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Perturbateurs endocriniens : une menace pour notre santé

Jouets, vernis à ongles, détergents ou encore films alimentaires... Tous ces objets ont un point en commun : ils contiennent des perturbateurs endocriniens. Le terme désigne tout agent chimique interférant avec notre système hormonal et pouvant entraîner cancers, infertilité, retard intellectuel ou encore obésité.

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Perturbateurs endocriniens : une menace pour notre santé
Perturbateurs endocriniens : une menace pour notre santé
Sommaire

Système endocrinien : rôle et fonctionnement

Régis Boxelé et Philippe Charlier expliquent le rôle du système endocrinien

Dans les vêtements, les produits ménagers ou encore les cosmétiques... Les perturbateurs endocriniens sont partout. Les plus connus sont les parabènes, les bisphénols ou encore les phtalates. Les scientifiques s'intéressent de près à ces substances pour comprendre, à long terme, leurs effets sur notre organisme. Risques de malformations génitales, de cancers, de maladies métaboliques, les perturbateurs endocriniens inquiètent et suscitent de nombreuses questions.

Le système endocrinien est l'ensemble des glandes qui synthétisent et libèrent des hormones directement dans le sang. Hormones qui assurent le bon fonctionnement de notre corps. Les glandes endocrines s'organisent en deux grands types. Certaines des glandes endocrines sont sous le contrôle d'un chef d'orchestre, l'hypophyse, qui est elle-même une glande endocrine située dans le cerveau. C'est le cas, par exemple, des ovaires et des testicules. 

Les hormones que ces glandes produisent assurent la croissance et le fonctionnement des organes sexuels. Autre exemple : la thyroïde qui produit des hormones nécessaires notamment à la production d'énergie dans l'organisme. Les autres glandes sont plus autonomes dans leur fonctionnement. C'est le cas, par exemple, des cellules endocrines du pancréas qui produisent l'insuline et le glucagon, des hormones qui régulent le taux de sucre dans le sang.

Le système endocrinien s'autorégule en fonction des besoins. Les perturbateurs endocriniens interfèrent sur le fonctionnement de ce système très complexe avec pour conséquence des troubles de la reproduction, des maladies cardiovasculaires et métaboliques (comme l'obésité et le diabète) ou encore des troubles du comportement...

La substitution des perturbateurs endocriniens

Les substituts des perturbateurs endocriniens sont-ils sans danger ?

Depuis 2011, l'utilisation du bisphénol A est interdite pour la fabrication de biberons en plastique. Et depuis janvier 2015, la France a banni cette substance de toutes les boîtes et bouteilles à usage alimentaire. Mais les substituts utilisés sont-ils pour autant sans danger ?

Des barquettes, des boîtes de conserve ou encore des biberons... Aujourd'hui, plus aucun de ces produits ne contient de bisphénol A. Il a été remplacé par des substituts mais que sait-on de ces composés et de leur toxicité. La réponse est donnée par les laboratoires du CEA, le Centre d'essai atomique.

"Le bisphénol A est un perturbateur endocrinien majeur. On le remplace par des substituts du bisphénol tels que le bisphénol AF, le bisphénol S, le bisphénol AP, le bisphénol F… On a toute une série de bisphénols qui remplacent le bisphénol A et pour lesquels pour l'instant on ne connaît pas la toxicité", explique le Pr René Habert, chercheur en toxicologie de la reproduction au CEA.

Des substituts de bisphénol A qui finalement ne sont rien d'autres que d'autres bisphénols. C'est la raison pour laquelle des chercheurs étudient l'impact de deux de ces substituts, à savoir le bisphénol S et le bisphénol F, sur des cultures de testicules de foetus de souris mais aussi humains.

Une fois sélectionné, chaque fragment de testicule est mis en culture pendant trois jours. "Les fragments de testicule sont cultivés soit dans des conditions témoins, sans perturbateur endocrinien, soit en présence d'un perturbateur endocrinien. Et la comparaison de l'évolution de ces deux types de cultures nous permet de voir l'effet du perturbateur endocrinien sur le développement du testicule", précise le Pr Habert. Et le résultat est sans appel : "Si on ajoute du bisphénol S, on observe aussi bien que pour le bisphénol F, une diminution de la production de testostérone pour la même concentration que pour la concentration de bisphénol A. Il ne suffit pas d'interdire le bisphénol A, il faut aussi se poser la question de savoir par quoi on le remplace", confie le Pr Habert.

