Jeunes et alcool : attention aux films !

Voir un film dont les héros consomment de l'alcool incite les jeunes à boire davantage selon une étude publiée dans The British Medical Journal par une équipe de chercheurs américains. Ils montrent aussi l'importance du comportement de leurs amis, de la recherche de sensation et de l'attitude des parents envers l'alcool.

Rédigé le

Jeunes et alcool : attention aux films !
Jeunes et alcool : attention aux films !

Des chercheurs de l'Oregon, du New Hampshire, du Minesotta et même de Hawaï se sont réunis pour étudier l'influence des films sur la consommation d'alcool des jeunes. Ils ont même défini le concept "d'exposition cinématographique à l'alcool" pour suivre pendant deux ans sont effet sur 65 22 adolescents américains âgés de 10 à 14 ans au début de l'étude.

L'alcool au cinéma incite les jeunes à en consommer

Leur enquête réalisée par téléphone et publiée par The British Medical Journal Open, cherchait plus précisément à établir les éléments déclencheurs du premier verre, de la première ivresse rapide (binge drinking), puis de la multiplication de ces états d'ébriété. Et pour permettre aux jeunes mineurs de répondre sans craindre d'être entendus par leurs parents, il leur suffisait d'appuyer sur telle ou telle touche du clavier…

Les films facilitent l'entrée dans la consommation d'alcool

Parallèlement, le nombre de secondes pendant lesquelles l'alcool apparaissait (un acteur boit, a visiblement bu, ou s'achète une bouteille) a été mesuré pour des centaines de films à succès. Au terme des deux années d'enquête, le fait de voir des films "alcoolisés" expliquait, selon les auteurs, 28 % des premières consommations et de 20 % du passage à la recherche de l'ivresse.

Le cinéma a donc une influence considérable à côté de l'attitude plus ou moins permissive de leurs parents, de la présence d'alcool dans leur maison et du comportement de leurs amis. Comment ? "Les films pourraient faciliter l'entrée dans l'alcool en montrant des modèles de personnes qui boivent et en diffusant l'idée qu'en boire est banal et acceptable", estiment les auteurs de l'étude.

Une piste confirmée par les travaux d'autres scientifiques de la Georgia Southern University qui avaient examiné plus de cent films à succès et concluaient sobrement : "Le cliché véhiculé par le cinéma ne contribue guère à encourager une attitude responsable de la société à l'égard de l'alcool." Des réalisateurs ont ainsi déjà utilisé à deux reprises comme ressort essentiel à leur comédie l'état d'ivresse extrême atteint au cours d'un enterrement de vie de garçon…

Enfin, l'influence négative des films se poursuit bien sûr hors des salles de cinéma avec les diffusions télévisées où les publicités peuvent encore aggraver la situation. Aux Pays-Bas cette fois, des chercheurs ont proposé à 80 étudiants de 18 à 29 ans de regarder "comme à la maison", d'une part American Pie 2, où les acteurs boivent de l'alcool dix-huit fois au lieu de trois dans l'autre film proposé, 40 jours et 40 nuits. Certaines projections étaient en plus interrompues par des publicités incitant à la consommation… Résultat, publié en février 2009 dans la revue britannique Alcohol and Alcoholism, ceux qui ont vu le premier film et ces pubs ont bu moitié plus que dans le groupe le moins poussé à la consommation.

En France, ce risque est un peu atténué par la loi Evin de 1991 qui interdit la publicité pour l'alcool dans les salles de cinéma comme à la télévision. Mais le lobby des producteurs a réussi à éviter l'extension de ce verrou à Internet… où les jeunes vont de plus en plus chercher le dernier film à télécharger ! Autrement dit, les incitations à la consommation sont partout et les messages d'information et de prévention (parents, enseignants, soignants...) doivent être à la hauteur. Car les spécialistes savent aujourd'hui que l'alcool peut provoquer des dommages irréversibles sur le cerveau encore en développement des adolescents.

 Source : BMJ Open 2012;2:e000543 doi:10.1136/bmjopen-2011-000543


En savoir plus


Sponsorisé par Ligatus