Vaccin covid/vaccin VIH : on vous explique pourquoi la comparaison est impossible

Les vaccins anti covid ont été développés à une vitesse inédite. Une prouesse présentée comme suspecte quand elle est comparée à la laborieuse recherche d'un vaccin contre le sida. Pourtant, les deux virus sont très différents. Décryptage.

La rédaction d'AlloDocteurs
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"SIDA, 40 ans -> 0 Vaccin ! COVID, 10 mois -> 9 Vaccins !" Cette remarque partagée des milliers de fois sur les réseaux sociaux a alimenté les nombreuses théories du complot qui planent autour du vaccin contre le covid. Mais attention, cette analogie est trompeuse.

Une comparaison "stupide"

Certes, les vaccins contre le covid ont été développés en des temps records. En moins d’un an, une cinquantaine de candidats vaccins a vu le jour et quatre fabricants (Pfizer/BioNTech, Moderna, AstraZeneca/Université d’Oxford et l’institut russe Gamaleïa) ont déjà annoncé que leur vaccin était efficace."Jamais dans l'histoire, la recherche sur les vaccins n'a progressé aussi rapidement", déclarait mi-novembre le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Mais comparer les progrès faits contre le covid et contre le sida est "stupide" pour le professeur Jean-Daniel Lelièvre, chef du service d'Immunologie clinique au CHU Henri Mondor, interrogé par l’AFP.

"des vaccins pour des maladies qui guérissent"

Pourquoi ? "On a, en gros, des vaccins pour des maladies qui guérissent, c'est-à-dire pour des maladies contre lesquelles on a une protection naturelle" explique le professeur Lelièvre. "Avec la rougeole, la grippe, l'hépatite B, il y a une immunité naturelle qui se crée. Dans le cas du SARS-Cov-2, on va guérir parce qu'on fait des anticorps contre le SARS-Cov-2. Donc on reproduit [avec le vaccin] ce que fait la nature, parce qu'on sait exactement comment l'organisme humain se défend contre ce virus", explique à l'AFP le Pr Lelièvre.

Ce qui n’est pas le cas du sida. "Si vous prenez des maladies infectieuses complexes, comme le VIH, personne n'en guérit. La réponse immunitaire contre le VIH ne se fait pas, elle est incomplète. [...] Donc c'est pour ça que le parallélisme entre [VIH et SARS-Cov-2] est impossible" insite-t-il.

Nombreuses mutations du VIH

Autre différence de taille : la stabilité du virus. Le VIH mute beaucoup, ce qui rend le développement d’un vaccin très complexe. Le SARS-CoV-2, lui, est assez stable. Les souches qui ont émergé pour le moment sont tellement similaires qu’elles ne compromettent pas l’efficacité des vaccins.

Ensuite, les recherches sur le vaccin contre le SARS-CoV-2 ont bénéficié des connaissances pointues acquises sur deux virus très proches, le SRAS de 2002 et le MERS de 2013. Alors qu'aucun virus proche du VIH n'a permis à ce jour de mieux le comprendre.

"Urgence de santé publique"

L'arrivée aussi rapide de vaccins contre le covid-19 a enfin été rendue possible par une accélération inédite des procédures de recherche, de production industrielle et d'évaluation "à cause de l'urgence de santé publique", explique l'Agence européenne du médicament (EMA).

Du point de vue économique, les États et des fondations ont lancé des levées de fonds internationales. Et de nombreux pays ont aussi passé des accords de pré-commandes avec principaux laboratoires. Cela a permis aux entreprises de mettre en place le processus industriel de fabrication de leur vaccin en même temps qu'elles travaillent à son élaboration, deux étapes habituellement distinctes.