Cancer : quel rôle pour les médecines complémentaires ?

Sophrologie, acupuncture, hypnose, homéopathie... Les patients atteints d'un cancer sont aujourd'hui de plus en plus nombreux à recourir aux médecines complémentaires pour accompagner leur traitement du cancer. Le professeur Simon Schraub, cancérologue, nous donne son sentiment sur cette tendance.

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Cancer : quel rôle pour les médecines complémentaires ?
Cancer : quel rôle pour les médecines complémentaires ?
  • Le recours aux médecines complémentaires n'est plus une démarche marginale…

Pr. Simon Schraub : "En effet c'est aujourd'hui une pratique très répandue. Dans une enquête menée entre 2005 et 2008 auprès de 244 patients, on a fait apparaître que près de 30 % des malades traités en ambulatoire par chimiothérapie utilisaient au moins une forme de traitement complémentaire ou alternatif. Et cette tendance, on la retrouve dans toutes les études, avec des chiffres qui grimpent parfois à 40 %, voire 50 %."

  • Quelles sont parmi ces médecines non conventionnelles, celles qui rencontrent le plus de succès ?

Pr. Simon Schraub : "Dans notre cas, à Strasbourg, l'homéopathie représente les deux tiers. Derrière arrivent les régimes alimentaires, puis la phytothérapie, les injections de gui, et l'acupuncture."

  • Qu'en attendent vraiment les patients ?

 Pr. Simon Schraub : "La plupart des patients espèrent renforcer les défenses de l'organisme. Mais près d'un sur trois pense pouvoir traiter le cancer lui-même avec ces médecines. Pourtant rien dans ce sens n'a été prouvé à ce jour."

  • Est-ce à dire qu'ils n'ont pas confiance dans les traitements habituels ?

Pr. Simon Schraub : "Ils veulent se sentir actifs et non passifs face à la maladie. Ne pas faire que subir, aussi bien les symptômes que les effets secondaires liés aux traitements. C'est une des raisons pour lesquelles ils se dirigent vers ces pratiques."

  • Que valent vraiment ces médecines complémentaires ?

Pr. Simon Schraub : "Pour beaucoup d'entre elles, nous sommes tentés de croire qu'il y a un fort effet placebo. Il n'y a pas de preuves de l'efficacité d'une médecine complémentaire d'un point de vue objectif. Cela ne veut pas dire qu'il faut les dénigrer. Près de 50 % des personnes sondées leur reconnaissent une efficacité subjective, et constatent une amélioration de l'état général et une diminution des symptômes. Placebo ou pas, il existe une satisfaction des malades."

  • Vous évoquez un effet placebo. Est-ce l'unique facteur de satisfaction ?

Pr. Simon Schraub : "Il reste beaucoup de choses à prouver. Mais peut-être existe-t-il des effets qu'on n'a pas encore prouvés et qui le seront bientôt. La recherche en matière de subjectivité ou d'objectivité de l'efficacité nécessitera des méthodologies très pointues." Ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui, la majorité des prescripteurs sont des médecins, là où il y a quelques années, c'était l'affaire de naturopathes non médecins ou de rebouteux."

  • Du coup, selon quels critères les patients peuvent-ils faire confiance à quelqu'un qui les oriente vers une médecine complémentaire ?

Pr. Simon Schraub : "Ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui, la majorité des prescripteurs sont des médecins, là où il y a quelques années, c'était l'affaire de naturopathes non médecins ou de rebouteux. Concrètement, on reconnaît un charlatan à ce qu'il propose un traitement guérissant le cancer et de plus, à un prix très élevé. Son but est de gagner de l'argent sur le désespoir et la crédulité des malades ou des familles qui ne veulent avoir ni remord, ni regret."

  • Y a-t-il aujourd'hui des médecines complémentaires validées ?

Pr. Simon Schraub : "L'acupuncture a été validée dans la prévention des nausées et vomissements induits par la chimiothérapie. Les méthodes de sophrologie et relaxation ont fait l'objet d'études montrant un certain bénéfice subjectif mais on ne peut pas affirmer que l'amélioration soit due à la technique elle-même, davantage qu'au fait qu'on se soit occupé du malade. Il y a quelques années, une étude avait même montré qu'une psychothérapie augmentait la survie d'un groupe de patientes atteintes d'un cancer du sein avancé. Malheureusement cette étude n'a pas été confirmée."

 

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