dans un journal dont un des membres les plus influents, Francis Collins, directeur du NIH (National Institute for Health) et collaborateur des études américaines sur la progéria avec Leslie Gordon, a été l'éditeur pré-arrangé ?

Les auteurs de l'étude et Nicolas Lévy s'accordent sur la nécessité de réalisation d'études supplémentaires pour enfin trouver un traitement à cette maladie qui reste à ce jour incurable. Pour Nicolas Lévy, le pire serait l'impossibilité de comparer des approches thérapeutiques ayant démontré un bénéfice à partir de modèles cellulaires et vivants. Ce risque est réel si, à l'issue du battage médiatique sans précédent organisé par la Progeria Research Foundation, et malgré les réserves de chercheurs de plus en plus nombreux, la totalité des enfants atteints de progéria finissait par être enrôlée dans un essai unique à Boston.

Sources :
- Clinical trial of a farnesyltransferase inhibitor in children with Hutchinson–Gilford progeria syndrome, The National Academy of Sciences of the United States of America, 24 septembre 2012.
- Disease progression in Hutchinson-Gilford progeria syndrome: impact on growth and development, Pediactrics, octobre 2007


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