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Obligation vaccinale : "Certains EHPAD n’auront plus assez de personnel pour s’occuper des résidents"

Les salariés des EHPAD devront être vaccinés contre le Covid au plus tard le 15 septembre. Les non-vaccinés, eux, devront quitter leur poste. Une situation qui pourrait fragiliser un secteur déjà en sous-effectif chronique.

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"Une collègue a déjà perdu onze personnes, soit un quart de son effectif. Elle sait que dans les prochains jours, d’autres vont démissionner", raconte Eric Lacoudre, directeur d’EHPAD et correspondant de l’Association des Directeurs au services des Personnes Agées (AD-PA) en Haute-Savoie. 

Les EHPAD de ce département estiment que 15% du personnel refuse de se faire vacciner, ajoute Eric Lacoudre. Ces 15% devraient donc s’arrêter de travailler le 15 septembre. "Certains EHPAD ne savent pas comment continuer, car ils n’auront plus assez de personnel pour s’occuper des résidents !" ajoute M. Lacoudre. 

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Aucune région épargnée

Le risque en Haute-Savoie est le même qu’ailleurs en France, selon Romain Gizolme, directeur de l’AD-PA. Selon Santé Publique France, 88,9% des personnels d’Etablissements d’Hébergement pour Personnes Agées (EHPAD) et d’Unité de Soins Longue Durée (USLD) avaient reçu une première dose de vaccin au 9 septembre. 

Cela signifie qu’au niveau national, 10% des professionnels pourraient ne toujours pas avoir reçu de vaccin le 15. Pour M. Gizolme, c’est inquiétant : "Au-delà des statistiques, s’il y a deux infirmières dans un EHPAD et que l’une d’elle refuse de se faire vacciner, on se retrouve concrètement avec le départ de la moitié du personnel."

Une seule soignante peut prendre en charge dix patients, complète M. Lacoudre. S’il manque du personnel, l’EHPAD sera obligé de prioriser les activités essentielles. Le personnel aura donc bien moins de temps pour le ménage ou les activités avec les personnes âgées. "Or, pendant la crise sanitaire, les personnes âgées ont souffert de l’isolement", rappelle M. Gizolme. 

Remplacements impossibles

Avant même l’obligation vaccinale, les EHPAD peinaient à recruter. "Notre secteur est très peu attractif", décrit Romain Gizolme. "Depuis plusieurs décennies, il n’y a pas assez d’investissements. Selon l’Assurance Maladie, c’est celui où il y a le plus d’arrêts maladie et d’accidents du travail", ajoute le directeur de l’AD-PA. 

Les agences d’intérim essayaient de pallier le manque de personnel avant l’obligation vaccinale, mais aujourd’hui elles ne trouvent plus de professionnels à proposer, d’après le directeur de l’AD-PA.  

"Ceux qui restent vont se fatiguer"

Pour Eric Lacoudre, la diminution des personnels risque de rendre encore plus difficile le travail des salariés vaccinés. "Le risque est majeur, car ceux qui restent vont se fatiguer, baisser les bras, se blesser. On a déjà vécu ce type de cercle vicieux ! prévient-il. Les EHPAD vont avoir du mal à se relever de cette crise.

Pour ces deux responsables de l’AD-PA, la vaccination a sauvé des résidents et des soignants. "On a perdu vingt résidents en début de Covid, raconte Eric Lacoudre. Grâce à la vaccination, on a fait disparaître les clusters en EHPAD.

Mais l’obligation vaccinale a empêché les derniers sceptiques de changer d’avis en faveur de la vaccination. "La contrainte a raidi les oppositions et radicalisé les récalcitrants. Il fallait anticiper cela, on savait qu’on se heurterait à ces difficultés", regrette Romain Gizolme.  

Des risques de fermeture ?

Selon Eric Lacoudre, si trop de personnes au sein de l’établissement refusent le vaccin, cela peut mener à la fermeture. "Mais comment fermer un EHPAD de 80 résidents ?" Alors d’après lui, certains établissements de Haute-Savoie ont fait savoir qu’ils ne pourraient pas faire respecter l’obligation vaccinale. 

L’AD-PA appelle le gouvernement à résoudre la problématique. "Nous respectons ses décisions, mais il doit nous aider face aux conséquences, même imprévues, de sa décision", revendique Eric Lacoudre.  

Pour Romain Gizolme, "tout dépend de ce qui se passera le 15". C’est à l’entrée en vigueur de l’obligation vaccinale que les EHPAD prendront la mesure de la gravité de la situation.