Le poids des séquelles psychologiques est lourd dans le bilan d’AZF

Le 21 septembre 2001, l’explosion de l’usine AZF a provoqué le décès de 30 personnes, blessé physiquement 2 500 de victimes, et généré d’importantes difficultés psychologiques pour des milliers de Toulousains. En plus des séquelles physiques, des troubles dépressifs persistent encore dix ans après.

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Le poids des séquelles psychologiques est lourd dans le bilan d’AZF
Le poids des séquelles psychologiques est lourd dans le bilan d’AZF

"Tous les Toulousains ont gardé en mémoire ce jour-là, et certains en souffrent encore particulièrement", constate le Dr Jean-Yves Fatras, médecin responsable du centre d’examens de santé de la Caisse Primaire d’Assurance-Maladie (CPAM) de Toulouse. Des séquelles qu’il a pu apprécier dans l’exercice des missions générales de son centre, mais également en participant au suivi de 1 800 (3 006 au départ) travailleurs touchés par l’explosion.

Ces volontaires de la "cohorte santé AZF" ont permis d’évaluer les conséquences professionnelles, sociales, physiques et psychologiques de la catastrophe. D’autres études ont permis de suivre les enfants et la population locale en général.

A ce jour, les problèmes de santé de 11 618 personnes ont été reconnus comme étant liés à l’explosion du 21 septembre 2001 par la CPAM. Avec plus de 30 % d'accidents du travail. En tête des séquelles toujours invalidantes : les problèmes auditifs et surtout les troubles dépressifs. Leur fréquence et leur importance sont directement associées à la proximité avec le site de l’explosion.

"Le stress post-traumatique s’est parfois transformé en dépression au fil des années", constate le Dr Fatras. "Cauchemars récurrents, mauvais sommeil, fragilité persistente… font partie des problèmes régulièrement évoqués par les victimes. Ils gardent encore souvent des stratégies d’évitement pour rester loin du site…" Les chiffres sont impressionnants : 42 % des hommes et 60 % des femmes suivis souffraient encore de symptômes dépressifs en 2007. Résultat, sur les 5 000 personnes qui ont tout de suite commencé un traitement de type somnifères ou antidépresseurs, ils sont encore nombreux à le conserver aujourd’hui…

Pour certains, les troubles sont apparus des années après l’accident. "Sur le moment, j’ai tenu le coup, mais maintenant, je craque", est une phrase que j’ai souvent entendue, poursuit le Dr Fatras. "Et finalement, en plus de la recherche, notre étude nous a permis d’aider certains à poser leur histoire sur la table puis à faire appel à l’accompagnement d’un psychologue, psychothérapeute ou d’un psychiatre. En commençant par les déculpabiliser, leur faire comprendre que c’est normal d’avoir du mal à s’en sortir."

Le problème, c’est qu’une fois l’urgence passée, les cellules psychologiques spécialisées ont disparu et il pouvait être difficile d’accéder à ce type de prise en charge. "Sur Toulouse comme ailleurs, les Centre médico-psychologiques sont un peu débordés", reconnaît le médecin de la Sécurité sociale. "Et le coût d’un suivi "psy" devient alors un véritable obstacle. Apprendre à "vivre avec" est d’autant plus difficile quand l’explosion laisse des invalidités physiques. Avec deux troubles auditifs particulièrement connus pour leur poids psychologique : les acouphènes, une sorte de bruit présent en permanence dans l'oreille, et l'hyperacousie, une trop forte sensibilité aux sons. L’un comme l’autre résistent encore souvent aux traitements médicaux et ils touchaient encore autour d’une personne suivie sur trois, 5 ans après le choc."

Parmi les 10 000 enfants qui étaient scolarisés dans la zone proche du site, un lycéen est décédé et de nombreux élèves ont été blessés. Ils ont vécu l’explosion et ses effets à travers leur propre domicile et leur école, collège ou lycée… 16 mois après, plus d’un sur trois souffrait encore de stress post-traumatique et 20 % de symptômes dépressifs !

"Bien sûr, même s’il faut du temps, le nombre de patients que cela empêche encore de vivre diminue au fil des années", observe avec espoir le Dr Jean-Yves Fatras. "Mais nous recueillons encore beaucoup de récits très intenses sur la frayeur, l’angoisse vécue ce jour-là, pour savoir si les enfants étaient touchés par exemple."

L’Institut national de Veille Sanitaire (InVS) qui a coordonné avec l’Assurance-maladie ce suivi de l’état de santé des victimes, publiera les résultats de ces évaluations dans le domaine de la santé mentale et des troubles auditifs en 2012.

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