Et si le cholestérol n'était pas notre ennemi ?

Une fois de plus le professeur Philippe Even jette un pavé dans la marre. Et cette fois, ce sont les dogmes de la cardiologie qu'il éclabousse. En affirmant que le cholestérol n'entraîne pas de maladies cardiovasculaires et que les traitements à base de statines sont inutiles, il attise la colère des cardiologues!

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Et si le cholestérol n'était pas notre ennemi ?

Des décennies qu'on nous rabâche les oreilles, avec les méfaits du cholestérol pour nos artères. Quelques mois après avoir publié avec le député UMP, Bernard Debré, Le Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles, ou dangereux, le professeur Philippe Even repasse à l'offensive. 

Dans son ouvrage à paraître, La Vérité sur le cholestérol, et dont Le Nouvel Observateur publie quelques extraits, ce 14 février 2013, il remet en cause le rôle supposé du cholestérol dans les maladies cardiovasculaires. Selon lui, ce serait en fait une idée reçue. "Il est temps de casser les reins à un dogme qui remonte aux années 50 et 60", scandait-il ce jeudi 14 février 2013 sur France Info. Ajoutant : "Le cholestérol ne joue aucun rôle dans les maladies artérielles."

Mais si le cholestérol n'est pas dangereux, alors pourquoi prendre des statines, ces médicaments que l'on prescrit habituellement pour lutter contre le cholestérol ? "Les statines sont une arnaque de l'industrie pharmaceutique. Depuis que les statines sont sur le marché, elles n'ont en rien modifié la fréquence des maladies cardio-vasculaires", poursuit-il.

Selon le Pr Even, 500.000 Français pourraient avoir besoin des statines pour faire baisser leur cholestérol, alors qu'elles sont aujourd'hui données à cinq millions de personnes.

Des statines inutiles ?

Les statines forment aujourd'hui la première classe de médicaments prescrits dans le monde. Un marché énorme, trois fois plus gros que les antibiotiques, deux fois plus que les antidépresseurs. Leur mission : faire baisser le taux de cholestérol. Mais selon le Pr Philippe Even, qui s'est plongé dans l'analyse des 50 essais cliniques menés sur 250.000 patients en cinq ans, les statines ont une efficacité extrêmement minime qui n'entraînerait qu'une réduction de l'ordre de 0,5% par an, dans trois essais sur 50. Pire dans les 47 autres essais, les statines n'auraient tout simplement aucun impact sur la mortalité cardiaque.

Les statines inefficaces ? Un pavé dans la marre qui n'est pas du goût de tout le monde et notamment des cardiologues, comme le Pr Albert Hagège, président de la Société française de cardiologie. Pour lui, il s'agit d'une aberration !

Des propos démentis

"Lorsque le patient est à haut risque cardio-vasculaire, c'est-à-dire qu'il a déjà fait un accident coronarien (...), ce patient là doit prendre des statines pour diminuer son risque cardio-vasculaire", affirmait le Pr Hagège sur France Info.

Le cholestérol est un lipide. Il a besoin d'un transporteur pouvant lier un lipide tout en circulant dans un milieu liquide tel que le sang. C'est le rôle des lipoprotéines, une association de graisse et de protéines. Il y en a deux sortes : les lipoprotéines à haute densité (HDL) et les lipoprotéines à faible densité (LDL). Les lipoprotéines à haute densité transportent le cholestérol vers le foie où il est dégradé. Cela permet d'éliminer le cholestérol en excès. Le HDL est d'ailleurs surnommé le "bon cholestérol". À la différence des LDL, qui transportent le cholestérol vers les cellules du corps et ne permettent pas son élimination, bien au contraire.

Quand la paroi interne d'un vaisseau sanguin devient perméable, le mauvais cholestérol peut alors pénétrer à l'intérieur de sa paroi. En s'accumulant, il déclenche une réaction inflammatoire et forme ce que l'on appelle une plaque d'athérome. Autrement dit, le LDL est en partie responsable des cas de dépôt de cholestérol dans les artères d'où le surnom de mauvais cholestérol.

Ce sont ces plaques d'athérome qui, en se détachant ou en obstruant les artères, vont provoquer les accidents coronariens. Il y aurait bien un lien de causalité direct entre l'excès de cholestérol et ces maladies artérielles ; mais il faut aussi prendre en compte les autres facteurs de risques : certaines prédispositions génétiques, le tabac, la sédentarité, une alimentation trop riche en graisses saturées, l'hypertension ou le diabète.

La HAS rend son avis

Dans un avis du 14 février 2013, la Haute Autorité de santé (HAS) insiste sur le fait "qu'en prévention secondaire - c'est-à-dire après un accident cardio-vasculaire, infarctus, AVC - l'intérêt des statines est indiscutable. Elle a également considéré qu'en prévention primaire (avant un accident), les statines sont à réserver aux personnes qui sont à haut risque c'est-à-dire qui cumulent plusieurs facteurs de risque tels qu'un diabète, une HTA, un tabagisme... Par contre, dans le cas d'une hypercholestérolémie non familiale isolée, il n'a pas été démontré que la prescription de statines était efficace. Le traitement par statine n'est alors pas justifié."
 
"La HAS constate un certain mésusage des statines en France : un recours abusif aux statines en prévention primaire - en regard notamment des effets secondaires possibles de ces molécules - chez des personnes qui ne sont pas à haut risque, en même temps qu'un défaut de prescription de statines chez des patients qui le justifieraient."
 
Dans tous les cas, la HAS rappele que "les patients ne doivent pas interrompre leur traitement sans en avoir discuté avec leur médecin et que s'ils sont inquiets, ils doivent aborder ce sujet à l'occasion d'une prochaine consultation médicale."

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