Le ras-le-bol des accompagnants d'élèves en situation de handicap

Les accompagnants d’élèves en situation de handicap protestent, ce mardi 19 octobre, contre la précarité et la dégradation de leurs conditions de travail. “Travail déshumanisant”, “mise à la marge” et "déconsidération", une AESH nous confie sa détresse.

Mathis Thomas
Rédigé le , mis à jour le
Le ras-le-bol des accompagnants d'élèves en situation de handicap

Des années de lutte, pour un salaire toujours en dessous du seuil de pauvreté. Ce mardi, dans plus de 80 villes de France, les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) se réunissent pour protester contre le “traitement aberrant” imposé à la profession.

Dalila est AESH dans des quartiers difficiles de Marseille depuis 2018. “La grande majorité des AESH travaillent 24 heures par semaine, et sont totalement déconsidérés par leur hiérarchie. Les salaires sont minimes (ndlr : environ 760 euros), et nous n’avons pas pu avoir accès à la prime distribuée aux enseignants après la pandémie, étant donné que nous ne sommes pas fonctionnaires”. 

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125 500 AESH pour 400 000 élèves en situation de handicap

A la rentrée, on comptait 125 500 AESH. Selon les chiffres du ministère de l'Education Nationale, c'est 35% de plus en 5 ans. Mais cela reste insuffisant. Plus de 400 000 élèves en situation de handicap sont scolarisés dans les écoles et établissements. 

Anciennement appelés auxiliaires de vie scolaire (AVS), cette profession à “90% féminine”, est “en grande précarité” mais “indispensable à la vie des écoles” souligne à l'AFP Guislaine David, secrétaire générale du Snuipp-FSU, premier syndicat du primaire.

Dalila ne considère pas sa profession comme un véritable “métier”. Les AESH sont “mises à la marge par les rectorats, les directeurs et d’écoles et même les maîtresses dans certains cas”. Dalila et ses collègues subissent également la colère des parents. "Nous sommes constamment en première ligne. Face aux enfants, face aux parents et face aux maîtresses. Nous avons toujours le mauvais rôle."

Des conditions de travail difficiles

La situation s’est dégradée en 2019 avec la création des PIAL, les pôles inclusifs d'accompagnement localisés, en 2019. Dalila en a fait les frais. “Nous avons désormais plusieurs enfants à charge, par secteur, et non plus par classe, sans avoir reçu la formation nécessaire. Il arrive parfois d’être prévenu le matin même d’un changement d’affectation”. 

Les contrats renouvelables imposés à la majorité des AESH sont également largement critiqués. “On a des contrats de 3 ans et à la moindre contestation, on peut perdre notre travail". Aujourd'hui, Dalila ne fait pas grève. "La plupart d’entre nous ne vont pas sortir dans les rues, par peur d’avoir des retours négatifs de leurs supérieurs”.

Le ministère a mis en place une grille indiciaire rénovée pour leurs rémunérations, mais "largement insuffisante" selon les syndicats. Il a aussi annoncé la création de 4 000 nouveaux emplois d'AESH pour la rentrée 2022, mais là aussi, cette mesure est jugée bien en-deçà des besoins.

"Je me sentais pourtant investie d'une mission envers ces enfants"

Ce plan d’emploi ne prend pas en compte les départs d’AESH. Dalila a pris sa décision. Découragée, la cinquantenaire, va bientôt changer de voie. "Ce travail est déshumanisant. Je me sentais pourtant investie d'une mission envers ces enfants, c'est ce qui m'a fait tenir le coup jusqu'ici."