Quand faut-il consulter un dermatologue pour ses grains de beauté ?

Surveillez-vous vos grains de beauté ? Dans un contexte de pénurie de dermatologues, connaître les bons réflexes est plus que jamais nécessaire. On en parle avec la Dre Catherine Oliveres-Ghouti, dermatologue.

Julie Zulian

Par Julie Zulian

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En France, 16 millions de personnes souffrent d'une maladie de peau

Allodocteurs.fr - Studio TF1

Chaque année, plus de 100 000 cancers de la peau sont détectés en France. La cause principale reste l'exposition excessive au soleil et aux rayons UV, même si d’autres facteurs peuvent entrer en jeu. Mais ce chiffre a triplé en 30 ans. Comment l'expliquer ? La réponse est assez simple, d'après la Dre Catherine Oliveres-Ghouti, dermatologue et membre du SNDV (Syndicat National des Dermatologues-Vénéréologues).

"Les premières crèmes solaires modernes (c’est-à-dire qui protègent bien du soleil) datent de 1974. Le problème, c’est qu’elles étaient assez désagréables à mettre sur la peau, avec un effet blanc. Donc pendant longtemps, beaucoup de personnes ne se sont pas protégées et se sont fait frire au soleil", explique-t-elle.

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Différencier carcinomes et mélanomes

Il existe deux types de cancers de la peau. Les plus fréquents sont les carcinomes, qui représentent 90% d’entre eux. Ils sont généralement peu agressifs et menacent rarement le pronostic vital. Ils nécessitent tout de même une surveillance attentive et peuvent être retirés en cabinet. "97% des cancers cutanés sont enlevés de manière locale au sein du cabinet du dermatologue", rappelle la Dre Catherine Oliveres-Ghouti. Les carcinomes peuvent revêtir l'aspect d'une lésion ou d'une plaque sur la peau.

Les mélanomes, ensuite, sont plus dangereux. Ils sont favorisés par les coups de soleil violents. L'exposition au soleil stimule les mélanocytes, les cellules présentes à la base de l'épiderme, la couche superficielle de la peau. Elles produisent alors de la mélanine. Mais quand l'exposition solaire devient trop intense, certaines de ces cellules peuvent devenir anormales. Elles se divisent de façon anarchique : c'est le mélanome. Dans 20% des cas, il se développe à partir d’un grain de beauté.

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À quelle fréquence faut-il consulter son dermato?

Face à cette situation, le réflexe est de vouloir consulter régulièrement. Pourtant, ce n’est pas toujours nécessaire. Particulièrement dans une situation de pénurie de dermatologues, dont le nombre a considérablement baissé en dix ans. En France, 2 880 praticiens de cette spécialité étaient actifs en 2025 contre 3 546 en 2015. 

Et cette baisse va se poursuivre sur les prochaines années. "On comptait seulement 10internes en dermatologie en 2024. Le problème, c’est que la moitié des dermatologues ont aujourd'hui plus de 60 ans et vont bientôt partir à la retraite, avec le risque de ne pas pouvoir être remplacés", renchérit la Dre Catherine Oliveres-Ghouti.

Si vous n'êtes pas une personne à risque, "pas besoin de consulter pour ses grains de beauté une fois par an"nous assure la dermatologue. Elle ajoute : "Ce n’est pas du tout nécessaire pour les enfants, en revanche, il faut surveiller à partir de la puberté, pour les filles, à partir de 14 ans et pour les garçons, à partir de 15-16 ans parce que des grains de beauté peuvent apparaître durant les épisodes hormonaux."

Qui sont les personnes à risque ?

En revanche, ce n’est pas la même chose pour les personnes à risque, qui doivent redoubler de vigilance. Voici les critères à connaître pour savoir si vous êtes à risque : 

  • Vous avez la peau très claire et bronzez difficilement.
  • Vous avez plus de 50 grains de beauté. 
  • Vous avez des antécédent de coups de soleil importants, surtout durant l'enfance.
  • Vous avez des antécédents familiaux. Si 90% des mélanomes sont dus au soleil, on sait que 10% sont dus à des antécédents familiaux.
  • Vous avez fréquenté ou vous fréquentez des cabines à UV (qui n’améliorent pas le capital soleil et augmentent le risque cancérigène).

Dans ces situations, la fréquence de consultation est à déterminer avec le dermatologue. Par exemple, les personnes qui ont déjà eu un carcinome ou un mélanome feront l'objet d'une surveillance accrue, "parce qu'elles ont 50% de risque d'en avoir un deuxième", illustre la Dre Catherine Oliveres-Ghouti.

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Comment bien surveiller ses grains de beauté ?

Entre chaque rendez-vous chez le dermatologue, quelle que soit leur fréquence, vous pouvez surveiller vous-mêmes vos grains de beauté grâce à la méthode ABCDE. Celle-ci a été mise en place il y a plusieurs années par les dermatologues, et permet de bien surveiller ses grains de beauté. Elle consiste à repérer les grains de beauté qui répondent aux critères suivants :

  • A comme Asymétrie : un grain de beauté de forme ni ronde, ni ovale, aux reliefs irréguliers.
  • B comme Bords irréguliers : déchiquetés, mal délimités. 
  • C comme Couleur non homogène : si le noir cohabite avec le rouge, le blanc, le marron, le bleu... 
  • D comme Diamètre, si la surface d'un grain de beauté augmente.
  • E comme Évolution rapide.

"Ce qu’il faut bien retenir c’est que tous les grains de beauté bicolores ne sont pas méchants par exemple, surtout si vous l’avez toujours vu. Le critère le plus important c’est l’évolution. Et aussi le 'vilain petit canard', c’est-à-dire celui qui ne ressemble pas aux autres", conseille la Dre Catherine Oliveres-Ghouti. 

N'hésitez pas à demander conseil à votre médecin traitant

Si vous constatez un grain de beauté à l'aspect inhabituel, il peut être néanmoins très difficile de décrocher un rendez-vous en raison de la baisse du nombre de praticiens. Certains départements français, comme la Lozère et la Nièvre, ne comptent d'ailleurs plus qu'un seul dermatologue. Et pour certaines populations à risque, notamment les personnes âgées isolées, demander l'assistance d'un professionnel de santé, comme un infirmier, peut être un bon réflexe pour étudier des zones comme l'arrière de la nuque ou le dos.

"Dans les zones rurales, une infirmière peut alerter un médecin, notamment pour les personnes âgées qui sont isolées. Il ne faut pas hésiter à créer un réseau entre les professions paramédicales éduquées, le médecin traitant et le dermatologue", plaide la Dre Catherine Oliveres-Ghouti. Dans le cas où consulter un dermatologue n'est pas possible, avoir recours à une télé-expertise chez son médecin traitant permet aussi d'obtenir l'avis d'un dermatologue à distance sur une lésion qui peut être à risque.