Chimiothérapie : un effet indésirable se révèle finalement bénéfique !

Le cyclophosphamide est l'une des molécules les plus utilisées en chimiothérapie. L'un des effets secondaires du médicament, jusqu'ici déploré par les médecins, consiste en la diffusion de bactéries de la flore intestinale dans la circulation sanguine et la lymphe. Mais, selon des travaux français publiés le 22 novembre 2013, dans la revue Science, cette invasion s’avère contre toute attente bénéfique : en luttant contre les importuns, le système immunitaire produit de nombreuses défenses qui peuvent s'attaquer aux tumeurs cancéreuses.  

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Chimiothérapie : un effet indésirable se révèle finalement bénéfique !
Chimiothérapie : un effet indésirable se révèle finalement bénéfique !

Comme tout médicament utilisé en chimiothérapie, le cyclophosphamide a d'importants effets secondaires sur l’organisme.

Le cyclophosphamide agit au niveau du noyau des cellules cancéreuses, en rendant impossible la transcription et de la réplication de l'ADN, empêchant donc la multiplication cellulaire.

 

L'un d'eux, très fréquent, consiste en l'inflammation des muqueuses intestinales. Or, notre appareil digestif abrite des milliards de bactéries - notre "flore intestinale", aussi appelée microbiote. Certaines de ces microscopiques organismes, en franchissant la barrière intestinale fragilisée, vont se retrouver dans la circulation sanguine et les ganglions lymphatiques.

L'organisme identifie heureusement rapidement ces envahisseurs - d'autant plus aisément que de tels accidents peuvent arriver naturellement à petite échelle - et évite tout risque de septicémie en déclenchant une réponse immunitaire adéquate.

Des chercheurs de l'Inserm, en collaboration avec l'Institut Pasteur et l'INRA, ont cherché à savoir si cette réponse immunitaire avait un effet délétère sur le traitement anticancéreux. Ils ont donc supprimé toute une classe de bactérie de la flore intestinale de souris de laboratoire malades, avant de les traiter sous cyclophosphamide.

De façon surprenante, le traitement s’est avéré bien moins efficace chez ces souris qui n'avaient pas à combattre d'infection bactérienne.

"La réponse immunitaire dirigée contre [les bactéries] va aider le patient à lutter encore mieux contre sa tumeur en stimulant de nouvelles défenses immunitaires", commente Laurence Zivotgel, qui a coordonné l’étude.

Les lymphocytes produits en réaction à l'infection bactérienne, qui produisent des substances cytotoxiques (qui attaquent les structures cellulaires), vont pouvoir dans un second temps attaquer les cellules qui composent les tumeurs cancreuses, agissant de façon complémentaire à la chimiothérapie.

"Maintenant que ces bactéries "bénéfiques" – [en ce qu’elles améliorent] la réponse immunitaire anti-tumorale – ont été identifiées, on devrait réussir rapidement à en fournir plus à l'organisme, notamment via des pro- ou pré-biotiques, ou une alimentation spécifique", poursuit la chercheuse.

Elle observe par ailleurs que certains antibiotiques utilisés au cours d'une chimiothérapie, en détruisant les bactéries d'origine intestinale, pourraient annuler leur effet bénéfique.

Source : The intestinal microbiota modulates the anticancer immune effects of cyclophosphamide, L. Zitvogel et al. Science, nov 2013 doi:10.1126/science.1240537