La privation de sommeil peut-elle entraîner la mort ?

"Mourir de fatigue", l'expression est courante. Peut-on mourir d'épuisement, faute de sommeil ? Le décès d'un jeune stagiaire de la Bank of America, à Londres, retrouvé mort dans son appartement après avoir travaillé pendant trois jours consécutifs sans dormir, laisse planer le doute. Les explications avec le Dr Sylvie Royant-Parola et le Dr Bertrand Lapergue.

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La privation de sommeil peut-elle entraîner la mort ?
La privation de sommeil peut-elle entraîner la mort ?

Un tiers de notre vie est consacré au sommeil, un phénomène naturel et indispensable à notre bien-être. La durée de sommeil optimale, pour récupérer nos capacités psychiques et physiques, est entre 6 heures et 8 heures par nuit. Elle est généralement revue à la baisse en fonction du mode de vie. Une dette de sommeil peut alors entraîner des conséquences graves. Ce fut la tragique expérience du stagiaire allemand, Moritz Erhardt. Le jeune homme, qui travaillait dans les bureaux londoniens de la Bank of America, s'est privé de sommeil durant trois jours pour suivre le rythme de travail soutenu. Après quoi, il est mort.

"Mourir de sommeil" serait-il possible ?

Notre spécialiste du sommeil, le Dr Sylvie Royant-Parola, explique qu'"on ne meurt pas de sommeil. Même après trois jours d'éveil". Elle souligne que la privation de sommeil n'entraîne pas la mort en soi, "sauf, si le sujet souffre d'une pathologie cardiaque ou neurologique". Un avis qui est partagé par le Dr Bertrand Lapergue, neurologue à l'hôpital Foch, en région parisienne, confirmant qu'"on ne peut pas mourir d'une dette de sommeil sans une autre maladie associée".

En effet, Moritz Erhardt souffrait d'épilepsie. Une des hypothèses qui entourent la mort du jeune homme repose sur le fait que "la forte quantité de stress qu'il subissait dans son travail, aurait pu provoquer une crise d'épilepsie qui lui aurait été fatale", suppose le Dr Sylvie Royant-Parola. Selon le neurologue aussi, "la dette de sommeil est un facteur de risque d'épilepsie". Néanmoins, il reste prudent quant à la possibilité que la crise d'épilepsie soit la cause du décès. "On ne peut pas conclure directement chez ce patient que la dette de sommeil est responsable du décès via une épilepsie", tempère-t-il. Il considère que seule une autopsie pourra déterminée les vraies raisons du décès du jeune stagiaire. Le neurologue soulève tout de même qu'"une prise de toxique doit être évoquée ce qui pourrait causer des troubles du rythme cardiaque mortel ou épilepsie".

Les effets délétères du stress

"La privation de sommeil est délétère pour l'organisme", affirme Sylvie Royant-Parola. En effet, plusieurs études ont été menées pour évaluer les risques liés au manque de sommeil. Il pourrait être à l'origine de maladies cardiovasculaires, d'obésité ou encore d'anxiété. Le stress étant l'une des causes récurrentes des troubles du sommeil.

Considéré comme étant le mal du siècle, le stress n'est pourtant pas une chose mauvaise pour le corps. Au contraire, c'est une réaction naturelle du corps qui nous permet de faire face à une situation menaçante. Le corps libère alors des hormones du stress dont l'adrénaline et le cortisol. L'organisme est en alerte et sous tension. Il répond alors plus vite. Mais il devient problématique lorsque la situation de stress se prolonge dans le temps, ce qui est le cas dans le milieu du travail, entraînant des effets néfastes sur la santé. Le phénomène se manifeste par des symptôme physiques (douleurs, troubles du sommeil…), émotionnels (angoisse, tristesse…), intellectuels (difficultés de concentration, oublis…) et comportementaux (isolement social, comportements agressifs et violents…).

Selon les chiffres de l'Institut National du Sommeil et de la Vigilance, 22% des salariés européens se disent souffrir de stress au travail. L'environnement socio-économique de l'entreprise impose souvent des exigences de plus en plus grandes auxquelles les salariés doivent répondre. L'entreprise devient un lieu où "tout se passe comme si […], on devient un super homme où l'on est plus qu'un cerveau, et où l'on a plus de corps. On oublie son corps complètement. Les gens oublient de dormir et le sommeil n'est plus important", constate Isabelle Méténier, psychologue et coach professionnel.

Le stress agit donc sur différentes fonctions physiologiques qui maintiennent en éveil. Des difficultés d'endormissement associées à une dette de sommeil non réparateur entraînent une insomnie aiguë qui évolue vers dess insomnies chroniques.

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