Finalement, bisphénol A, S ou F... même combat. Mais l'apport de ces recherches ne s'arrête pas là. Contrairement à ce que l'on pensait, l'impact des bisphénols sur la production de testostérone est bien plus important chez l'homme que chez la souris. Elle chute de près de 40% alors que chez la souris, elle ne baisse que de près de 10% : "Cela signifie que l'humain est plus sensible que la souris et le rat à l'action du bisphénol A en ce qui concerne sa capacité à produire de la testostérone". Des conclusions inquiétantes quand on sait qu'une grande partie de la réglementation européenne se base sur les études faites sur la souris.

Des larves pour traquer les perturbateurs endocriniens

Des larves fluorescentes pour détecter la présence de perturbateurs endocriniens

À la source, l'eau est limpide et claire. Mais au fil des rivières, elle peut être contaminée par des perturbateurs endocriniens. Pour les traquer, une entreprise française utilise un outil pour le moins surprenant : des alevins et des têtards génétiquement modifiés pour devenir fluorescents en présence de polluants.

Dans les aquariums de Watchfrog, se trouvent des poissons en pleine gestation. Leurs oeufs contiennent de futures sentinelles. Exposées à de nombreux produits, ces larves ont une seule mission : donner l'alerte à la moindre présence de perturbateurs hormonaux. "Parmi ces produits, on trouve des résidus de médicaments, des ingrédients qui rentrent dans des préparations cosmétiques, des additifs alimentaires, des produits qui peuvent finalement faire partie de notre quotidien et dont on veut savoir s'ils sont perturbateurs", explique Grégory Lemkine, PDG de Watchfrog.

Chaque semaine, des dizaines de milliers d'oeufs sont produits dans ce laboratoire. Une fois sélectionnés, ils sont mis en culture pendant quelques heures dans un incubateur. Les larves obtenues sont tout à fait normales, seul un bio-indicateur est rajouté pour rendre la larve fluorescente quand elle réagit naturellement aux polluants qui perturbent son équilibre hormonal. Pour cela, les chercheurs utilisent deux types de larves dont les hormones sont similaires à celles de l'homme. Des larves de grenouilles pour les hormones thyroïdiennes et des larves de poissons pour les hormones sexuelles.

Pour vérifier la présence des perturbateurs endocriniens, des tests comparatifs sont réalisés au microscope. Et les résultats sont sans appel. Les différences de fluorescence entre les larves (larves exposées à de l'eau pure versus  larves exposées à une eau polluée par un perturbateur endocrinien) témoignent de l'effet du perturbateur endocrinien, les chercheurs peuvent ainsi quantifier et mesurer l'importance de l'effet perturbateur endocrinien de différents éléments.

Grâce à ce dispositif, les chercheurs peuvent évaluer la pollution en milieu naturel. Toutes les trois heures, les larves sont filmées et ce, pendant plusieurs jours. Cela permet ainsi de voir l'évolution des perturbateurs endocriniens dans le flux de l'eau : "Ce dispositif peut être placé sur site, sur station d'épuration, pour permettre à l'exploitant de surveiller le traitement de l'eau en continu et d'éviter que des micropolluants, des perturbateurs endocriniens se retrouvent dans le milieu récepteur, c'est-à-dire dans la rivière", note Grégory Lemkine.

Si les machines permettent de connaître la présence et la quantité de perturbateurs endocriniens, il faut toutefois faire des analyses complémentaires pour connaître leurs origines. En France, de plus en plus de stations d'épuration d'eau font appel à ces larves sentinelles.

Perturbateurs endocriniens : quel impact sur les bébés ?

L'impact des perturbateurs endocriniens sur le développement des bébés est à l'étude

Les perturbateurs endocriniens, pointés du doigt par les scientifiques, affectent principalement la santé des tout-petits. À Grenoble, une équipe de l'Inserm tente d'en évaluer l'impact sur le développement des bébés.

483 familles participent à une étude de l'Inserm. Cette étude comprend de nombreux paramètres. Les particules fines mais aussi les gaz d'échappement que les futures mamans respirent sont étudiés. Les participants doivent également remplir un cahier par jour sur leurs habitudes alimentaires, ménagères ou encore cosmétiques.

La mère est mise à contribution plusieurs fois au cours de la grossesse, mais l'enfant aussi, de sa naissance jusqu'à ses 3 ans. Mèches de cheveux, premières selles, urines... les nombreux prélèvements biologiques sont congelés.

Les équipes de l'Inserm cherchent dans les prélèvements des traces de bisphénol A désormais interdit, du bisphénol S ou F, du parabène ou encore des phtalates. Au total, plus de vingt substances sont surveillées. "On va extraire des prélèvements, l'ARN et l'ADN, pour voir si l'exposition à certains polluants environnementaux comme les perturbateurs endocriniens peuvent modifier l'expression de certains gènes importants pour le développement et la santé de l'enfant", explique Rémy Slama, épidémiologiste.

