La résistance aux antibiotiques remonterait à l'Âge de glace !

La résistance aux antibiotiques est antérieure à l'utilisation clinique des antibiotiques modernes, selon une étude franco-canadienne. En explorant ces supers bactéries du passé, c'est un champ de recherche supplémentaire dans la recherche de nouveaux antibiotiques qui s'ouvre.

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La résistance aux antibiotiques remonterait à l'Âge de glace !
La résistance aux antibiotiques remonterait à l'Âge de glace !

Si en 1929 la découverte du premier antibiotique, la pénicilline, déclenche une révolution dans le traitement des maladies infectieuses, les premières bactéries résistantes aux antibiotiques sont identifiées dès les années 1940.

Mais d'après une étude franco-canadienne, publiée dans la revue Nature, l'existence de ces bactéries résistantes daterait en fait de la période paléolithique. Cette découverte a été réalisée par les chercheurs de l'université Mc Master (Canada), et par l'unité française d'"Eco-Anthropologie et Ethnobiologie" (Muséum national d'Histoire naturelle de Paris/CNRS).

Lancées en 2008, les recherches ont été menées sur l'ADN ancien du pergélisol, ou permafrost (sous-sol gelé en permanence) des territoires Yukon, au Canada, daté d'environ 30 000 ans. "L'extraction de ces couches de glaces a permis de reconstituer l'environnement de cette période, qui révèle une grande biodiversité biologique parmi ces ADN anciens : des séquences de plantes, mais aussi de bisons, de chevaux, et même de mammouths", nous explique le paléogénéticien Régis Debruyne, qui a participé aux recherches.

Grâce à de nouvelles méthodes issues de la biologie moléculaire, les chercheurs ont pu isoler des gènes particuliers de paléo-bactéries.

De manière inattendue, l'étude de ces gènes anciens a révélé une résistance aux antibiotiques, notamment à la vancomycine, un puissant bactéricide généralement utilisé en dernier recours dans le domaine clinique.

Depuis les années 1980, des résistances à la vancomycine sont apparues en milieu hospitalier, déclenchant de véritables épidémies nosocomiales, la plus célèbre d'entre elles étant le staphylocoque doré.

"Cette découverte est un contre-pieds à l'idée reçue que le développement de résistances aux antibiotiques n'est qu'un produit de l'emploi des antibiotiques en milieu clinique. Ces paléo-bactéries sont en quelque sorte les ancêtres génétiques des ADN qui procurent aujourd'hui une résistance à cet antibiotique. Ce gène résistant existe donc depuis des millions d'années, il possédait probablement une autre fonction", explique Régis Debruyne.

L'émergence et le développement de superbactéries multi-résistantes aux antibiotiques serait-elle devenue inévitable ?

D'après le chercheur, "la tactique consistant à trouver l'antibiotique ultime qui pourrait combattre toutes les résistances est vaine, puisque la batterie de gènes de bactéries est telle que ces bactéries auront toujours la possibilité de recruter un gène qui existe pour développer une nouvelle résistance".

Mais le résultat de ces recherches esquisse aussi un espoir selon Regis Debruyn : "Cela ouvre un champ de recherche supplémentaire dans la recherche de nouveaux antibiotiques. Nous pourrions rechercher d'autres molécules biochimiques dans ces bactéries du passé, qui seraient médicalement efficaces car elles n'ont pas été employées depuis 30 000 ans."

L'objectif des chercheurs est désormais de poursuivre leurs travaux dans les couches de glaces vieilles d'un million d'années. Une histoire à suivre.

Source : "Understanding the contribution of synonymous mutations to human disease", Coll., Nature, 31 août 2011

 

 

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