Pénurie de corticoïdes : des médecins tirent la sonnette d'alarme

Face à des ruptures de stock de corticoïdes qui s'aggravent, les médecins s'inquiètent. Une pétition adressée à la ministre de la Santé a été lancée ce mercredi 22 mai.

La rédaction d'Allo Docteurs
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Rédigé le , mis à jour le
Le manque de disponibilité des corticoïdes serait tel que la plupart des pharmacies n'en auraient plus dans les tiroirs.
Le manque de disponibilité des corticoïdes serait tel que la plupart des pharmacies n'en auraient plus dans les tiroirs.

De mémoire de médecin rhumatologue, le Pr Francis Berenbaum, chef du service de rhumatologie de l'Hôpital Saint-Antoine à Paris, n’a “jamais vu ça”. Depuis plusieurs semaines maintenant, l'approvisionnement en médicaments corticoïdes, sous toutes leurs formes, connaît en France de graves tensions. Les rhumatologues avaient dû faire face il y a quelques années à un manque de corticoïdes, mais uniquement sous forme injectable.

Pour le Pr Berenbaum, trop c’est trop : il a lancé ce matin une pétition adressée à Agnès Buzyn, ministre de la Santé, pour lancer un cri d’alarme contre la “pénurie invraisemblable [ qui ] s'est installée dans notre pays, que ce soit pour les corticoïdes oraux ou pour les infiltrations”.

Le Syndicat National des Médecins Rhumatologues a aussi réagi sur twitter, ainsi que des médecins généralistes.

 

“Le Syndicat National des Médecins Rhumatologues et la Société Française de Rhumatologie vont envoyer d’un jour à l’autre un courrier aux différentes instances”, ajoute le Dr Berenbaum.

Les corticoïdes, une classe médicamenteuses indispensable

“La cortisone est le traitement de base pour de nombreux patients avec des maladies inflammatoires de toutes sortes, dont certaines peuvent être graves, rappelle le rhumatologue. En infiltration, par exemple, c’est le seul produit dont l’efficacité a été démontrée pour traiter un grand nombre de maladies articulaires et tendineuses.“

A en croire le médecin, le manque de disponibilité des corticoïdes est tel que la plupart des pharmacies n'en ont plus dans les tiroirs. "Certains patients sont obligés de faire dix pharmacies pour trouver leurs comprimés. Les ruptures de stock sont de plus en plus profondes et elles concernent tous les corticoïdes : prednisone, prednisolone, produits pour infiltration...Cela fait boule de neige, car quand un médicament n'est plus disponible, tout le monde se reporte sur un autre."

L’ANSM et les industriels autour de la table

Confrontée au problème grandissant de la pénurie, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a annoncé mi-mai dans un point d’information avoir mobilisé les industriels pour trouver des solutions permettant d’assurer l’approvisionnement des médicaments à base de prednisone  et de prednisolone. A noter que l’Agence du médicament n’y fait référence qu'à ces seules molécules, et aux formes orales exclusivement, alors que le problème semble avoir gagné toutes les formes d’administration.

Lors de cette réunion, les industriels se seraient engagés à procéder, dans les meilleurs délais, à des importations de spécialités équivalentes à base de prednisone et prednisolone afin d’éviter toute rupture de stock et prévenir d’éventuelles nouvelles tensions d’approvisionnement. L’origine des difficultés d’approvisionnement est, toujours selon les industriels consultés, principalement liée à des retards pris dans la production des spécialités, en particulier à l’étape de leur fabrication.

Le Pr Berenbaum a, lui, une lecture un peu différente des causes du problème. “Les corticoïdes, ce sont des médicaments qui ne coûtent rien : les laboratoires qui les commercialisent n’ont pas un grand intérêt à investir pour qu’il y ait un suivi et un réapprovisionnement rapide de ces spécialités”, avance-t-il.

Des recommandations de l’ANSM jugées déconnectées des réalités

Dans son communiqué, l’ANSM demande aux médecins de limiter l'utilisation des spécialités en tension aux situations où elles sont médicalement indispensables et sans alternatives. Une recommandation qui, pour le rhumatologue, relève du non-sens. “Les corticoïdes sont le traitement de base ! C’est comme demander à des gens ne plus consommer d’eau pour que les autres puissent boire, s’agace-t-il. On s'achemine vers une vraie catastrophe”.

L'ANSM, elle, se veut rassurante. Elle assure que du côté des industriels les signaux sont au vert et que la situation devrait revenir à la normale dans les semaines à venir.