Au niveau individuel, il semblerait que les effets des perturbateurs endocriniens soient assez faibles. C'est la raison pour laquelle autant de participants ont été recrutés pour l'étude. En plus des perturbateurs endocriniens, des facteurs génétiques et l'environnement de l'enfant peuvent aussi intervenir dans l'émergence de certaines pathologies.

Perturbateurs endocriniens : des outils pour y voir plus clair

Emma Strack présente quelques outils, en ligne ou sur appli, pour y voir plus clair sur les perturbateurs endocriniens

Emma Strack présente quelques outils, en ligne ou sur appli, pour y voir plus clair sur les perturbateurs endocriniens.

L'alimentation

Les perturbateurs endocriniens se logent dans les additifs, qui peuvent apparaître sous la lettre E, dans la liste des aliments. Mais il n'est pas toujours facile d'y voir clair. D'où l'intérêt de l'application Yuka.

Cette application analyse les produits alimentaires transformés que vous achetez via un scanner de code barre. Vous scannez votre produit (100.000 sont répertoriés dans la base de données) et l'appli décrypte les ingrédients : additifs, perturbateurs endocriniens ou encore valeur nutritionnelle...

Les additifs (les fameux E...) peuvent cacher des substances toxiques. Yuka est donc un bon compagnon pour faire ses courses, d'autant plus que les infos de l'appli sont issues d'une base de données citoyenne. Elle n'est donc pas adossée à une groupe industriel.

Pour les contenants alimentaires, évitez de faire réchauffer un plat dans une barquette en plastique qui pourrait dégager et faire migrer des substances toxiques dans la nourriture. Un récipient en verre est plus sûr.

  • Yuka
    Mangez mieux, faites le bon choix.
     

L'eau

La qualité de l'eau qui coule de nos robinets peut être amoindrie par la présence de perturbateurs endocriniens, malgré toutes les étapes de traitement de l'eau.

Une carte interactive proposée par l'association UFC Que Choisir promet de vous donner le niveau de conformité de l'eau de votre commune sur cinquante contaminants parmi lesquels des pesticides, possiblement perturbateurs endocriniens.

Les produits cosmétiques

Nos produits d'hygiène et de beauté sont concernés par les perturbateurs endocriniens : dentifrice, crème de jour, maquillage… L'appli Clean Beauty vous permet de photographier la liste des ingrédients indiqués sur l'emballage. Elle indique alors si le produit photographié comporte des perturbateurs endocriniens et autres allergènes, les parfums notamment.

Un labo se cache derrière cette appli, mais il s'agit d'un labo indépendant, spécialisé dans la recherche en chimie (cosmétique évidemment), qui travaille avec le CNRS et l'INRA. Il s'agit donc d'un labo sérieux. D'ailleurs, quand l'appli détecte une substance problématique, elle indique la source de l'étude qui en est à l'origine.

  • Clean Beauty
    Appli permettant à chacun de décoder simplement les ingrédients contenus dans ses produits de beauté et d'hygiène mais aussi ceux des enfants

Concernant les cosmétiques, on trouve aussi sur Internet des listes et comparateurs très utiles, comme celui de l'UFC Que Choisir pour les cosmétiques : produits pour bébés, maquillage, déodorants, crèmes hydratantes… L'association répertorie aussi les molécules qui posent problème. Si une de ces molécules est présente dans vos produits cosmétiques, changez-les.

Les produits d'entretien

Avec notre respiration, difficile d'éviter les substances toxiques volatiles issues des produits d'entretien, des peintures et matériaux de nos meubles... Bref, l'air de nos logements est toxique.

Des vidéos sur Internet nous donnent quelques conseils pour nettoyer nos logements en évitant d'être exposés aux substances toxiques. De l'eau, du vinaigre blanc, du bicarbonate de soude, du savon de Marseille, du citron… Il n'en faut pas beaucoup plus pour nettoyer sa maison sans l'arroser de produits toxiques.

On trouve aussi sur la Toile des recettes pour confectionner son liquide vaisselle, son produit à vitres… Si vous n'êtes pas prêts à aller jusque-là, vous pouvez choisir des produits d'entretien labélisés : Ecolabel, Ecocert. De manière générale, mieux vaut préférer les produits bruts, non transformés, les listes d'ingrédients courtes...

Voir aussi sur Allodocteurs.fr

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