Votre enfant a vu Squid Game ? Pas d'inquiétude !

Déconseillée au moins de 16 ans, la série de Netflix affole les cours de récréation et tracasse les parents. “Pour les ados, la violence de la série n’est pourtant pas là où on l’attend”, selon le psychologue Michaël Stora.

Mathis Thomas
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Image d'illustration.
Image d'illustration.  —  © David Esser / Shutterstock.com

Un mois après son lancement, Squid Game n’a toujours pas fini de jouer avec l’actualité. La sortie de Jean-Michel Blanquer, mardi 19 octobre sur LCI, appelant les plateformes et les parents à prendre leurs responsabilités, a replacé le débat autour de l’accès des contenus violents à un jeune public.

La série sud-coréenne, véritable phénomène de société, continue d’inquiéter bon nombre de parents, qu’ils aient eu le courage de regarder la série jusqu’au bout ou non. Car leurs ados peuvent désormais facilement profiter de ce genre de séries et de films, initialement réservés “aux grands” sur Netflix, Amazon Prime ou OCS. 

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"Les ados comprennent qu'il s'agit de fiction"

Michaël Stora, psychologue et auteur de plusieurs ouvrages sur la question des écrans et des jeux vidéo, balaie ces craintes. “Ce sont les considérations de générations qui ne comprennent pas que la plupart des adolescents ont la capacité d’assimiler qu’il s’agit de fiction.

Même si la série met en scène des jeux d’enfants mortels, comme le 1,2,3 soleil, les adolescents comprennent que c'est une oeuvre fictive”, atteste le psychanalyste. “Il est clair pour eux que tuer n’est pas jouer.” 

Les très médiatiques cas "d'enfants qui n'arrivent plus à faire la distinction entre fiction et réalité ne sont pas uniquement le fait des jeux ou des séries", précise-t-il. "Ce sont des jeunes avec des problématiques psychopathologiques lourdes, qui sont largement à l'origine de leur distorsion de la réalité."

Squid Game comme support de cours à l'école ?

Là où la plupart de ses collègues parlent “de craintes, et de principes de précaution à appliquer pour endiguer la violence dans les cours de recréation”, Michaël Stora préfère mettre en avant “le message porté par la série, une métaphore autour du gain et de l’échec.” Il ne serait d'ailleurs pas contre l'idée que le show de Netflix soit présenté dans les écoles, “comme support de discussion sur la société, pour mettre des mots sur la série et sa violence.

Quid alors d’une potentielle interdiction de la série aux moins de 16 ans, en lieu et place de la simple recommandation mise en place pour le moment ? “Plus les adultes vont diaboliser un produit culturel, plus les ados vont adorer”, souligne le psychologue. “Toutes ces polémiques en font un outil transgressif.

La violence de Squid Game ne doit donc pas effrayer les parents. Au contraire, "ils doivent accompagner l'enfant dans la découverte de ce genre de contenu", conseille Michaël Stora. "Proposer de regarder ensemble la série permet à l'enfant d'être dans un environnement plus sain, et de mieux assimiler ce qu'il vient de regarder."

Avant Squid Game, les Trois Mousquetaires...

La culture comme outil de contestation, proscrit par les générations précédentes, est un phénomène loin d’être récent, rappelle Michaël Stora. “En 1844, après la publication des Trois Mousquetaires par Alexandre Dumas, le livre a été interdit. La censure avait peur que le roman n’incite les plus jeunes à se battre en duel. On a retrouvé le même schéma plus récemment avec le rock’n’roll, la bande dessinée puis les jeux vidéo.

Au psychologue d’ajouter que le succès de Squid Game n’est pas uniquement dû à la violence omniprésente de la production. “Les enfants peuvent toujours trouver plus violent ou plus choquant sur Internet”, précise t-il. “Le succès auprès du jeune public vient surtout de ce que dit la série. Une réalité qui peut également être très violente.